Joseph d’Anvers

par Dorothée Andrieu, Maya|
Un deuxième album produit par Mario Caldato Jr. en personne et d'excellentes critiques dans tout ce que la France compte de médias influents. Pour en arriver là, Joseph d'Anvers n'aura pas hésité à se remettre profondément en question et ira jusqu'à changer de continent pour nous livrer ces jours sauvages aux accents inattendus.

Paris 9 juillet 2008, Hôtel du Louvre

Jospeh, quelles sont tes activités promotionnelles liées aux Jours sauvages .

joseph7J’ai un planning over-booké de ce côté-ci, comme de nombreuses interviews, séances photos, Télé donc mes activités sont exactement ce que je suis en train de faire là, regarder des caméras, des journalistes et aller boire des coups dans des hôtels luxueux, ce qui est plutôt pas mal.

Qu’as-tu voulu souligner dans cet album… Plutôt des expériences personnelles, des choses plus politiques, des rapports extérieurs qui t’ont touché.. ?

Ce que j’ai voulu raconter dans l’album, c’est ce qui me préoccupait au moment où je l’ai écrit et donc à la base, il n’y a pas de théorie spécialement conçue pour l’écriture de mes textes. J’ai écrit sur ce qui me venait, très simplement.. Les choses sur lesquelles je me suis tourné dans cet album, ce sont plutôt des histoires complètement intérieures, des choses rétrospectives, sur les petites failles qu’on peut avoir à l’intérieur de la tête et qui font qu’à un moment, soit on oublie, soit on a envie de se foutre en l’air. Donc il y a forcément une part d’autobiographie à chaque fois.

Pourquoi ce titre Les jours sauvages ?

C’est la première phrase de l’album qui m’est venue, avec « Les jours sauvages ont débarqué et la tempête peut commencer. »

Et je pense que lorsque tu fais un album, à moins qu’il soit dans la variété ou le divertissement, tu fais un album pour raconter des idées, des pensées, pour prendre un instantané de mon époque, pour montrer ce qui se passe et le mettre en musique. Donc je trouvais, que Les jours sauvages correspondait à peu près bien à la période que l’on est en train de vivre en ce moment.

Comment as-tu choisi les personnes qui ont participées à cet album ?

Tout d’abord, Mario Caldato parce que c’est l’un des producteurs que j’admire depuis que je suis tout gamin, et donc avec Les jours sauvages d’aujourd’hui, car tout ne va pas pour le mieux dans ce monde, « ça se barre plutôt en sucette » comme on dit vulgairement, je me suis dit, quitte à faire de la musique, autant se faire plaisir. Donc en partant sur cette optique, j’ai choisi de m’approcher des personnes avec qui j’aimerais travailler.

On ne sait pas de quoi demain sera fait, je ne ferais peut-être pas 150 albums. Je suis un peu pessimiste en ce moment, on peut mourir demain, donc essayons de se joindre aux personnes avec qui l’on a envie de travailler. Ne perdons pas de temps.

Comment se sont organisées ces collaborations ? Qu’est-ce que cela t’a apporté ?

jo1Ces rencontres se sont faites principalement par Mario Caldato, c’était le point de mire de ce que je voulais faire au niveau de la musique pour ce nouvel album, et par correspondance les choses se sont faites simplement avec Money Mark à Los Angeles . Que des rencontres qui ont coulé de source. Mario commençant à me connaître, m’a présenté à un batteur, un bassiste qui selon-lui me conviendraient, il m’a présenté Money Mark . Que des gens que je connaissais déjà un peu, voire plus, pour les avoir écoutés et qui sont venus très humblement avec moi jouer de la musique.

C’est ton deuxième album et par rapport au premier pourquoi avoir fait des variations de chant français-anglais ?

Je voulais vraiment n’avoir aucune limite sur cet album. J’avais déjà écrit tout mon premier album en français ainsi que des textes en français pour Alain Bashung et Dick Rivers . Sur cet album, il y a 10 chansons en français dont deux chansons en anglais parce que j’en avais envie. Le premier truc est venu sur le titre A mi-distance où j’ai fait chanter The Rodéo, car je voulais un duo homme-femme pour pouvoir jouer sur une chanson d’opposition, français-anglais /parler-chanter.

Pour Kids, qui a été la dernière chanson que j’ai écrite, toujours dans ce but de ne pas vouloir me limiter, je voulais vraiment me libérer au niveau du chant et de la mélodie avec l’Anglais qui reste plus abordable musicalement. J’ai gardé ma partie en français puis celle en anglais pour Money Mark .

Penses-tu faire ton prochain album en anglais pour le côté plus international, pour la facilité des textes en anglais dans une chanson ?

Lorsque j’étais sur le premier, je ne pensais pas que Les jours sauvages sonnerait ainsi. Pourtant j’avais déjà commencé à écrire d’autres chansons. Ce qui pour moi a été une connerie, car les goûts évoluent, on change avec le temps. Donc pour le moment, je reste sur le suivi de la sortie de l’album contrairement à ce que j’avais fait sur le premier. On ne sait pas comment sera demain, et donc là je reste concentré sur Les jours sauvages . Si ça se trouve mon troisième album sera un album de rap, d’électro ou de guitare-voix.. En anglais, en espagnol.. De l’ouzbeck !!!!.. Enfin pas Loose Beck ( rires ) !!!! Mais je n’en sais rien, on verra.. Je vis au jour le jour…

Ça à l’air d’être l’effervescence avec cet album, que ressens-tu par rapport à tout ça ?

Je vis tout ça plutôt bien, que ce soit les trois trucs que j’ai fait Bashung, Rivers . Que de bons accueils. Je prends les choses les unes après les autres. L’effervescence, je ne la vis pas. Ce qui me satisfait.. Je ne suis pas Pete Doherty . Je prends les choses comme elles viennent.

Kids est pour ainsi dire le single de cet album, aurais-tu voulu qu’il en soit autrement ? As-tu voulu faire avec ce titre un clin d’oeil au film de Larry Clark ?

jo2Non, contrairement à mon premier album où j’avais des choix bien prédéfinis, là, j’étais ouvert à tout (moi j’aime les 13 morceaux) et quand je suis arrivé à la maison de disque, on m’a dit que se serait Kids le single et cela me convenait très bien. Comme il y avait Money Mark, que c’était la dernière chanson écrite de l’album, et qu’elle est assez emblématique avec le côté français-anglais, limite groove… Donc c’est un bon choix qui représente bien l’album.

Bien sûr Kids est une vague référence à Larry Clark, et comme j’aime beaucoup le milieu cinématographique, d’où je viens également, dans toutes mes chansons, on y retrouve une subtilité. Après sur Kids cela est bien plus évident à cause du titre. Ensuite Kids serait une chanson longue à expliquer..

Pour en revenir sur le lien cinématographique dans ma musicalité, il y a cette veine américaine de réalisateurs indé, comme Larry Clark, Gus Van Sant, Mony Cory, Greg Araki et tous leurs aînés, les Jim Jarmush etc… Ce sont des réalisateurs qui me passionnent et qui arrivent à parler de l’adolescence et de certains problèmes au premier degré, alors qu’en France on passe tout de suite dans le second degré avec un bel enrobage, contrairement à eux, qui abordent les choses frontalement avec des ados, souvent des skateurs et de la musique que j’aime. Un monde qui me plait avec une thématique très axée sur la schizophrénie.

Sur scène vous êtes combien et quel est le rôle, en quelque sorte de chacun ?

Je suis en train de trouver les musiciens. On partirait sur une base de soit 3,4,5 ou tout seul.
Ou, qui sait, dépasser le guiness des records en fin d’année en étant 73.. Base de l’antithèse de Joseph d’Anvers qui n’est pas mon vrai nom, avec une formation à géométrie variable !!! Mais l’idéal serait une formation de 5, avec un batteur, un guitariste, un bassiste, une personne au clavier et moi guitare-voix.

Est-ce toi qui a écrit et composé toutes les chansons de cet album ?

J’en ai écrit 12 sur 13. Il faut lire le livret !!! ( rires ) C’est le bât blesse que je n’ai pas écrite.

As-tu des appréhensions sur la tournée à venir ?

Non, pas d’appréhensions. Elle commence le 3 septembre où je ferai la rentrée du Pont des artistes sur France Inter .. Mais la vraie date de début de la tournée sera le 7 octobre au Nouveau Casino de Paris.. Pour finir sur la suite des festivals pour 2009.. Ce qui est plutôt dans l’ordre des choses pour une tournée. Toutes les infos sont sur mon site.

Es-tu satisfait du graphisme de la pochette et du livret de l’album ? Y as-tu participé ?

Je suis satisfait de tout. C’est un grapheur londonien avec qui on a travaillé, qui maintenant est récupéré par les musées et qui n’avait jamais fait de pochette de sa vie auparavant. Venant de son milieu urbain, ça me plaisait bien…

Comment composes-tu tes morceaux ? Comment te viennent les mots ? Qu’est ce qui fait que cela va devenir une chanson ? As-tu plutôt besoin de t’isoler pour créer où cela te vient-il naturellement à n’importe quel moment ?

jo3Je n’ai pas besoins de m’isoler, je m’enrichis de moments qui passent, et le plus simple est encore d’être chez soi avec sa guitare, et retranscrire ces instants, guitare-voix.. Mettre un instant que tu n’as pas forcément vécu et mettre cela en parallèle pour que cela face écho quelque part. Il y a toujours une part d’autobiographie bien évidemment…

Après quand tu écris pour Alain Bashung, tu ne parles pas des mêmes choses. Il me disait qu’il avait fait beaucoup de textes introspectifs, qu’il aimerait s’ouvrir sur d’autres choses.. Pour Dick Rivers, c’était d’éviter les clichés du vieux rocker, de l’Amérique, donc c’est moi qui lui ait dit, on va parler de choses graves, de la solitude, de la mort.. Des préoccupations d’un homme de son âge.. Quand j’écris pour d’autres personnes, je parle en fonction de leur univers. Eux ont des idées de thèmes, de choses dont ils ont envie de parler.
Ensuite, je me mets à ma place en me demandant ce que j’aimerais entendre dire et en m’imaginant que ça pourrait leur plaire. Je ne me mets pas à leur place, car ce serait comme faire du sous- Bashung .

Ensuite il y a une histoire de métrique et j’emploie une gymnastique beaucoup plus théorique de mots à employer pour eux que je n’emploierais pour moi. C’est selon les personnes.
Ensuite quand j’écris pour quelqu’un, j’écris pour une voix.

Par rapport à ton premier album, celui-ci semble plus rock-urbain, ce qui personnellement te convient bien. Est-ce un choix assumé ?

C’est vrai que par rapport au premier, je suis partie dans une autre direction. Ayant toujours aimé le rap américain et voulant vraiment me laisser aller dans un style aussi différent que pourrait l’être le troisième album, j’ai tout simplement suivi mon chemin sans me retourner et sans me poser de contrainte.Et voilà ce qui en est ressorti avec Les jours sauvages .

Pour finir, crois-tu au hasard ? Te trouves-tu chanceux dans cette période que tu entreprends ?

Non je ne crois pas au hasard, enfin si, j’essaie d’y croire … J’ai lu un livre quantique qui parlait du hasard et que celui-ci ne pouvait exister que dans l’infiniment petit. Alors le hasard, le destin, cela reste flou. Sinon je me trouve très chanceux, déjà d’être ici, dans cet hôtel. De vivre dans une société pas si mauvaise que ça en comparaison à d’autres pays et…

Et serais-tu prêt à échanger ta vie avec une personne, en particulier, sans ne rien connaître de sa vie personnelle ?

Oui. Avec M Pokora, Parce que je le trouve très beau !!!! ( rires ) Non je plaisante bien sûr, je n’échangerais ma vie contre aucune autre, car je me suis battu pour en arriver là. On a chacun sa vie à défendre et rien que pour ça, pour en être arrivé où j’en suis aujourd’hui, malgré certaines galères comme tous, je ne l’échangerais jamais…

Crédits Photos : Maya (http://maya.uing.net/)

Partager !

En savoir +

Joseph d’AnversLes jours sauvages
Sortie le 23 Juin
Produit par Mario Caldato ( Beck, Beastie boys ….)

Site officiel: http://www.josephdanvers.com
Myspace: http://www.myspace.com/josephdanvers
Label: http://www.atmospheriques.com

1 commentaire

Abonnez vous au Flus RSS des commentaires
  1. 1
    Stedim
    le Vendredi 22 août 2008
    Stedim a écrit :

    Je me permets une petite digression : Caldato, ça me renvoit à Salsedo et son album « Wine & Pasta » sur lequel il a aussi fait un job d’enfer ! Bref, je vois que les rencontres sont souvent faciles et enrichisantes autour de ce prod’.

    Intéressante interview !

Réagissez à cet article