La fille du directeur du cirque – J. Gaarder

par Gaëlle|
J'ouvre chaque roman de Gaarder comme un écrin. Chacun de ses livres étant l'occasion pour moi d'entrer dans un nouveau monde. Un de ces univers qui vous reste en mémoire longtemps après avoir tourné la dernière page. Et ce n'est pas La fille du directeur de cirque qui dérogera à la règle.

directeur_cirqueNous voici donc à Naples. Petter vient de fuir la foire du livre de Bologne, se croyant traqué par des tueurs à gage mandatés par le monde littéraire. Seul dans sa chambre, cloîtré, il décide d’écrire ses mémoires, juste au cas où…

Au commencement était petit Petter l’araignée, un garçon à l’enfance heureuse, mais solitaire. Ses parents ayant divorcé très tôt, Petter vivait seul avec sa mère. À l’école, son comportement asocial surprenait institutrices et enfants. Mais ce n’était pas tant par goût de la solitude que par jeu. Car Petter aimait observer le monde. Et son observation engendrait mille histoires.

Bien avant de savoir lire ou écrire, le petit garçon vivait dans un monde imaginaire. Il ne jouait pas avec des petites voitures, il préférait de loin se raconter des histoires. Un de ses jeux consistait à appeler les taxis. Les envoyer chez la voisine d’en face par wagon de six était un véritable amusement. Les regarder arriver les uns à la suite des autres et se dire que leur présence était le fruit de son acte était une véritable délectation. Tout comme les envoyer à des centaines d’adresses dans la ville et imaginer leur ballet. Si le trajet choisi ne passait pas devant sa fenêtre, Petter les voyait toujours clairement dans son esprit.

Cette imagination débordante lui faisait parfois peur. La difficulté était de faire la distinction entre imagination et vrais souvenirs. Mais n’est-ce pas la une victoire sur la mémoire que d’avoir la faculté de se souvenir d’événements qui ne se sont produits que dans l’esprit ?

Quand sa mère mourut, Petter avait 18 ans. Son père jugea qu’il était assez grand pour vivre seul dans l’appartement. Pendant les semaines qui suivirent la disparition, Petter s’interrogeait surtout sur un point : ‘Maman ne me voit plus, qui va me regarder maintenant ?’.

Petter commença alors à sortir avec des filles. Il les abordait dans la rue, dans le bus, l’épicerie, et les invitait parfois au cinéma. Engager la conversation était aisé pour lui, et rarement il essuyait des refus. Il avait l’art de présenter les choses de telle sorte que jamais la fille ne trouvait étrange qu’il lui demandât de sortir avec lui alors même qu’ils ne s’étaient jamais vus. Elles se sentaient plutôt élues.

Mais Petter était organisé et tout était méthodiquement préparé pour que ses aventures amoureuses soient sans lendemain.

En grandissant, son imagination était toujours très présente. Parfois envahissante, si bien que pour soulager son esprit, Petter commença à écrire. Ses idées étaient comme des plaies ouvertes. Il saignait d’histoires et de récits. Son cerveau bouillait de nouvelles trouvailles. À tel point qu’il lui était parfois vital de trouver stylo et papier pour les évacuer.

Un jour il fit la connaissance d’un écrivain. Il décida de lui montrer l’une de ses histoires. Très vite l’écrivain porta aux nues le synopsis livré par Petter. Mais les louanges ne lui procuraient aucun plaisir. Ce n’était pas dans ce but qu’il lui avait montré ses notes. Si tu paies le vin, je te donne ces feuilles troqua Petter. Des années plus tard, l’écrivain devint célèbre.

Petter compris ainsi qu’il pouvait vivre de son don. Il commença à s’introduire dans le monde littéraire Norvégien. Il basait tout son stratagème sur le fait qu’un écrivain aurait honte de dire qu’il avait acheté une idée à quelqu’un d’autre pour bâtir son livre. Ainsi la toile pris forme, pas à pas. Il aimait entrer dans les librairies et voir ce que l’auteur avait fait de son idée, comment il avait tourné l’histoire, étoffé les personnages.

L’ aide-écrivain était né. Il était un joueur d’échec habile, qui jouait avec des marionnettes vivantes. Toute la stratégie était de faire en sorte que le piège ne se referme pas. Mais Petter était suffisamment méthodique pour que cela ne se produise pas.

Il vivait grassement de son don et jubilait de son propre pouvoir. Bientôt la majorité des romans norvégiens de l’époque avait pour origine l’imagination de Petter.

Dans le même temps, Petter rencontra Maria. Maria n’était pas une fille comme les autres. Petter tomba rapidement amoureux. Avec Maria, il ne jouait pas, il pensait même parfois au lendemain. Il aimait lui raconter des histoires, comme il le faisait avec sa mère. Maria était son double. Elle était attentive à toutes ses histoires, mais parfois l’imagination de Petter l’effrayait.

Maria va lui proposer un marché très particulier. Alors doucement, ce monde jalonné d’histoires va se refermer, tel un piège, telle la toile attrapant sa proie. Petter va commencer à perdre le contrôle. Il choisi de s’enfuir, mais le destin va le rattraper…

Avec cette superbe fable sur l’écriture, Gaarder ne déçoit pas. Après le troublant Dans un miroir obscur ou le déroutant Maya, La fille du directeur de cirque nous offre le portrait haut en couleur de cet écrivain si curieux. Roman émaillé de multiples histoires, il vous embarquera dans le monde imaginé d’un homme. Lentement vous sentirez le piège se refermer, le destin réaliser son oeuvre. Il faudra alors suivre le bon fil pour ne pas se perdre…

L’univers de Gaarder est captivant. Les personnages sont particuliers, souvent proches de la réalité, mais placés dans des situations qui poussent à la réflexion. D’ailleurs vous constaterez dans la plupart de ses livres, la présence d’un petit homme imaginaire. Fait-il le lien entre ses oeuvres ? À l’instar d’un Jiminy Criquet, il semble pousser le lecteur à agir et à se remettre en question.

Car, si vous avez lu Maya, vous savez que Gaarder ne fait pas que nous raconter une simple histoire…. C’est à notre propre existence qu’il nous demande de réfléchir ….

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1 commentaire

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  1. 1
    le Samedi 27 janvier 2007
    pux a écrit :

    Merci beaucoup gaëlle, enfin un article qui se fait une joie d’être lu comme simple rapport. Il est autant une source d’inspiration qu’un enfant qui me montrerait des madeleines encore fumantes dans la vitrine d’une boulangerie!!
    A moi gaarder!!

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