La fin des journaux et l’avenir de l’information – Bernard Poulet

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Ce n’est pas un secret, la presse, surtout payante, se porte mal. La fin des journaux est donc un évènement à envisager sérieusement selon Bernard Poulet. Après avoir publié un article sur le sujet avec Vincent Giret dans la revue Le Débat [1], le rédacteur en chef de L'Expansion a décidé d’écrire un livre dessus. Il y ajoute toutefois une nouvelle question, aussi complexe qu’actuelle : quel avenir pour l’information elle-même ?

poulet_logo_image01Selon la direction du développement des médias (DDM), organisme d’État, on dénombrait en France en 2006, 4754 titres [2]. Malgré cette abondance de publications, nous serions en train de voir l’extinction des journaux en France et ailleurs, comme l’indique explicitement le titre du livre de Bernard Poulet .

Trois facteurs motiveraient principalement ce mouvement historique. En premier lieu, la conjecture économique a provoqué la compression du marché publicitaire, ces acteurs préférant migrer vers Internet qui permet de mieux cibler les campagnes de promotions. Cet argument est justifié par une quantité de citations et de chiffres, largement convaincant. Dans un registre moins matérialiste, la révolution communicationnelle, représentée par le formidable essor d’Internet et l’élargissement du nombre de médias (TNT, câble gratuit etc.), pousserait la vieille presse au seuil de la mort. A ce phénomène s’ajoute la modification des mentalités telles la désaffection des jeunes pour la lecture – qui provoque inévitablement la hausse de la moyenne d’âge du lectorat – ou encore la culture du tout-gratuit, largement initié par Internet.

Tous ces bouleversements, qui mis en commun forment une révolution pour Bernard Poulet, mèneraient à rendre obsolète le modèle économique sur lequel s’est construit la presse. Initié notamment par Émile de Girardin et son titre La Presse, celui-ci permet aux journaux de bénéficier de deux sources de revenus, les annonceurs et le lectorat. Plus grave, cette possible mise à mal de la presse écrite amène l’auteur à s’interroger sur l’avenir de l’information. En l’occurrence, il s’agirait de savoir si les individus sont encore prêts à payer pour de l’information et non pas des commentaires de l’information ou des plus-produits distribués à val volo avec les abonnements. En outre, il s’agirait de savoir si l’évolution des techniques de diffusions n’ont pas rendu les citoyens plus exigeant ; depuis plusieurs années, on peut voir les médias se substituer au crossmedia, utilisation simultanée de plusieurs médias.

Comme le laisse explicitement entendre le titre de son livre, Bernard Poulet a une vision très pessimiste de l’avenir de la presse et de l’information. S’il envisage certains scénarios en conclusion, la majorité de son ouvrage consiste à sonner l’alarme sur la situation des médias. Lui-même rédacteur en chef d’un magazine économique, L’Expansion, il juge que les patrons de presse se complaisent dans une forme « d’autisme », évitant « le débat sur l’avenir de leurs propres titres pour mieux aller à la pêche au subventions » [3].

poulet02On peut envisager un avenir plus optimiste. Si l’ouvrage de Bernard Poulet permet de créer un grand débat sur le futur de la presse et notamment sur son rôle dans la bonne tenue d’une démocratie, peut-être aboutira-t-il à la mise en place d’un système plus sain où le poids de la publicité sera diminué au profit de celui du lectorat. Bien sûr, ce scénario peut paraître innocent, mais pourquoi ne pas l’espérer? Cet objectif n’est pas impossible à atteindre puisque certaines publications comme XXI [4] ou encore Le Canard Enchaîné y sont parvenues.

En outre, en mettant en place un système sain qui verrait le prix de vente d’une publication refléter son coût de fabrication, la confiance portée dans le journalisme actuel pourrait être accrue du fait que le pouvoir économique serait plus distant des hommes de presse. Bien sûr, cela conduirait forcément à une baisse drastique du nombre de publications. Mais la posture actuelle des vieux média (presse, radio, télévision etc.) ne permet pas forcément de sauver tout le monde, ou sinon à grand coup de subventions, et donc artificiellement. A moins que les citoyens aient suffisamment confiance dans le gouvernement pour laisser certains médias devenir publics, comme l’Agence France-Presse (AFP) l’est aujourd’hui, mais c’est un autre débat.

[1] Bernard Poulet et Vincent Giret, La fin des journaux, Le débat numéro 148, janvier-février 2008.

2] Chiffre issu du Tableaux statistiques de la presse Edition 2008, visible à l’adresse suivante : [http://www.ddm.gouv.fr/IMG/pdf/TSP_2008.pdf.

[3] Anthony Bellanger, Se savoir malade sans y croire, Courrier International, semaine du 18 au 24 juin 2009.

[4] Voir l’article consacré à ce sujet sur Discordance, [XXI : La qualité peut payer
->http://www.discordance.fr/XXI-la-qualite-peut-payer,912.html]

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En savoir +

La fin des journaux et l’avenir de l’information, Bernard Poulet, éditions Gallimard, collection Le débat, 2009, 217 pages

A propos de l'auteur

Image de : Yves Tradoff s'intéresse à beaucoup de choses : http://yvestradoff.over-blog.com (work in progress)

1 commentaire

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  1. 1
    Trots
    le Mercredi 15 juillet 2009
    Trots a écrit :

    Baisse du lectorat = besoin d’argent = publicité et recherche de subventions = contrôle conscient ou non et pauvreté du contenu des articles et des thèmes traités = re-baisse du lectorat… Un bon cercle vicieux. La presse régionale oscille entre chiens écrasés et articles démagos, la presse nationale ne fait pas beaucoup mieux (non, mais l’Expansion, sérieux… pff) mis à part quelques ovnis journalistiques.
    Et pourtant j’y tiens, à cette foutue presse écrite! Mais bon, messieurs les rédacteurs, directeurs, journalistes, un peu de courage dans le traitement de l’information, redonnez-nous envie de vous lire!

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