La Comtesse – le psychopathe au féminin, légende ou réalité ?

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Les femmes peuvent-elles être des psychopathes ? Souvent, on prête ce comportement asocial et meurtrier au genre masculin, à qui on assimile plus facilement un tempérament « violent ». À chercher dans l’Histoire, on trouve plutôt des figures masculines, et de fait, dans le cinéma, on pense essentiellement à des rôles d’hommes, les femmes plutôt reléguées au rang de victime de choix, poussant dans la majorité des cas jusqu'au stéréotype.

Image de Matador

Quand justement ce rôle est donné à une femme, la constante veut qu’elle mise sur la séduction pour tuer, comme une mante religieuse. L’acte meurtrier devient une étape de plus dans une prise de pouvoir quelconque à l’instar notamment du personnage de l’avocate Maria Cardinal (Assumpta Serna) dans le film Matador de Pedro Almodovar, qui assassine ses amants d’un coup d’aiguille dans le dos à la fin de l’acte sexuel.

Ainsi, si l’on se penche sur la légende qui entoure la comtesse de Barthory, surnommée la comtesse ensanglantée, voire Comtesse Dracula, l’Histoire semble nous dire que des femmes psychopathes ont effectivement existé… Son crime ? Elle aurait été à l’origine de la torture (par divers moyens) puis du meurtre de centaines de jeunes filles entre 1585 et 1610, des servantes, mais aussi de jeunes femmes issues de la basse noblesse. Ces actes auraient été commis dans son château de Cachtice, mais également dans d’autres de ses propriétés, de Bécko, Sarvar, et même à Vienne, ainsi que sur les chemins entre ces différents lieux.

L’Histoire ne nous dit pas pourquoi, mais le folklore raconte qu’en se baignant dans le sang de ses victimes, elle souhaitait préserver sa jeunesse et sa beauté… bien qu’aucune trace historique n’indique ce dernier détail. Certains historiens ont soutenu que présenter la vanité comme motif peut provenir de stéréotypes liés au rôle social des femmes à l’époque : on ne pouvait pas envisager que les femmes soient capables de violence gratuite… Alors, mythe ou réalité ?

Le film de Julie Delpy, où elle y incarne également la Comtesse, ne permet pas de trancher, et laisse planer le doute… mais c’est en ça qu’il s’autorise à spéculer sur la condition de psychopathe ou non de Barthory. En effet, la narration est assurée par l’amant de cette dernière, Istvan Thurzo, de 20 ans son cadet (Daniel Brühl, récemment vu dans Inglorious Basterds), qui nous dit d’emblée, « l’Histoire est écrite par les vainqueurs ». Sous-entendu, le film auquel nous allons assister n’est pas la véritable histoire de la Comtesse, mais celle qui a été relatée par ceux qui ont eu le dessus dans le bras de fer qui les opposait à elle.

Image de La Comtesse Qu’elle ait commis ces crimes ou non, il est intéressant de se pencher sur Barthory comme l’emblème des femmes psychopathes, mais pas de psychopathes au sens serial killer du terme, mais plutôt du côté pathologique. En effet, incapable d’empathie dès son enfance (comme le montre le film, elle enterre un poussin et l’arrose, pensant qu’il va fleurir), elle maintient une façade jusqu’à la mort de son mari, moment où elle préfère se retirer du monde, en envoyant ses enfants loin. De là, elle développe un comportement antisocial ne laissant face à aucune émotion, si ce n’est la haine. Bref, tous les symptômes de la psychopathie, et ce, jusqu’au passage à l’acte…

La scène du passage à l’acte montre Julie Delpy, qui, de rage, frappe sa servante, faisant gicler du sang gicle sur son visage. Elle saisit un mouchoir pour s’essuyer tout en se regardant fixement dans le miroir, elle sent son reflet changer, mais rien ne change : on sent pointer le moment de basculement d’un état saint à un état second. Elle croit voir un visage plus jeune dans le miroir, mais il reste le même… ou peut-être pas, le doute plane.

C’est dans cette atmosphère de doute que va continuer le film, les scènes de tortures n’étant jamais montrées, le film reste très classique dans sa construction : tout est dans le sous-entendu. Julie Delpy par le non-dit et le non-vu réalise un tour de maître, puisqu’on a tellement l’impression de voir ce qu’elle ne montre pas, que finalement, c’est comme si elle l’avait fait, tout en faisant oublié au spectateur que ces images sont les fabulations a posteriori des « vainqueurs ».

Delpy fait le choix du non-choix dans l’éventail l’horizon de possibilités présentées par la légende de la Comtesse. Victime d’une conspiration, psychopathe, vaine… la Comtesse nie tout, bien qu’au moment du générique final, les images de celle-ci se maquillant de sang restent.

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A propos de l'auteur

Image de : Virgile n’a pas écrit Les Bucoliques, ni L’Enéide. Il n’est pas poète, encore moins latin et surtout pas mort. D’ailleurs, il n’est même pas un il. Reniant ses héritages classiques, Virgile connaît toutes les répliques d'Indiana Jones et la Dernière Croisade, loupe son arrêt si elle a le dernier Margaret Atwood entre les mains, et a déjà survécu sur des sandwiches cornichons-moutarde. Elle va avoir tendance à considérer la publicité comme une forme d’art, se transformant en audio guide dans les couloirs du métro, les salles de cinéma et même devant du mobilier urbain qui n'en demandait pas tant. Outré, Virgile le poète s’en retourne aux Enfers pendant que Virgile l'anachronisme rêve d'embarquer pour un aller simple destination Osaka. Pour plus d'info: http://www.twitter.com/_Virgile

2 commentaires

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  1. 1
    le Vendredi 30 avril 2010
    Vladkergan a écrit :

    J’ai été un peu déçu par le film de Delpy, que j’attendais depuis de nombreuses années. Il est loin d’être mauvais mais alors que le rythme de l’introduction est assez rythmé, la suite s’enlise dans de récurrentes lenteurs qui finissent par faire décrocher le spectateur (malgré de très belles images). L’image est assez belle mais peut-être un peu trop sombre, ce qui ne met pas toujours bien en valeur le travail important apporté aux costumes et décors. Enfin, si Delpy se débrouille bien dans le rôle de la comtesse, dommage qu’elle n’ait pas de contre-pied parmi les autres acteurs, qui ne parviennent pas à s’imposer : http://blog.vampirisme.com/vampire/?684-delpy-julie-la-comtesse

  2. 2
    le Dimanche 2 mai 2010
    Julien vachon a écrit :

    je ne l’ai toujours pas vu, mais grace à cette critique, j’ai envie d’aller découvrir ce que ça vaut.

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