La Fête de l’Humanité

par Elodie, |
Militants, représentants du Parti Communiste ou simples fans de musique, ce sont 500 000 personnes qui se sont mêlées à la Fête de l’Humanité les 12, 13 et 14 septembre dernier à la Courneuve. Compte rendu partiel de ce weekend riche en évènements.

Vendredi 12 septembre

huma1Les festivaliers n’auront pas vraiment le temps de s’ennuyer : outre les concerts qui commencent dans l’après midi, ils peuvent profiter d’une séance de cinéma, d’une pièce de théâtre engagé, d’un tour de manège, faire du shopping au Village du monde, s’informer sur l’emploi et la prévention ou encore déguster une spécialité régionale au stand Parti Communiste du département de leur choix. Difficile de faire le tour des activités proposées, surtout au regard de l’étendue du site et de l’encombrement des allées.

La Fête est une véritable ville, avec ses avenues aux noms évocateurs ( Jean Jaurès, Salvador Allende, Nelson Mandela .) et il est conseillé de bien suivre le plan pour ne pas s’y perdre. Les allées sont remplies d’un public très varié et guilleret malgré le sérieux des enjeux discutés ce weekend. Au cours des conférences et débats organisés dans plusieurs espaces du festival, on questionne l’ordre mondial et la situation sociale et politique française avec souvent un nom en ligne de mire : Nicolas Sarkozy .

La notion à la mode de développement durable est symbolisée par la mise à disposition des festivaliers de gobelets réutilisables, en échange d’une consigne à récupérer à la fin du festival. Un bon moyen d’éviter le gaspillage de plastique et la pollution du site.

C’est donc avec son gobelet écolo fièrement arboré autour du cou que le festivalier peut se diriger vers la grande scène où la tête d’affiche de ce vendredi soir est le groupe américain N*E*R*D . Formé par l’incontournable Pharrell Williams, Chad Hugo et Shay Haley, le trio a su installer sur trois albums ( In Search Of . , Fly Or Die et le récent Seeing Sounds ) une sorte de fusion hip rock alliant un flow sexy à des riffs de guitare acérés.

Malheureusement pour le public situé près de la scène, le son est mauvais et la voix des MCs est noyée dans les basses. Pharrell finit par s’en rendre compte mais même en augmentant le son du micro, ses performances vocales restent modestes et il préfère faire chanter le public sur les tubesques Rockstar ou She Wants To Move . En majorité féminin, les premiers rangs émettent des cris qui assoient la réputation de sex symbol de Pharell . Une quinzaine de spectateurs ont la chance de rejoindre le groupe sur scène pour un bon quart du spectacle, et notamment pour partager leur dernier single Everyone Nose . Une soirée que certain(e)s ne sont pas prêt(e)s d’oublier.
Samedi 13 septembre

En ce samedi après midi, une nouvelle horde de festivaliers emprunte les navettes assurant la liaison entre le terminus du métro 7 et le site de la Fête, parmi lesquels le député Verts Noël Mamère . L’un des temps forts de la journée fut la venue de la ministre de la culture Christine Albanel, participant à un débat sur la suppression de la publicité sur les chaines publiques. En face d’elle Patrick Le Hyaric, (directeur de l’ Humanité ), Edwy Plenel, (journaliste fondateur et directeur de Mediapart ) ainsi que François d’Orcival (éditorialiste au Figaro Magazine ) étaient présents pour évoquer l’avenir et le pluralisme des médias français et plus particulièrement de la question des fameux Etats généraux de la presse voulus par le Président et qui viennent de débuter.

Internet et ses conséquences

180px-edwi_plenel_-_huma_2008__6366 Edwy Plenel, défendeur d’Internet, reconnaît la « potentialité de la révolution Internet » qui de plus, lui a permis de « retrouver le plaisir de faire son métier » avant de surenchérir en affirmant qu’« il y a beaucoup de qualité sur le net ». Un enthousiasme relativisé par François d’Orcival qui met en avant l’uniformité de l’information qu’engendre le web.

Les différents points de la crise

Les États généraux de la presse, devant trouver des solutions à cet état de crise, suscitent chez les participants un discours motivé par une quête de réponses et d’alternatives au système actuel en déclin.
C’est un rappel concernant les monopoles par les grands groupes comme TF1 (55% du monopole sur le marché publicitaire) et une insinuation selon laquelle la suppression de la publicité dans le service public ne serait pas sans liens avec ce monopole et les relations entre Nicolas Sarkozy et la plus grande chaîne française qui installèrent le silence dans l’Agora. En citant les Echos, Plenel se demande ouvertement comment il est possible de faire un journal économique indépendant en étant dirigé par l’un des plus grands milliardaires de France .

L’évocation des rouages des médias permettra également au fondateur de Mediapart de citer Jean Jaurès, en parlant d’« Information étendue et exacte ». Ces mots retinrent largement l’attention du public notamment à cause des enjeux politiques et économiques qui régissent les médias d’aujourd’hui et qui sont tels, que la définition même de ce que doit être une information est remise en question. La presse gérée par les grands investisseurs doit répondre à la demande de ses lecteurs, mais doit aussi soigner ses relations avec ses investisseurs, d’où le risque de non-dits dans l’information. La course à l’information engendrée par le phénomène de la news sur Internet et l’instantanéité de l’information est également l’un des paramètres à prendre en compte concernant la crédibilité de l’information comme a pu le démontrer la célèbre affaire du SMS présidentiel.

Dans la même lignée, les gratuits sont pris pour cible. « Les gratuits sont de qualité diverses » pourra entendre le festivalier venu assister à ce débat. Toujours d’après Edwy Plenel, à cause de la publicité, il est notamment impossible d’être « de VRAIS journalistes » comme a pu l’illustrer le traitement de l’information lors de la crise de l’Erika. Pour lui les journaux gratuits ne sont qu’en apparence gratuit, car en fin de compte ce sont des marques que l’on achète. Une logique qui revient à affirmer qu’en achetant une bouteille de Coca, cela contribue directement au financement de son journal, soi-disant gratuit.

Un des derniers points débattu fut celui de la crédibilité de l’information remise en question par Internet et ses frasques. Néanmoins, les 3 intervenants seront unanimes pour affirmer que le Web actuel, menacé par le projet de création d’une police de l’Internet, cache une véritable vitalité démocratique. Le mot de la fin fera du mécénat l’un des derniers espoirs de la presse quotidienne française indépendante. Une affirmation qui vaudra essentiellement pour l’ Humanité car rappelons que le Canard Enchainé se porte toujours à merveille.

huma2Après ce moment intellectuel haut en couleurs, c’est l’embouteillage près de la grande scène pour assister au concert du belge Arno. Avec une énergie et une sensibilité qui devraient inspirer les plus jeunes générations, le personnage sert des textes décalés ( » Quand je suis malade, elle est la reine du suppositoire « ), à l’image du portrait cynique dressé dans Les Yeux De Ma Mère .

Après l’annulation du concert d’ Amy Winehouse à Rock En Seine, le suspens est à son comble à l’approche de l’heure du concert des Babyshambles . Pete Doherty : viendra, viendra pas ? Au plus grand bonheur de jeunes filles en pamoison, il est bien présent physiquement sur la scène, mais les yeux dans le vague, son esprit semble ailleurs. Il assure tout de même le concert, passant en revue les titres phares de la formation, mais à la fin d’un Fuck Forever mollasson et chanté du bout des lèvres, on sait qu’il n’y aura pas de rappel. Le dernier coup de batterie à peine frappé, Pete n’est déjà plus sur scène. On ne peut toutefois s’empêcher d’éprouver de la sympathie pour ce dandy attachant.

La soirée de concerts se termine avec l’ex- Supertramp Roger Hodson reprenant des titres du groupe qui nous replongent directement dans les années 80. Même voix, mêmes échos dans le clavier et même Roger, le sourire jusqu’aux oreilles.

Les concerts se terminant tôt, le gros de l’animation se fera au sein des différents stands du PC jusque tard dans la nuit.

Crédits photos: Melchior Ferradou (http://www.flickr.com/photos/melchiorferradou/)

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