L’imposture – Anne Gallet/Isabelle Flaten

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Le train est un lieu particulier dans la mythologie littéraire, celui du huis-clos sensuel et de la fantasmatique érotique. Quel recueil de textes coquins n'a pas son train déclencheur de pulsions impossibles à réfréner et de rêveries inavouables ? Pourtant même si le début de L'imposture prend racine dans cet espace confiné, on en sort tout de suite pour entrer au coeur d'une correspondance inattendue, nourrie et soutenue entre deux personnages qui s'y sont croisés.

galletDelphine a ramassé la carte de visite de l’homme qu’elle avait en face d’elle durant un trajet Nîmes-Paris. Il l’a laissé trainer sciemment ou pas, elle n’en est pas sûre. Mais de retour à Prague où elle exerce comme professeur, elle décide d’écrire à l’adresse mail de la carte. Etonné mais piqué au jeu, l’homme qui s’appelle Florentin lui répond. De mail en mail, le marivaudage tourne à l’affection, la séduction à la frustration, chacun se raconte sans trop se dévoiler, la courtoisie sincère, tout en étant factice, n’en apparait que plus calculée.

Alors que Delphine est blessée par des phrases entières qui semblent totalement anodines et qu’ensuite elle est capable de traiter Florentin de sale con ou pire encore, lui s’excuse, lui demande de ne pas douter de son affection et ne s’énerve jamais. Une sérénité plus qu’étrange. Et plus les mails avancent, plus la relation virtuelle prend une ampleur dévorante, étouffante où l’un comme l’autre s’inquiètent dès que le mail quotidien n’est pas dans la boite. Delphine s’énerve quand Florentin part en vacances en disant qu’il sera sans le net quelques jours, elle s’énerve quand il essaie de comprendre pourquoi elle a fui la France pour enseigner à Prague quand lui ne cesse de lui dire qu’il tient à elle. Mais pourquoi semble-il éviter la question du « quand nous rencontrerons-nous ? »

Anne Gallet et Isabelle Flaten ont tenté de cerner dans L’imposture ce mystérieux mécanisme qui s’enclenche dans la correspondance virtuelle et qui fait qu’on se confie soudain à de parfaits inconnus avec plus d’abandon qu’avec ceux qui nous sont mille fois plus proches. A travers les échanges quotidiens de Delphine et Florentin, c’est toute cette séduction qui ne cesse d’avorter et de se régénérer qui se déploie sous nos yeux. Si c’est le cas pour Delphine et Florentin, c’est beaucoup moins vrai pour le lecteur qui peine à entrer dans une histoire où on ne semble pas l’avoir invité. Car les mails de ces deux personnages sont pour la plupart d’un ennui consommé, leurs vies respectives sont loin, très loin d’être palpitantes et ils ne se racontent rien de bouleversant.

Alors où nous emmène L’imposture qui justifie plus de trois cents pages où il ne se passe rien qui accroche sensiblement l’attention ou l’intérêt ? Vers un dénouement douche froide qui enfin secoue un peu. Un twist comme dans les films de Shyamalan où on se frappe sur le front genre « bon sang mais c’est bien sûr », le twist qui contient tout le reste du livre et qui le justifie. Ce genre de choses, au cinéma comme en littérature, ça passe ou ça casse. Dans le cas de L’imposture, on aurait préféré que la tension s’installe de façon autre et plus progressive, on aurait surtout aimé s’attacher à ses personnages qui en dépit de leurs comportements si contemporains et si proches, nous restent assez étrangers.

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L’imposture, Anne Gallet/Isabelle Flaten, Editions La dernière goutte, 2008, 319 pages

A propos de l'auteur

Image de : Née en 1981, Chloé Saffy vit à Toulouse. Sur le net, elle est l'auteur du blog My Way Or The HighWay et a collaboré au e-magazine d'opinion Ring. Adore, son premier roman a été publié en 2009 aux Editions Léo Scheer. On peut également la retrouver sur son site : http://www.ohmydahlia.com [Crédit photo: Kelly B.]

1 commentaire

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  1. 1
    le Samedi 2 mai 2009
    Lectrice virtuelle a écrit :

    ce mystérieux mécanisme qui s’enclenche dans la correspondance virtuelle et qui fait qu’on se confie soudain à de parfaits inconnus avec plus d’abandon qu’avec ceux qui nous sont mille fois plus proches

    Je me sens moins seule, merci Dahlia!

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