L’argent ne dort jamais

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Hold-up véner, des dents aiguisés comme un couteau de boucher, des capitaux qui passent de main en main : afin de voir plus clair dans l’économie des médias, Discordance publiera désormais chaque mois un récapitulatif des mouvements financiers les plus notables.

La bonne baston du mois : Skyrock se déchire

Image de Tous les kids de France sont grave véners. Leur pote Pierre Bellanger (photo), jusque là directeur de la station, s’est fait virer de son poste exécutif par le fonds d’investissement Axa Private Equity, propriétaire de Skyrock à hauteur de 70% (les 30% restants appartenant à Bellanger). La station de radio, mais aussi la plateforme de blogs (Skyblogs), étaient sur la pente descendante depuis deux ans : les requins d’Axa ont donc entamé le processus de mise en vente.

Branle-bas de combat. La révolution s’est mise en marche : les employés ont empêché le nouveau directeur Marc Laufer (transfuge de NextRadioTV) de rentrer dans les locaux, les stars du rap ont organisé la résistance, les fans ont hurlé au scandale sur Facebook.

Bellanger, de son côté, a commencé par camper dans son bureau pour empêcher de se faire virer, puis a joué l’énorme coup de pub en annonçant la semaine dernière vouloir être acquéreur de la totalité du groupe Skyrock. Après un tour de table en toute discrétion, c’est le Crédit Agricole qui s’est manifesté le premier. La banque a proposé de racheter 30% des parts à Axa, dans l’idée de s’associer avec Bellanger pour détenir 60% à eux deux, et ainsi donner à l’ex-futur-ex-PDG le contrôle du groupe.

Aux dernières nouvelles, ce sont Orange et le Fonds Stratégique d’Investissement (FSI) qui se sont intéressés au dossier pour racheter les 40% qui resteraient à Axa après le passage du Crédit Agricole. On parle aussi de Free et de Vivendi pour miser sur Skyblogs. Bref, Bellanger a failli tout perdre mais se retrouve finalement dragué par les plus puissants. Ça sent le roussi pour Marc Laufer… A suivre.




La bonne opé du mois : Vivendi récupère la totalité de SFR

Image de Début avril, le groupe de Jean-Bernard Lévy (photo) a annoncé le rachat des 44% encore détenus par l’anglais Vodafone (ancien propriétaire d’Orange) dans SFR, ce qui va lui permettre d’être propriétaire à 100% de l’opérateur. Coût de la transaction : 7,95 milliards d’euros. Soit une très grosse dépense pour le groupe qui table à 29 milliards d’euros de Chiffre d’affaire pour 2010, mais aussi le moyen de faire bondir son résultat net de plus d’1 milliard d’euros par an.

A fond dans l’acquisition, Jean-Bernard a également annoncé qu’il souhaitait racheter les 20% de Lagardère dans Canal +, dont ils détiennent déjà les 80% restants. Exit les prises de participations minoritaires (pour financer ces rachats, Vivendi a du revendre les 20% qu’il détenait dans NBC Universal), la stratégie 2011 sera celle du contrôle total de ses filiales françaises. Bien joué, JB, une chose est sûre, t’as pas les boules.




La bonne loose du mois : TF1 flippe des ambitions de Canal

Image de Dans le cadre des bonus octroyés à TF1, M6 et Canal+ pour compenser l’arrêt de la diffusion analogique, les groupes ne sont pas sur la même longueur d’ondes. De son côté, Bertrand Meheut (photo), PDG du groupe Canal, a annoncé fin mars qu’il souhaitait profiter des nouveaux canaux de la TNT pour créer une chaîne gratuite et grand public, Canal 20. Objectif : atteindre 7% de part d’audience.

Problème : TF1 et M6, soutenues par Bolloré (Havas), flippent de voir leurs écrans pub désertés avec la multiplication des chaînes, et demandent un moratoire pour stopper la création de canaux et ainsi garder la tête du peloton.

Ne reste qu’à savoir si la Commission Européenne, décisionnaire sur ce coup, va céder à la pression de Bouygues et ses amis ou pas. Et si ce n’est pas le cas, un tournant historique risque vraisemblablement de s’enclencher : la redistribution des cartes dans le PAF et le fin de la toute puissance TF1

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A propos de l'auteur

Image de : En plus de travailler dans la promotion musicale, Benjamin aime passer son temps perdu à écrire sur les médias en général, la théorie du cinéma, l'économie des NTIC ou encore la transformation de l'industrie musicale. Sinon, il adore les salles de concert qui sentent la sueur, les films de plus de trois heures sur l'histoire des Etats-Unis, la techno planante au petit matin, les hot-dogs, les papiers gonzos, la radio, la vodka, le rock qui envoie, les polars de 800 pages avec des personnages orduriers, les documentaires sur la CIA, et puis surtout les yaourts et les glaces.

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