Kate Bush – Director’s Cut

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Beaucoup de « Kate » semblent légitimement s'imposer en Angleterre ces temps-ci, mais aucune n'a le charisme, ni l'originalité de Bush. Ayant récolté tous les suffrages, c'est très certainement l'une des rares artistes féminines de sa génération à s'être élevée au rang d'icône. L'annonce de la sortie de Director's Cut, son nouvel opus, était donc sans conteste considérée comme l'événement le plus attendu de l'année.

En effet, il aura fallu très peu de temps à cette excentrique adolescente pour s’envoler vers les hautes sphères. La belle anglaise est tout d’abord repérée par David Gilmour, guitariste de Pink Floyd. Peu de temps après, sort son premier 45 tours Wuthering Heights (1978), illustre succès, dont les paroles sont directement inspirées de l’unique roman d’Emily Brontë. Par ailleurs, l’identification à la jeune héroïne des Hauts De Hurlevents, Catherine Earnshaw, est d’autant plus évidente lorsque l’on connaît mieux le phénomène Bush. Un tempérament de feu, s’agitant dans tous les sens dans ses vidéos, à coups de bras virevoltants, de « wow » assénant et de costumes plus farfelus les uns que les autres. La même année, avide d’écriture, elle sort ses deux premiers albums The Kick Inside et Lionheart dans la foulée et poursuit en 1979 en s’engageant sur la première et unique tournée européenne de sa carrière.

Las de ses apparitions publiques, de promos éprouvantes et souhaitant élargir ses champs d’action, la désormais nommée « Sorcière du son » crée son propre studio d’enregistrement au début des années 80. Plus rien ne peut désormais arrêter son désir d’indépendance, et dans cette démarche artistique plus que singulière, en alliant la danse à la musique, que Kate va sortir ses plus belles chansons. Dès lors, une pluie de tubes qui va déferler sur toute l’Europe. Entre Cloudbusting, Running Up That Hill, Wow, The Breathing, Army Dreamers, Babooshka et le divin Love And Anger, la liste de ses succès s’allonge au fil des années, la faisant passer du statut de star à celui de légende. Mais plus les tubes s’enchaînent, plus la chanteuse-auteur-compositeur, se fait rare. Malheureusement, après avoir auto-produit sur son label Fish People, The Sensual World (1989) et The Red Shoes (1993), et acquit une parfaite autonomie face à EMI, l’artiste décide d’élever son fils à l’écart de la médiatisation et pour ce faire, s’éloigne du Monde pendant plus d’une décennie.

Véritable mort musicale, plus personne ne s’attendait à réentendre un nouveau titre de l’indicible Kate. A la surprise de tous, c’est en 2005 avec un sublime double album Aerial, qu’elle décide de faire son grand retour, soit douze années après la sortie de son sixième album. Ces deux albums plus que conceptuels font aussi bien référence à π, Jeanne d’Arc ou encore son fils qu’à la lumière du jour. Depuis, chaque annonce faite dans la presse quant à la rumeur d’un nouvel album est aussitôt épiée, scrutée et vérifiée. Ce n’est qu’en mai 2011 que la rumeur s’est pratiquement avérée exacte. Car en effet, sous les traits d’un nouveau disque, la belle a tout simplement sublimé les titres les moins aboutis de ses deux précédents albums The Red Shoes et The Sensual World. La réaction est tout aussi puissante que l’effet dissimulé derrière cette ruse. Sans aucun doute possible, la décision de ré-instrumentaliser ses propres titres n’est autre que l’aboutissement naturel d’une artiste ô combien perfectionniste.

Image de Kate Bush – Director’s Cut Bush place alors en premier plan, délicieuse introduction, The Flower Of The Moutain. Ce titre réinterprété de part en part n’aurait presque plus lieu de se nommer ainsi. La trame, bien plus profonde, est ici retravaillée. La voix plus mature et maîtrisée, les notes plus lentes et douces, les couplets complètement réécrits, tout dans ce titre semble subir un ravalement général. Mais qui pourrait reprocher à Kate et son intellect si pointu de vouloir s’inspirer d’un des auteurs les plus complexes au monde, le bien aimé James Joyce et son ouvrage magistral Ulysse ? Tout comme à ses débuts elle s’inspira d’Emily Brontë, et tout comme à ses débuts cela lui réussit à merveille. Ainsi, tout l’ensemble de son Director’s Cut n’est qu’une succession de ré-orchestration de ses anciens titres dans le but d’y apporter une touche novatrice. Deeper Understanding en est le parfait exemple, mais sur cette lignée on peut ajouter les titres totalement réinventés tels que This Woman’s Work et Rubberband Girl. Avis à tous les fans de la voix cristalline de Kate à ses débuts, s’abstenir. Le choc est à la hauteur de sa transformation spirituelle et professionnelle.

L’attente d’un véritable nouvel album de l’anglaise est donc de nouveau d’actualité, malheureusement aucune date de sortie n’est encore prévue. Reste à savoir s’il faudra patienter encore quelques années ou espérer qu’elle ait mis à profit ses douze années d’exil afin de le préparer avec tout le perfectionnisme qu’on lui connaît. Quoi qu’il en soit, l’innovation au mépris du passé est bel et bien l’angle pris par Kate Bush dans son Director’s Cut personnel, sorte de caprice élitiste vis-à-vis de son âme et conscience.

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A propos de l'auteur

Image de : Mes passions ont toujours été dévorantes et poussées à leur paroxysme. Les mots sont un exutoire idéal et mon admiration est totale envers des écrivains tels que Robert Heinlein, Hubert Selby Jr., Bret Easton Ellis, Franz Kafka ou encore Albert Camus. http://www.tasteyourmusic.wordpress.com

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