L’anti-chambre

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Un huis-clos dans une chambre d'hôpital, des réflexions sur la Mort et la religion L'anti-chambre de Martial You aurait pu être une révélation. La preuve qu'il ne suffit pas de mettre des êtres humains sur scène avec un texte pour faire de « l'art » : la conclusion de ces deux heures douloureuses n'atteint même pas le stade du divertissement et nous laisse avec le sentiment catastrophé que le théâtre contemporain se contente parfois de bien peu.

antiLa pièce se déroule entièrement dans la chambre de Marie, une mère de trois enfants qui est condamnée à mourir. Vous sentez pointer le drame ? Ça aurait pu, mais c’était sans compter l’idée si originale du dramaturge de faire de l’hôpital où Marie se meurt, un lieu peuplé de personnages déjantés et complètement caricaturaux. Le psychologue ne parle qu’à travers une marionnette grandeur nature, l’infirmière passe son temps à hurler sur ses élèves de médecine qui jouent comme des gamins de maternelle, sans parler des visites que reçoit la pauvre Marie. Entre la collègue de bureau qui vient lui raconter qu’elle se tape le patron et le couple de voisins complètement débiles qui nous informent que le père Lustucru n’a toujours pas retrouvé le chat de la Mère Michel, je vous promets qu’il faut se cramponner à son siège pour ne pas partir en courant de dépit.

Ce mélange pathétique de drame larmoyant entre Marie, son mari Régis, son oncle Georges (qui est en plus le prêtre de l’hôpital), et les personnages farfelus et sans intérêt qui hantent le lieu, procure plus un rire nerveux de pitié qu’une réelle sensation de comique. Les réflexions religieuses du prêtre sont d’une lourdeur innommable, hélant ce Dieu qui ose lui prendre sa pauvre Marie, tout en répétant à celle-ci que son bonheur sera sans fin une fois morte.

J’ai pourtant voulu croire qu’il y avait des bonnes idées comme cette dame aveugle qui tue les malades de l’hôpital et que personne ne semble connaître. Une allégorie renouvelée de la mort peut-être ? Et bien non Martial You fait apparaître son personnage pour le faire disparaître aussitôt sans plus d’explications sur ce passage incompréhensible. On aimerait bien pourtant qu’elle finisse par mourir la pauvre Marie, pour qu’elle cesse enfin de gémir et de chouiner. Mais le comble du raté arrivera avec un dénouement complètement bâclé qui laisse encore sur Terre cette pauvre enfant !

Comme si cela ne suffisait pas, deux facteurs aggravants finissent d’achever la pièce avec des acteurs qui sont mauvais et une mise en scène dont la niaiserie est digne d’un épisode de la Petite maison dans la Prairie . Pourtant, la première image où nos infirmiers font voler des draps au-dessus de la pauvre Marie qui cauchemarde, arrive à faire illusion quelques secondes. Mais cela sera le seul trait de génie pour donner un peu de forme à ce texte qui n’a aucun fond. Le reste dépasse le ridicule à l’instar de ces chansonnettes dignes d’un spectacle de fin d’année et des acteurs qui bafouillent, se trompent dans les prénoms de leurs interlocuteurs et surjouent la moindre réplique.

Le théâtre des deux rêves est un lieu tellement intimiste qu’il est très facile de jouer avec le public, d’accrocher les regards. Mais non, nos robots récitent leur texte en s’agitant sans aucune cohérence et cela ne semble pas les déranger. Seule Marie trouve un peu de crédibilité dans ses pleurs, mais au milieu des clowns de l’hôpital ou de son mari tellement nerveux qu’il se bat avec tout le personnel, ses larmes deviennent vite insupportables. Les mots « pauvre Marie » sont présents environ toutes les deux répliques, pour être vraiment sûr que personne n’oublie à quel point son destin est tragique.

Bref du mauvais sur toute la ligne et pourtant j’ai vraiment essayé de dénicher la petite perle au milieu des gravas, mais la chanson de fin avec toute l’équipe en chorale sur trois accords de piano en boucle m’a définitivement fait abdiquer. Il n’y a rien à retenir de cette pièce, ni le texte, ni le jeu et ni la mise en scène ne valent le déplacement.

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A propos de l'auteur

Image de : J'ai atterri à Paris à mes 18 ans pour ma licence en art du spectacle chorégraphique. La danse, ou plutôt les danses sont en effet ma passion, aussi bien dans la pratique que sous leur aspect théorique. J'aime observer, analyser, comparer et essayer de comprendre, mais étant danseuse et comédienne avant tout, je sais aussi qu'il n'y a aucune vérité de jugement au niveau de l'art, il n'y a que des points de vue. Je reviens juste d'une année sabbatique qui m'a conduit entre San Francisco et Los Angeles et je m'apprête donc à continuer mes études avec un master en études théâtrales (le but étant d'intégrer un master pro en journalisme culturel l'année prochaine).

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