Junip – Fields

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Face à un album de folk, force est de constater que l’idée de surprise ou de nouveauté n’est généralement pas l’un des critères qui nous enthousiasment en premier lieu. Ce style musical, déjà maintes et maintes fois repris n’est sans doute pas le possible moteur de nouvelles perspectives, ou de ruptures dans le paysage de la pop moderne. Non l’intérêt d’un album de folk réside ailleurs, comme nous le prouve pour cette fois, les Suédois de Junip.

Image de Junip - Fields Mais rappelons-nous au passage Bon Iver — le projet de Justin Vernon ainsi que de ses acolytes Mike Noyce et Sean Carey —, l’un des groupes les plus convaincants de la sphère folk actuelle. For Emma, Forever Ago, prenait sa source dans l’exil de Justin, perdu au fin fond d’une forêt du Wisconsin. Une dizaine de titres naissaient au bout de ces 3 mois de solitude : le compositeur en prise directe avec ses émotions passées se retrouvait face à lui-même, sans fuite possible. Et c’est le caractère authentique qui définit finalement la force de cet album de folk. Pas loin de la sincérité affichée par Junip.

En l’occurrence, la formation suédoise se tisse autour du songwriter José González, du batteur Elias Araya et du claviériste Tobias Winterkorn. Le groupe date déjà de la fin des années 1990, mais il a l’étonnante caractéristique de n’avoir jamais sorti d’album – excepté un EP en 2005. Le premier est donc Fields. Toutefois, José González a profité de ces dix années pour réaliser deux albums solos : Veneer et In our nature, qui connurent un véritable succès.

Si le nombre d’années de gestation de ce tant attendu Fields contraste avec l’identité minimaliste du groupe, le contenu n’en est pas moins complexe et total. Junip a le don d’occuper l’étendue de l’espace sonore à l’aide de quelques instruments seulement. Gonzàlez fait vibrer sa gratte comme personne, Elias emploie les percussions avec ardeur pour en donner l’élan d’une locomotive, enfin Tobias participe à construire cette pop douce et fouillée.

Un brin de nostalgie émane dans chacune de ces onze épopées musicales, la voix en premier plan, comme celle d’un narrateur se détache du reste, sans jamais se faire mièvre. L’ambiance est entrainante, tel Howl : la guitare sèche en contre temps n’hésite pas à s’égarer de son rôle mélodique pour apporter sa puissance rythmique, sur fond de notes presque retenues au clavier. Ce Fields a de l’allure, la maturité gagnée par les trois compères n’y est sans doute pas étrangère. In Every directions nous marque de sa profondeur, Rope and summit mélange nonchalance jazzy et coordinations méticuleusement travaillées. Off point s’aventure dans le champ de l’americana en quête d’un eldorado, et enfin To the Grain s’érige comme une balade orchestrale fantastique. En somme, un album à écouter sans plus tarder.

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A propos de l'auteur

Image de : Militant acharné pour la reconnaissance d'une pop moderne et indépendante ! (Magic style) Pour une musique libre, différente, expérimentale. Et surtout actuelle : le rock ne s'est pas arrêté à la fin des années 60... Interpol, Mogwai, Sigur Ros, The Foals, Au Revoir Simone, Why?, Sonic Youth, Joy Division... La musique n'est pas non plus centré sur des artiste, mais aussi sur des albums : Memory Tapes - Seek Magic, The Notwist - The Devil, you + me, Slint - Spiderland..... Mais comme y'a pas que le rock et la pop indépendante : les sounds systems dubs qui perpétuent la tradition roots : Jah Shaka, Iration Steppas, King Shiloh, Improvisators Dub, Bush Chemists...

1 commentaire

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  1. 1
    le Lundi 7 février 2011
    Epicerie Moderne a écrit :

    JUNIP @ EPICERIE MODERNE // 12 FEV 20H30

    Lorsque Jose Gonzalez s’est fait connaître des amateurs de musique par sa reprise du Heartbeats de The Knife, les commentateurs semblaient impressionnés par son jeu de guitare, proche de la guitare classique, où les cordes étaient pincées individuellement … Mais Jose Gonzalez, c’est aussi UNE voix, à la fois fragile et assurée, aux intonations chaudes. Avec le percussionniste Elias Araya et l’organiste Tobias Winterkon, il forme JUNIP, qui offre une pop folk aérienne bourlinguante et bourrelée de tant d’influences qu’elle en acquiert une consistance toute particulière…

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