Kap Bambino – Devotion

par |
Un nouvel album fulgurant, qui trouve la juste mesure entre grâce et sauvagerie.

Image de Kap Bambino – Devotion Formé en 2001, Kap Bambino est né avec la culture DIY, les concerts dans les squats et le pressage de CDs à l’arrache. Ses deux protagonistes, Khima France et Groupgris (aka Caroline Martial et Orion Bouvier à la ville), sont depuis dix ans les apôtres d’une certaine forme de l’underground hexagonal, celle de l’electro punk barré, sale et déjanté, qui s’écoute dans la sueur et la poussière.

Kap Bambino est donc un pur produit des 00’s, mais à contre-courant de ses contemporains de l’époque : là où certains fonçaient tête baissée dans les nouvelles épidémies musicales (electro clash, minimale, french touch 2.0…), les deux bordelais hurlaient leur dégoût de la finesse hype. Après trois albums autoproduits, puis un quatrième qui les a révélés au grand public avec une signature chez Because en 2009 (Blacklist), les voici donc de retour avec Devotion, un cinquième opus qui devrait asseoir pour de bon leur notoriété.

Comme le titre de l’album l’indique, la musique de Kap Bambino a quelque chose de sacré : il y a une pureté, une grâce chez Kap Bambino, et elle s’opère dans leurs moments de fureur pure. Ces synthés sous ecsta, ces nappes de sons saturées, cette voix hystérique et réverbée à outrance, cette façon de pousser volontairement le master dans le rouge : c’est dans cette radicalité et cette efficacité pure que Kap Bambino séduit le plus. Rajoutez à ça un pied 4/4 et des montées hyper acides, voici la formule de leur musique sans compromis, entre rave, pop et punk, qui s’impose comme un bolide et se vit comme une performance survoltée.

Avec Devotion, Kap Bambino ose proposer des tracks plus calmes qu’à l’habitude, à l’image de Burning, Buffalo Kids, ou encore du final de Next Resurrection, avec ses nappes vaporeuses et célestes qui se superposent comme autant de couches de nuages magiques. Mais si ce nouvel opus se termine avec une IDM planante (The Lost), Kap Bambino n’en restent pas moins avant tout des esthètes de la violence, qui matérialisent à coups de machines le sentiment d’urgence, comme si chaque morceau était un ultimatum.

Ecoutez Obsess, Devotion ou encore Next Resurrection : ils prouvent ici tout leur talent de faiseurs de tracks hyper joussifs. Des sons de synthés agressifs qui prennent au corps, des motifs 8 bits enivrants, des montées orgiaques et des nappes menaçantes qui ajoutent une note de pessimisme dans ce joyeux bordel : rares sont les groupes français qui proposent un univers aussi radical et revigorant.

Certaines fines bouches y ont vu du sous-Crystal Castles girondin. Mais Kap Bambino est moins intello, plus punk, plus rave, plus fuck off. Si référence il doit y avoir, on penserait plutôt à Atari Teenage Riot : la preuve, c’est que les Anglais en raffolent, comme l’ont montré les ventes de disques ( 9ème des charts indie UK en 2007). Même si moins tubesque que Blacklist, Devotion est au final un masterpiece contre le bon goût, une sacrée claque qui s’annonce déjà comme l’un des piliers electros de l’année.

Reste à savoir que le groupe s’apprécie surtout en live, où ils donnent la pleine mesure de leur folie dans des prestations scéniques vraiment chaotiques. À découvrir dans les semaines à venir à Bordeaux, Rennes ou Roubaix.

Partager !

En savoir +

Site officiel : http://www.kap-bambino.com/

A propos de l'auteur

Image de : En plus de travailler dans la promotion musicale, Benjamin aime passer son temps perdu à écrire sur les médias en général, la théorie du cinéma, l'économie des NTIC ou encore la transformation de l'industrie musicale. Sinon, il adore les salles de concert qui sentent la sueur, les films de plus de trois heures sur l'histoire des Etats-Unis, la techno planante au petit matin, les hot-dogs, les papiers gonzos, la radio, la vodka, le rock qui envoie, les polars de 800 pages avec des personnages orduriers, les documentaires sur la CIA, et puis surtout les yaourts et les glaces.

Aucun commentaire

Abonnez vous au Flus RSS des commentaires

Réagissez à cet article