La France à genoux pour courtiser la Chine

par |
Nicolas Sarkozy s'est plié en quatre pour réchauffer les relations franco-chinoises et remporter des contrats lors de la visite du Président Hu Jintao en France, du 4 au 6 novembre.

Pour obtenir les faveurs de la Chine, le président Sarkozy est prêt à tout. A l’occasion de la venue du Président chinois, on met les petits plats dans les grands : sortez le tapis rouge et la garde républicaine sur le tarmac d’Orly. Faites venir Carla pour accueillir notre hôte. Organisez un petit séjour gastronomique dans le sud de la France. Repeignez toutes ces rues aux couleurs chinoises. Et que rien ne dépasse ! Hu Jintao aime l’ordre. Pas un militant des droits de l’homme, pas un fan du drapeau tibétain, rien. Pas de conférence de presse non plus. Quand le Président chinois vient en France, on fait comme en Chine.

On fait place nette. Une commerçante niçoise a osé déployer un drapeau tibétain sur sa devanture. Arrêtée. Des militants d’Amnesty International se sont rassemblés en marge de la visite de M. Hu à l’usine Schneider Electric à Carros, en brandissant des portraits du Prix Nobel de la Paix chinois Lu Xiaobo (dont la nomination n’a pas été saluée par l’Elysée). Cinq interpellations. Sur les Champs-Élysées, des militants de Reporters Sans Frontières demandent la libération du même Lu Xiaobo, au passage du défilé officiel. Arrestations.

Pourquoi tant de courbettes ? Les enjeux sont énormes. À la veille du G20 présidé par la France, il faut réchauffer des relations dégradées depuis 2007. Nicolas Sarkozy était tombé en disgrâce avec la venue du Dalaï Lama en France, sa menace de boycott de l’ouverture des JO de Pékin ou encore le passage chaotique de la flamme olympique à Paris, en avril 2008. La France doit développer ses échanges économiques avec la Chine. Elle a aussi besoin de la bonne volonté de M. Hu sur la réforme monétaire internationale. Il ne s’agissait pas de jouer au petit français donneur de leçon sur les droits l’homme devant la personnalité fraîchement désignée comme la plus puissante du monde par le magazine Forbes.

La communauté internationale n’a plus de moyens de pression assez efficaces pour faire plier la Chine. On n’est plus en 2001, où le géant rouge a dû faire profil bas sur bien des sujets pour pouvoir rentrer dans l’OMC. La Chine toute puissante d’aujourd’hui fait peur. On ne négocie pas avec elle, on obtient ses faveurs.

Nicolas Sarkozy a confondu réconciliation et soumission. Il a obtenu environ 16 milliards d’euros de contrats (une goutte d’eau pour le géant chinois). Cependant rien n’est acquis pour le G20. Tant de révérence en valait-il la chandelle ? Sans donner des leçons de bonne conduite, la France aurait pu habilement éviter de marcher sur ses valeurs et affirmer : « à Rome, on fait comme les Romains. Faisons des affaires, mais respectons la liberté d’expression ».

Partager !

A propos de l'auteur

Image de : Fanny adore passer des soirées dans les salles obscures ou dans les salles de concert, mais elle préfère parler de trucs un peu moins glamours : les médias et la politique. Assister à une séance de l’assemblée nationale, une conférence sur l’opinion publique ou un débat entre deux responsables politiques ne lui fait pas peur. Elle adore ça. Elle est même devenue parisienne pour avoir l’occasion de le faire plus souvent. Mais, elle n’oublie pas d’où elle vient et soutient avec véhémence son groupe grenoblois préféré : The Melting Snow Quartet ( http://www.themeltingsnowquartet.com ).

5 commentaires

Abonnez vous au Flus RSS des commentaires
  1. 1
    le Mercredi 10 novembre 2010
    Eymeric a écrit :

    Malheureusement, je pense que la faute n’est pas à imputer à quelque homme politique que ce soit mais au système dans son ensemble où n’importe quel domaine est grignoté par les intérêts économiques… Et avec la mondialisation tous les Etats deviennent interdépendants, donc les plus puissants comme la Chine peuvent imposer leur loi sous menace du déséquilibre économique. Cela dit, j’ai été comme beaucoup choqué par ces manifestants d’Amnesty se faire sauvagement réprimer avant que Hu Jintao puisse les voir, mais, dirait l’autre, l’enjeu économique est trop important pour qu’il foire à cause de la liberté d’expression.

  2. 2
    le Mercredi 10 novembre 2010
    Fanny a écrit :

    La Realpolitik prime. C’est sur. Mais à défaut d’imposer nos valeurs à la puissance chinoise, on aurait pu au moins respecter la liberté d’expression… en France. Ça, on peut l’imputer (au moins en partie) à nos dirigeants. L’invocation d’un monde global dans lequel les gouvernances sont impuissantes est souvent justifiée. Parfois, elle cache simplement un manque de volonté politique.
    Je ne suis pas entièrement fataliste sur le manque de souveraineté des pays. J’ose espérer que l’action politique effective existe encore. Peut-être que le G20 me fera dire le contraire…

  3. 3
    Loïc
    le Mercredi 10 novembre 2010
    Loïc a écrit :

    Rappelons tout de même que d’ici très peu de temps la Chine sera clairement la seconde puissance économique après les États-Unis. L’UE est une blague et n’a plus d’union que le nom, au point que les Américains préfèrent désormais traiter avec la Chine. Alors de deux choses l’une : soit un nombre important de pays puissants contraignent la Chine à adoucir sa politique domestique (ce qu’en réalité seuls les États-Unis sont en mesure de faire), soit on plisse les yeux à défaut de les fermer tout à fait et on tente de tisser des liens économiques stables. En gardant à l’esprit que les transferts de technologie que nous accordons aujourd’hui nous enterrerons probablement demain.

    En ce qui concerne la liberté d’expression on ne fait que suivre le chemin tracé par nos amis outre-Atlantique (les « free speech zones », vous savez, ces petites choses tellement pratiques quand on ne veut pas être embêté lors de déplacements).

  4. 4
    le Jeudi 18 novembre 2010
    laurent a écrit :

    arrettez les journalistes de donner des lecons de moral à la chine!!!

    la chine c’est 1.4 milliard de personnes et + de 100 ethnies qui vive en paix depuis 1949. Des frontières avec des pays difficile koree du nord, kirgistan…

    On ne vie pas dans un monde de bisournours, pour faire cohabiter tout se monde, le gouvernement doit par moment montrer les muscles.

    Je rappelle que sous pretexte de la « democratie et des droits de l »homme », les etats unis ont envahi l’irak et ont semé le chaos. Pourquoi ne fait on pas le proces des droits de l’hommme a chaque fois que l’on parle des etats unis ?

    Le droit des peuples à disposer d’eux même me parait une valeur fondamental!

  5. 5
    le Jeudi 18 novembre 2010
    Fanny a écrit :

    @ Laurent :

    ==> « arrêtez les journalistes de donner des leçons de moral à la chine!!!  »

    Ça n’est justement pas la Chine qui est visée dans cet article.
    Tout procès d’intention est un peu injuste.
    Si j’avais voulu faire le procès de la Chine, j’aurais pu décrire, sans même parler des conflits aux frontières, les conditions misérables dans laquelle vie la Chine rurale,le droit du travail inexistant, la manipulation de l’information digne des plus grandes dictatures etc.

    Il ne s’agit pas non plus de dire que Nicolas Sarlozy aurait dû donner des leçons de moral à Hu Jintao. C’était un rendez-vous économique. Cela aurait été contre-productif.

    Le coeur de ma critique, c’est la façon dont Nicolas Sarkozy a fait du zèle. Il en a été jusqu’à oublié quelques principes fondamentaux du monde de bisounours qui est le notre : la liberté d’expression.

    Ce qui a pu choqué un certain nombre de français (y compris moi-même), c’est que la liberté d’expression n’a pas été respectée en France. Sur notre territoire, une femme a été interpellée pour avoir étendu un pauvre drapeau tibétain. C’est absurde.

    Ceci étant dit, c’est vrai que les droits de l’homme peuvent être utilisé un prétexte malhonnête par les gouvernements.

Réagissez à cet article