« J’veux la musique avec » : Hangar, Ivre mer

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Hangar nous offre ce printemps un nouvel album savoureux.

Nous devions déjà aux six garçons un opus paru en janvier 2011, dans lequel se trouvait Version Originale que l’on a pu entendre dans le film Les Petits mouchoirs de Guillaume Canet. Ivre-mer  est un éloge de la paresse, en mieux. Dans leurs arrangements nous revenons faussement à l’âge d’or des émissions musicales télévisuelles, un peu à la Maritie et Gilbert Carpentier. Au-delà des paillettes et de cet aspect faussement kitsch, il sent bon la côté ouest, la plage et la crème solaire ; un parfait allié pour les quelques jours estivaux survenus récemment.

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Si Hangar est un groupe de six jeunes hommes (Antonin, Florent, Hubert, Nicolas, Pierre-Marie et Romain), la pochette présente Antonin seul en maillot de bain, accroupi de trois quarts, dos à l’objectif. Dans un paysage glacial, il regarde par dessus son épaule en hors-champ. Le titre et le nom du groupe ondulent sur une grande partie de l’image pour faire oublier ce corps seul. Ivre-mer, c’est ce décalage entre la chaleur des titres et la froide réalité des sujets évoqués.

De premier abord, ce qui est frappant, c’est la connivence entre l’actualité politique et le premier titre Ecoute, qui prête doucement à sourire. Il est important d’écouter autant la mélodie que les paroles de ce disque, tant les mots et les sons s’associent avec justesse.

Les mélodies sont entêtantes, les paroles aussi ; la voix sait s’amuser, tantôt survoltée (Mister Power), tantôt suave et traînante (Ivre-mer). Ainsi, Où errons-nous ? s’ouvre sur une guitare et nous tire dans d’autres espaces pour se laisser captiver par les arpèges et les douces voix s’emmêlant jusqu’à ouvrir en coda une nouvelle dimension. Les arrangements semblent simples mais s’avèrent efficaces et bien trouvés.

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Cette douceur, nous la retrouvons dans La Rumeur ou encore Soleil profond, deux titres pourtant opposés mais rapprochés par la voix suave de leur interprète. Musicalement, La Rumeur est aérienne là où, Soleil profond est plus profond, justement, et pourrait même être un blues.

Août semble être une chanson mélancolique perdue, une parenthèse poétique permettant à Hangar de ne pas être catégorisés « trublions ». La voix doublée par des chuchotements donne cette impression d’accessibilité et de proximité. Un titre où le temps se suspend pour mieux introduire Ivre-mer. Complètement planante, sur le titre éponyme, la voix n’est pas sans rappeler M, dont ils ont fait la première partie. Si le clip présente le chanteur errant, ce titre a un véritable effet sable mouvant. Il nous attrape, nous enveloppe et nous ensevelit. La voix se déploie dans les aigus, et rend cet appel au secours plus sérieux. Les notes qui nous parviennent confortent cet SOS clairement clamé : « Je suis ivre mer y a pas de remède, allo la terre, au secours, may day, à l’aide ». Mais Hangar c’est plus léger que ça, alors si vous tendez l’oreille vous entendrez « fuck the blues« .

Hangar 3D’autres titres jouent sur les longueurs et la langueur lancinante, tels que La Miss du Sud ou Ivre Mer. La première des deux nous emmène dans un tout autre espace -; elle est intemporelle. Seul au chant mais soutenu sur les refrains, accompagné par le groupe sur une douce mélodie, le texte s’avère faussement drôle alors qu’il s’agit ici d’une véritable déclaration. Lancinant à sa façon, ou plutôt nonchalant, Tattoo se démarque par son entêtant accent de guitare sur les couplets et ce basculement sur le refrain, avec la cascade rapide des notes à la façon d’une mandoline. Le piano s’invite après le premier refrain et une voix féminine, douce et chaleureuse vient soutenir celle d’Antonin. Le texte de cette chanson d’amour, souligne l’obsession dans la répétition et l’accumulation des occurrences liées à son héroïne. Cette alliance entre les paroles et la musique font résonner l’un en l’autre et c’est dans cet équilibre que le titre prend tout son sens. L’ouverture chantée par la voix féminine en fin de titre pourrait laisser s’évader cette héroïne mystérieuse, quand bien même celle dont il est question semble plutôt de nature poudreuse

Le leitmotiv a une belle part dans plusieurs titres, mais c’est une évidence dans Ecoute avec la répétition d’un « écoute » scandé en fond, suppléé par « J’veux la musique avec« , ou encore « des millions, des millions, des milliards, des milliards« . L’addition rythmée de ces quelques mots offre au titre une dimension pressée.

Cet album recèle de véritables pépites, jusque dans les extrêmes : là où certains titres sautillants sont amusants, voire sont de réels défouloirs. Ecoute ouvre l’album sur cet aspect sautillant et entraînant.L’amusement pourrait être mesuré crescendo sur A l’ombre puis Descends avant d’exploser avec Mister power. A l’ombre est un morceau jubilatoire, tant dans le texte que dans l’air. Plaisir coupable et fainéantise, la procrastination guette quand toute la jouissance de ne rien faire devient le sujet d’un titre. Qu’il est bon de traîner et de s’en amuser. Descends permet de laisser s’échapper les voix dans des cris, des rires et des choeurs fous. Côté musique le tout se presse sur la fin, la batterie introduit la coda et quitte son rythme de croisière en le doublant, invitant au passage les guitares et le saxophone. Mister Power est sûrement le climax de cet opus, l’intensité y grandit progressivement, et résister à l’envie de danser serait un sacrilège. Une telle promesse sur disque pousse à espérer de pouvoir entendre les titres sur scène.

Ivre-mer est une invitation à prendre du bon temps, à la fois fantaisiste et sérieux. S’il gravite autour de l’addiction ou encore la solitude, cet album universel redonne le sourire. Teinté de multiples couleurs, aux sonorités variées qui se marient parfaitement, il est produit par J.P. Plunier (Ben Harper, Jack Johnson) et fait partie de ces bonnes surprises du printemps. A écouter sans modération.

Ivre-mer - Hangar / sortie le 31 Mars 2014 – (Polydor)

Crédit Photo – Alice Moitié

Merci à Nina – Polydor.

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A propos de l'auteur

Image de : Diplômée d'un Master 2 de Cinéma, musicienne de chambre, chanteuse de salle de bain, humoriste de placard, voyageuse par procuration, photographe amateur au regard amusé, monteuse intransigeante. J'ai un gros souci avec la couleur rouge et j'ai toujours un truc dans les cheveux. Oh, Boy! Manon, mais pas trop. *Twitter *Galerie

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