Keep You Close , du grand dEUS

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Si la scène belge n'a plus à justifier ses quartiers de noblesse depuis un moment déjà, il est toujours plus facile de débarquer en challenger que de défendre son titre.

Image de dEUs-Keep-You-Close-Cover Avec un sixième album depuis Worst Case Scenario, dEUS doit affronter le jugement des fans qui ne cesse de regretter le temps des débuts. C’est oublier un peu vite que les années 90, en réalité, n’ont jamais connu à proprement parler le dEUS d’aujourd’hui. Alors que le groupe de l’époque se cherchait et expérimentait aussi bien du côté des sons que de son line up, la formation actuelle est stable depuis Pocket Revolution seulement (2005), pour une évolution qui se doit d’oublier des premiers pas qui n’étaient pas tout à fait les siens propres.

La bonne nouvelle, c’est que Keep You Close semble consacrer ce cheminement, au point qu’il sera l’album qui peut-être, assoira définitivement dEUS à la place que squattent injustement Américains et Anglais sans réel partage.

Parce qu’il y a tout dans cet album. Du pire au meilleur comme du meilleur au pire et en fait, tout pour ratisser large et conquérir le monde sans pourtant se déjuger jamais.

Une intro terriblement mainstream pour démarrer, avec un Keep You Close qui balance coup sur coup violons en cascade et xylophone, provoquant un mouvement de recul instinctif avant de nous récupérer aussi sec à la seconde même où s’élève la voix de Tom Barman, insoupçonnable, plus électrique que jamais, fascinante. Puis, dans la même veine, Ghost et l’agaçant piano catchy de son refrain, finalement sauvé par une signature vocale tout à fait unique, un flow jouant les voix off avec brio ; pas de doute, c’est du dEUS (« Ouh Ah ! »). Enfin, pour clôturer la série « grand public mais pas que », Constant Now, qui commence par décevoir jusqu’à ce que s’impose sa guitare nouvellement funky, appuyée par des cuivres que ne renierait pas James Brown.
Même en version pop orchestrale donc, dEUS ne fera pas de soupe. Voilà qui est plié.

A l’autre extrémité stylistique du disque, on trouve une série de titres « master pieces », trinité d’une somptueuse noirceur. Plus rock cette fois, ceux-là ont de quoi ravir l’amateur de crescendos planants et rageurs en même temps, avec phrases à chanter à tue-tête en concert (« Insiiiiiide, Outsiiiiide » – Dark Sets), chœurs porteurs de fin du monde, refrains à scander (« Cause twice I set my mind on you, and twice I gave you nothing » -  Twice) et envolées rock grandioses dont on ne sait si elles sauront s’arrêter au bord de l’abîme. Le piano est alors nerveux, aiguisé, en accord parfait avec la voix qui désormais, flirte avec la rupture. Ces deux titres là, véritablement, sont de toute beauté, enrichis de l’apport de Greg Dulli, leader méconnu d’Afghan Whigs et des Twilight Singers, à qui l’on pourrait bien devoir une partie de l’émotion ressentie.
Troisième sommet dark, quoi que bien plus apaisé, The End Of Romance offre une respiration à l’auditeur, une quasi sagesse ; avec parfois, de façon surprenante, des accents de Phil Collins. Et surtout, un recul, une hauteur qui impose le respect.

En sortie de cet étourdissant labyrinthe, bouclant la boucle d’un album aussi achevé qu’il est court, il y a Easy. Easy, grand final fait d’incessantes ruptures,  tour à tour léger ou puissant, chuchoté, instrumental, ou plainte hurlée, alternance de guitares douces saturées et de violons infiniment plus subtils que ceux de Keep You Close, qui convoque tout le savoir insolent de dEUS en un seul morceau. Une conclusion d’une maturité presque arrogante, qui sonne comme une démonstration ultime pour un dEUS tant espéré, celui qu’on n’attendait (presque) plus depuis Ideal Crash.

dEUS, deux époques, deux identités, deux réussites exceptionnelles. dEUS, « Twice we survived ».

Avec ce grand disque, le champion n’est pas prêt de perdre son titre.

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dEUS, Keep You Close (Pias), sorti le 19 septembre 2011.

Site web : http://www.deus.be/

A propos de l'auteur

Image de : Isatagada a une fâcheuse tendance à en faire trop tout le temps : s’investir pour de nouveaux artistes, photographier, parler, filmer, s’indigner, lire, se faire de nouveaux amis et écrire, écrire, écrire... L'essentiel étant de galoper, pas de manger des fraises. Du coup, elle se couche tard et se lève tôt ; rêve de téléportation et de quelques vies supplémentaires. Et de servir à quelque chose quelque part, en fait. Blog / Flickr

1 commentaire

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  1. 1
    le Jeudi 13 octobre 2011
    Gilles a écrit :

    Album très sympa, du bon dEUS comme on l’aime avec un gros coup de coeur pour le premier single Constant Now!

    A écouter en intégralité sur http://www.liketrax.com/playlist/88/?autop=first

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