La femme écarlate – Frédérick Tristan

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Le choix d'une réédition d'un ouvrage est toujours une occasion de réhabiliter un texte méconnu, oublié ou qui a sombré en même temps qu'une défunte maison d'édition. Le tout est souvent affaire de coup de coeur, c'est d'ailleurs très certainement ce qui a motivé Fayard à ressortir de nombreux ouvrages de Frédérick Tristan dont cette Femme écarlate. Ce choix n'est d'ailleurs pas des plus heureux tant le roman de Frédérick Tristan est daté tant dans sa forme que dans son écriture alors que le sujet, aux apparences intemporelles restait très attirant.

la-femme-ecarlateSimon, veuf élève depuis des années son fils David, enfant chéri qu’il a couvé comme une mère et qui est devenu un bel étudiant. David rencontre un jour Olympe, mûre, belle, hautaine et sexuelle, et cette femme le subjugue, l’envoûte. Elle le fait sien et il la désire jusqu’à l’obsession. Pour elle, il succombe aux paradis artificiels, il se laisse dicter sa conduite qu’elle lui enseigne par le biais d’un enseignement religieux plus que douteux où se mêlent l’Islam, le judaïsme et le bouddhisme et fait passer grâce à une initiation sexuelle des plus violentes et cérébrales. Simon voit son fils lui échapper inexorablement sans arriver à le retenir, ignorant jusqu’au nom de la femme qui le lui retire, ignorant que par le biais de David, c’est lui qu’elle veut atteindre, cherchant à enfin étancher une soif de vengeance qui croit patiemment depuis près de vingt ans.

Ah la Femme écarlate, l’autre nom de la Putain de Babylone, toujours vêtue de rouge et qui est censée symboliser toutes les tentations les plus viles de l’âme humaine, la putain qui enserre entre ses cuisses les désirs et la vulnérabilité des hommes. Je brode, je brode, mais franchement pas plus que Frédérick Tristan qui lui s’en donne à coeur joie. C’est son souci d’ailleurs, au lieu de raconter son histoire, il se perd en digressions bavardes, surligne lourdement chacun des sentiments de ses personnages, les anticipe même dans la plus grande tradition du « Nous, le savons, mais David lui ne savait pas encore ce qu’Olympe préparait pour lui dans le secret . ». Cela donne un roman en forme de pâtisserie surchargée de crème, de beurre, de coulis, il y en a trop, à toutes les pages, c’est boursouflé, cela devient vite écoeurant.

La Femme écarlate se déroule dans le Paris des années 80, mais semble figé dans un décor de vaudeville très 19ème siècle : Olympe (surnommé La Divine par l’auteur !) a un appartement qui ressemble aux boudoirs orientaux des tableaux de Delacroix et emploie une jeune fille qu’elle habille comme les soubrettes de romans pornographiques. Mais difficile de retenir quelques rires nerveux quand on lit « cigarettes de chanvre » pour parler d’un joint ou « poudre blanche » pour qualifier la coke. Difficile aussi de ne pas ressentir une certaine exaspération devant des personnages hautement caricaturaux et manichéens : David est un jeune crétin qui pense avec sa queue, Olympe une salope névrosée, Simon un homme complètement dépassé, bref c’est souvent une réelle souffrance de lecteur. Ce n’est pas que Frédérick Tristan ne sache pas écrire, mais il en fait trop et dans son cas, l’excès lui nuit. On peut donc aisément passer sur La Femme écarlate si l’on tient à (re)découvrir son oeuvre.

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En savoir +

La femme écarlate, Frédérick Tristan, Editions Fayard, 2008 (1988 pour la première édition), 348 pages

Site consacré à Frédérick Tristan : http://www.fredericktristan.com/

A propos de l'auteur

Image de : Née en 1981, Chloé Saffy vit à Toulouse. Sur le net, elle est l'auteur du blog My Way Or The HighWay et a collaboré au e-magazine d'opinion Ring. Adore, son premier roman a été publié en 2009 aux Editions Léo Scheer. On peut également la retrouver sur son site : http://www.ohmydahlia.com [Crédit photo: Kelly B.]

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