Kid Cudi – Man On The Moon II, The Legend Of Mr Rager

par Jo|
À peine plus d’un an après la sortie de son premier album, Kid Cudi nous livre le second volet de sa trilogie Man On The Moon. Une nouvelle traversée du miroir en compagnie du maitre des lieux qui nous conte, en 5 actes et 17 chansons The Legend Of Mr Rager.

Image de Kid Cudi - Man On The Moon II, The Legend Of Mr Rager D’abord annoncé comme un album plus festif et moins personnel, Cudder a par la suite pris le temps de la réflexion pour finalement sortir ce qu’il caractérise lui-même comme l’une de ses créations les plus sombres. Sombre… Peut-être, majestueuse et aérienne… Sûrement. Avec ce second opus, Kid Cudi confirme qu’il est de ces artistes à l’univers unique. Alors que nombre de rappeurs sont aujourd’hui dans une position peu confortables, en grand écart entre hip-hop, électro et pop, il parvient à faire fusionner les genres sans que l’ensemble ne s’apparente à un vulgaire patchwork ou à une entreprise ouvertement commerciale. Cet album est une aventure où le jeune homme de Cleveland évolue en équilibriste de génie entre doutes et moments d’euphorie. Un clown triste se moquant des codes musicaux en vigueur.

Exit les interludes de Common qui rythmaient les 5 actes du premier opus, The Legend of Mr Rager s’ouvre sur les mots du Kid qui, en bon capitaine de bord, salue l’auditeur avant la mise en orbite autour de la planète Scott Mescudi. L’architecture musicale de l’album est sensiblement la même que sur The End Of The Day : Emile et Pat Plain se chargent de la majorité des productions. Dès les premières notes, on retrouve cette magie envoûtante qui fait la singularité de la musique de Kid Cudi.

À noter sur ce premier morceau, le refrain parfaitement exécuté par Cee-lo (la voix du tandem Gnarls Barkley), le premier guest de l’album. La seconde piste, RevoFev, se présente sous forme d’hymne révolutionnaire. Kid Cudi s’y voit en porte-drapeau de la jeune génération et chante sur un rythme haché à l’accent militaire. Un hymne perturbé par les « I’m so high » à répétition du rappeur. C’est l’une des premières évocations d’une composante essentielle de l’album : la drogue. En effet, le jeune homme s’est illustré ces derniers mois à la une des journaux people après son arrestation pour possession de cocaïne. C’est donc sans surprise qu’elle est au centre du second Acte, tantôt source d’angoisse dans Don’t Play This Song, tantôt herbe qui aide à la création dans Marijuana. À la manière d’un Snopp Dogg, Cudi nous offre une ode planante, plus par sa construction musicale céleste que par ses paroles.

Image de Kid Cudi Cudder s’adapte à chaque instrumentale. Ce qui frappe c’est l’apparente nonchalance avec laquelle il passe d’un univers à l’autre. Ainsi on le retrouve en rappeur survolté sur Mojo So Dope et Ashin’ Kusher, deux musiques profondément hip-hop, pour le voir, l’instant d’après, se transformer en rock star sur Erase Me, le premier single de l’album en featuring avec Kanye West. Bien que le morceau ne reflète pas forcément l’univers de l’artiste, il ne choque pas et Kid Cudi assume sa posture rock jusqu’au bout. Du riff de guitare façon Blink 182 à son attirail de Jimmy Hendrix dans le clip, il ne se démonte pas et entraine avec lui son parrain Kanye West dans une escapade franchement rock. Nous sommes alors au cœur du troisième acte Party On, l’acte des excès et des extravagances en tout genre, à l’image de l’instrumentale de Wildn’ Cuz I’m Young, véritable ovni débarqué de la planète Plain Pat faite de sons spatiaux et de rythmes galactiques.

Toutefois, la réalité de Kid Cudi ne s’arrête pas là et le quatrième acte révèle quant à lui l’angoisse du chanteur et sa part d’ombre. Maniac en featuring avec Cage et St Vincent symbolise parfaitement cet état d’esprit et en même temps cette atmosphère qui émane de la musique de Cudder. Le crépuscule, la nuit, c’est là que son univers se révèle ; dans les samples distordus par les effets de réverbe et les échos de voix. Kid Cudi fait alors office de narrateur, contant les aventures de Mr Rager en jouant à la fois l’enfant avide d’histoires et le mystérieux voyageur. These worries quant à elle marque la seconde apparition de Mary J. Blige aux cotés de Cudi. Une fois encore, la musique soutient parfaitement le combat de l’artiste contre ses démons.

La grosse caisse gronde de manière tribale comme pour aider le chanteur à exorciser ses peurs.
Le dernier acte de l’album est peut-être le moins bien ficelé. Il permet malgré tout à Kid Cudi de faire redescendre l’auditeur en douceur avec des chansons interprétées plus légèrement, un peu à la manière de berceuses, comme All Along. On continue malgré tout à le découvrir. Le succès, la solitude, Kid Cudi a réalisé que la sincérité était la formule qui lui convenait. Pourquoi vouloir ne faire que du dansant lorsque, comme il le dit si bien, il se trouve prisonnier de son esprit (Trapped In My Mind) en proie à ses doutes, et que les exprimer l’aide à évoluer. S’il ne se réinvente pas à chaque album comme Kanye West, Kid Cudi demeure un artiste unique, un alchimiste musical de haut vol qui nous livre une nouvelle fois un album complet, cohérent et incomparable.

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