Justice – A Cross the universe

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Rétrospectivement, il est ahurissant de se dire qu’il a fallu plus de trois ans à Justice pour accéder à ce statut de superstars qui peuvent se permettre d’envoyer chier Madonna qui leur propose de faire sa première partie de la tournée « Sweet and Sticky ».

justice-3Pourquoi ahurissant ? A une époque où la capacité à s’enflammer de plus en plus vite et de plus en plus fort (et brûler plus rapidement encore qu’on n’a adoré) pour des artistes tout juste sortis de leur oeuf, le cas Justice peut étonner. Mais à considérer qu’il fallait sans doute des successeurs à Daft Punk sur le créneau french touch/collage de samples efficaces/machine à dancefloor, le triomphe tardif de Gaspard Augé et Xavier de Rosnay est d’une logique implacable. Et puis quelle aubaine pour les journalistes de pouvoir sortir tous les jeux de mots possibles et imaginables dans leurs papiers du style « Que Justice soit faite » ou « Justice pour tous » !

On a passé l’été 2007 à chanter en choeur façon Jackson5 sur D.A.N.C.E. On s’est indigné (ou pas) avec plus ou moins de vigueur sur le clip Stress . On s’est demandé s’ils n’étaient que des bouffons de la hype ou des artistes majeurs de l’electro française. Bref, il manquait à Justice l’examen de passage, le live gravé sur une galette pour savoir la baudruche allait se dégonfler ou s’il y avait un peu de solide là-dessous. Au terme d’une tournée mondiale c’est aux États-Unis que Justice choisit d’enregistrer son premier album live, à San Francisco. Live qui accompagne un documentaire d’une heure et quart réalisé par Romain Gavras en forme de carnets de route à travers les routes des États-Unis.

Bon parlons de suite du live . Il est contre toute attente, plutôt bon. En cela qu’il confirme complètement ce qu’est Justice : une pure machine à dancefloor. Ce n’est pas un groupe à écouter chez soi. C’est le groupe à découvrir en festival, ou en soirée, le groupe où tu lèves les bras en criant de plaisir quand le morceau arrive au point culminant, et où tu danses en ayant pas peur de faire transpirer même tes mèches de cheveux. Et le live en rend bien compte : cette fièvre de l’electro calibrée pour ça . Comble de l’ironie, D.A.N.C.E est le morceau le moins intéressant du concert, dans le même esprit qu’un Kurt Cobain qui prenait un plaisir fou à massacrer Smells like teen spirit en concert, comme pour casser le pouvoir de leur tube absolu.

Le dvd A Cross the Universe est assez déroutant. Ni making of, ni coulisses de concert, il est un témoin des trois semaines d’une tournée qui à un moment donné semble complètement partir en sucette. Entre le tourneur/manager fou des armes, Gaspard et Xavier qui passent leur temps à se faire des blagues potaches (se jeter des boules de neige, essayer de brûler les cheveux d’une groupie défoncée et collante, jouer au foot dans une supérette), les pneus du tour-bus qui éclatent et que le chauffeur change au milieu d’une route quasi-déserte. Mais aussi les salles de concerts déchainées, le public qui semble en transe, les fans qui pètent un câble au point de faire tourner une after/séance de dédicaces en bagarre à coups de bouteilles cassées… A se demander si la référence de Romain Gavras ce n’est pas This is Spinal Tap ! de Rob Reiner, vrai-faux documentaire sur une tournée casse-gueule d’un groupe de rock un peu crétin et infantile, mais qui se termine malgré tout en triomphe.

Ça pourrait être ça, s’il n’y avait cette volonté de ne quasiment rien dire (c’est simple, à part une voix off qui intervient deux ou trois fois et quelques phrases échangées sporadiquement entre les membres de l’équipe, ah si y a aussi les fans qui disent quelques trucs) et se contenter de montrer, sur un montage qui finit par induire un malaise sur lequel on a du mal à mettre des mots. Car il est très difficile de savoir si tout ça sent une rebelle attitude savamment calculée ou la réalité d’une perte de contrôle total sur le déroulement des évènements. Quand on sait que Justice est aussi une putain de grosse machine marketing, on peut à un moment donné douter de la sincérité de tout ça, et se dire « alors bordel, ils l’ont vraiment l’esprit rock n’ roll ou ce sont juste des fils à papa qui se font du frisson à peu de frais ? » Sur le même principe, on est en droit de préférer l’authenticité roots du dvd Are you ready to fuck el diablo? qui accompagne l’album Gore baby gore! de Punish Yourself

Au sortir du match, c’est donc le live le gagnant, ce qui est plutôt rassurant pour un groupe de musique. Même s’il est bon de garder en tête que Justice est avant tout un groupe qui a l’intelligence des assemblages de samples (dans la parfaite lignée des Daft Punk ou Fat Boy Slim ), qui sont d’excellents producteurs et qui ont la capacité de retourner un dancefloor. Ce qui n’est pas si mal. De là à dire que ce sont des créateurs incroyables. Il ne faut quand même pas non plus projeter n’importe quoi. Ce qui fait qu’on continue à s’intéresser à Justice, c’est sa redoutable efficacité. Reste à savoir si un jour, Gaspard Augé et Xavier de Rosnay seront capables de plus que sampler de très très bons morceaux pour faire un album.

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En savoir +

A Cross the Universe Cd/Dvd : Intro / Genesis / Phantom Part 1 / Phantom Part 1.5 / D.A.N.C.E / D.A.N.C.E Part 2 / DVNO / Waters of Nazareth (prelude) / Two minutes to midnight / Tthhee ppaarrttyy / Let there be lite / Stress / We are your friends (reprise) / Waters of nazareth / Phantom Part 2 / Encore / NY Excuse / Final

Le MySpace de Justice: http://fr.myspace.com/etjusticepourtous
Justice, Romain Gavras et So-Me invités à Ce soir ou jamais : http://www.dailymotion.com/video/x7lwai_justice-ce-soir-ou-jamais_music
La page Dailymotion de Justice : http://www.dailymotion.com/justice

A propos de l'auteur

Image de : Née en 1981, Chloé Saffy vit à Toulouse. Sur le net, elle est l'auteur du blog My Way Or The HighWay et a collaboré au e-magazine d'opinion Ring. Adore, son premier roman a été publié en 2009 aux Editions Léo Scheer. On peut également la retrouver sur son site : http://www.ohmydahlia.com [Crédit photo: Kelly B.]

5 commentaires

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  1. 1
    le Vendredi 19 décembre 2008
    c4n4r a écrit :

    c’est vrais que le cas Justice est spécial, j’arrive vraiment à savoir si ils sont de vrais rockeurs dans l’âme, ou si tout ça n’est que de la poudre lancée aux yeux des dandys de la hype bobo parisienne…
    Musicalement par contre je dois dire que j’accroche pas trop. Dans le genre electro je préfère bien plus des trucs comme « prodigy » qui eux, et c’est certain sont (étaient) des putains de tarés !

  2. 2
    le Vendredi 19 décembre 2008
    Dahlia a écrit :

    Prodigy c’est beaucoup plus énervé de base (putain rien que réécouter Smack my bitch up, tu sens que c’est un autre univers)… Justice c’est beaucoup plus… J’allais dire cheesy, mais je sais pas si c’est lebon terme. Mais voilà, tu cites une facette de l’electro qui est l’antithèse de Justice. D’un côté le dancefloor cool, de l’autre le dancefloor rageur.

  3. 3
    le Vendredi 19 décembre 2008
    c4n4r a écrit :

    Oui c’est vrai. mais je suis pas super callé sur ce qui est du dancefloor faut dire 8-).
    C’est tout de même marrant comme justice arrive à être respecté dans des milieux que je ne soupçonnais pas. Mon batteur (qui est un gros fan de double pédale, dagoba et compagnie…) adore ce groupe, c’est plutôt cool.
    Ou même dans le clip de cavalera conspiracy, Iggor cavalera (le meilleur batteur du monde on est bien d’accord ;-) ) porte un t shirt justice… en fait les batteurs aiment justice c’est ça!!!

  4. 4
    le Mercredi 7 janvier 2009
    Dahlia a écrit :

    Je viens de lire ta critique, tu dis presque la même chose que moi, mais en moins bien et moins argumenté si je puis me permettre… Je suppose donc que ton commentaire était destiné à augmenter tes stats de visites? :)

  5. 5
    le Mercredi 7 janvier 2009
    EclecticTouch a écrit :

    Le DVD est nul et vide… Savoir si c’est maintenant de la mise en scène ou une perte de contrôle c’est autre chose… Mais il n’y a pas de contenu!

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