John Woo

par |
Enfin le retour de « Maître » John Woo sur ses terres natales en tant que réalisateur au bout de 15 ans d’exil et 5 ans d’absence des salles obscures. A l’occasion de ce retour, petit portrait de ce grand nom du cinéma.

Hong Kong : carrefour culturel

le_syndicat_du_crimeNé en 1946 dans la campagne chinoise, John Woo grandit à Hong Kong, lieu d’échange et de métissage culturel. Il y découvre le cinéma japonais et américain des années 50/60, qui laissera en lui des traces indélébiles. Marqué par des acteurs tels que Steve McQueen ou Cary Grant, il parvient à se faire une place en temps qu’assistant-réalisateur vers la fin des années 60, avant de réaliser ses propres films début 70.

Noyé au milieu du vivier créatif qu’est Hong Kong à cette époque et s’essayant un peu à tous les styles, il devra attendre 1986 pour sortir de l’ombre avec le cultissime Syndicat du crime, qui recevra le prix du meilleur film lors des Hong Kong Awards en 1987.

Ce film marque également le début d’une collaboration fructueuse avec le producteur/réalisateur d’origine vietnamienne Tsui Hark et l’acteur Chow Yun-Fat . Le trio fonctionnant comme l’équipe Spielberg / Lucas / Ford dans les années 80 : quand l’un réalise, l’autre produit et vice versa, avec leur acteur fétiche en pierre angulaire.

La naissance d’un grand nom

the_killerIl développera son style de « western romantico-mafieux à la chinoise » en tant que scénariste, producteur et/ou réalisateur sur les Syndicat du Crime 2 et 3 avec ses deux comparses, avant d’atteindre la consécration en 1989 avec The Killer, dont il est scénariste, réalisateur et monteur. Narrant l’histoire d’un tueur à gages qui devient protecteur d’une de ses victimes indirectes et se lie d’amitié avec le policier qui le traque, il rafle les prix de meilleur réalisateur et meilleur montage aux Hong Kong Awards de 1990.

Ce film symbolise le style John Woo et lui offrira l’attention du public occidental. Un héros sombre et violent, risquant sa vie pour sauver son honneur et son humanité, une réalisation ultra-nerveuse, des chorégraphies de combats magnifiques (à qui des films comme Desperado ou Matrix doivent beaucoup), une symétrie troublante entre les bons et les méchants, mais surtout une poésie omniprésente. Il fige ses scènes de combats pour des échanges de regards très « Sergio Leone » ou encore pour un vol de colombes magnifiant la beauté de ce monde en proie à la violence.

Devenu le roi du film d’action made in Hong Kong, ce bourreau de travail réitère en 1990 avec le très sombre Une balle dans la tête en tant que scénariste/producteur/réalisateur/monteur. Cette parenthèse historique raconte le parcours de trois jeunes chinois fuyant leurs problèmes pour un Viêt Nam en guerre où ils pensent pouvoir s’enrichir avec divers trafics, mais où leur amitié ne résistera pas à l’appât du gain. Encore un succès public et un prix du meilleur montage aux HKA en 1991, et la révélation d’un grand acteur, Tony Leung ( In the Mood for Love, Hero, Infernal Affairs, etc.).

C’est donc à cette période que Hollywood s’intéresse logiquement à Mr Woo qui est lui aussi désireux de s’essayer aux productions américaines. Touché par la violence qui règne à Hong Kong, il livrera un dernier succès à son public chinois et international avec A toute épreuve, le chemin de croix d’un flic luttant avec une poignée d’incorruptibles contre la mafia de Hong Kong. Réunissant Chow Yun-Fat et Tony Leung, le film, qui reste très proche de The Killer remportera, à nouveau, le prix du meilleur montage aux HKA en 1992.

Le 1 /4 d’heure américain

volte-faceC’est donc le temps de l’exode pour John Woo qui va devoir oublier les productions chinoises un peu à l’arrache pour s’adapter au style plus carré des productions hollywoodiennes. Il signera d’abord en 1993 le très correct Chasse à l’Homme avec notre bon vieux JCVD (dans ce qui restera un des meilleurs films du Belge aux jambes élastiques) qui incarne un ancien militaire SDF coursé par une bande de furieux. Un film de transition qui ressemble beaucoup à ses productions outre pacifiques.

Il est temps pour lui de s’attirer les faveurs du public et des producteurs américains en prenant les rennes d’un pur film d’action à l’américaine, soit Broken Arrow en 1996. Film où un ancien militaire déglingué ( Travolta ) dérobe une arme nucléaire, la pose dans un train après lequel court l’ancien disciple du fou ( Slater ) avant que la bombe n’explose. Un scénario bancal donc, mais prétexte à de beaux morceaux de bravoure qui permettent à John Woo d’en faire une série B correcte et qui lui ouvre les portes de productions plus sérieuses.

Et voici en 1997 la consécration internationale avec Volte/Face, son plus gros succès US. À l’origine de cette réussite, un scénario fait pour lui où un flic pugnace ( Travolta ) et un terroriste excentrique ( Cage ) échangent leurs visages et leurs vies. Le réalisateur qu’il est peut enfin faire démonstration de son talent et reprendre les thèmes qui ont fait son succès : l’ambigüité des personnages, la symétrie entre le bien et le mal et des moments de pure poésie (face à face poignants, colombes, etc..).

Réalisateur VS Studios

paycheck John Woo devient donc bankable aux yeux d’Hollywood. Et après une poignée de téléfilms de série B (comme BlackJack avec Dolph Lungren ) il se voit confier la réalisation de Mission Impossible 2 en 2000.
Après le succès du premier opus, ce projet aurait pu être son heure de gloire, mais la pression des studios bride sa créativité et sa part de contrôle sur le film se réduit à peau de chagrin. Au final, quelques belles scènes d’action dans un film dépourvu de profondeur, qui lui laissera un goût amer malgré un succès correct au box-office.

Puis en 2002 c’est LE revers avec Windtalkers . En même temps, confier à un réalisateur chinois l’histoire d’indiens navajos engagés dans l’armée américaine contre les Japonais en 44, c’était risqué. Malgré les retrouvailles de John Woo avec le producteur Terrence Chang ( A toute épreuve, Chasse à l’homme ) ainsi que Nicolas Cage et Christian Slater, et même s’il donne beaucoup de sa personne, le public n’est pas au rendez-vous.

Pas découragé pour autant, il s’essaye à la Science Fiction en 2004 avec Paycheck, d’après une nouvelle de K. Dick, où il dirige Ben Affleck et Uma Thurman . Mais une nouvelle fois, le système des productions Hollywoodiennes ne lui permet que de livrer un produit standardisé et froid.
Après avoir touché au cinéma d’animation en tant que producteur pour Appleseed Ex Machina et au jeu vidéo avec Stranglehold (qui est en fait la suite de A toute Epreuve ), le temps du départ approche.

Après 15 ans de hauts et de bas aux États-Unis, le réalisateur retourne en sa terre natale pour Les 3 Royaumes, une grande fresque historique où il retrouve ses casquettes de scénariste/producteur/réalisateur, avec le plus gros budget de l’histoire de Chine.
Malheureusement, même si le film bat les records nationaux du box-office, il arrivera sur nos écrans amputé de moitié, passant de 2 x 2h25 à un seul film de 2h15, les distributeurs ne jugeant pas le public occidental apte à s’immerger dans 4h d’aventure (dé)bridée. Ils oublient que le même public a su rester assis 3 heures chaque Noël avec des Elfes et des Hobbits comme seuls compagnons. Espérons juste que ce re-montage sera supervisé par le Maître et non par un bureaucrate de la Metropolitan .

Partager !

En savoir +

http://fr.wikipedia.org/wiki/John_Woo » href= »http://fr.wikipedia.org/wiki/John_Woo »>Wikipedia

http://www.allocine.fr/personne/fichepersonne_gen_cpersonne=16176.html » href= »http://www.allocine.fr/personne/fichepersonne_gen_cpersonne=16176.html »>AlloCiné

http://www.imdb.com/name/nm0000247/ » href= »http://www.imdb.com/name/nm0000247/ »>IMDb

Les 3 Royaumes, sortie le 25 mars, et chronique bientôt en ligne sur Discordance !

A propos de l'auteur

Image de : PaD (diminutif de padbol) est né en 1981 et tente de survivre à sa maladresse à Limoges. Fan de cinéma depuis sa tendre enfance, il arrive actuellement à en vivre en tant que technicien dans sa belle région limousine. Naturellement fourré dans les salles de cinéma dès que l'occasion se présente, il tentera de délivrer ses impressions sur les sorties marquantes, essentiellement en cinéma de genre. Grand amateur de l'ambiance furieuse des concerts punk-métal, de bandes dessinées et de manga, il essayera de vous faire partager ses coups de cœur dans les domaines.

6 commentaires

Abonnez vous au Flus RSS des commentaires
  1. 1
    le Mercredi 25 mars 2009
    Virgile a écrit :

    J’ai trop la pression pour ma chronique sur Les 3 Royaumes maintenant… ;)

    En tout cas nickel ton article, j’adore le cinéma chinois et hong-kongais mais je suis toujours passée à côté de John Woo, la honte!

  2. 2
    le Mercredi 25 mars 2009
    IronJ a écrit :

    Voilà une bio très intéressante et bien ficelée !

    Je me demande par contre pourquoi ne pas avoir un peu « insisté » sur les colombes, qui sont la « signature » de John WOO et qui apparaissent toujours à un moment crucial. Il me semble que cet élément explique aussi qui est WOO, dans le fond et dans la forme.

  3. 3
    le Jeudi 26 mars 2009
    guillaume a écrit :

    « Malheureusement, même si le film bat les records nationaux du box-office, il arrivera sur nos écrans amputé de moitié, passant de 2 x 2h25 à un seul film de 2h15, les distributeurs ne jugeant pas le public occidental apte à s’immerger dans 4h d’aventure (dé)bridée. »

    argh, et après ils s’etonnent que les gens telechargent.

  4. 4
    le Jeudi 26 mars 2009
    guillaume a écrit :

    Une balle dans la tete est l’un des films les plus forts que j’ai jamais vu. sans parler du syndicat du crime. Il etait grand temps que john woo arrete de tenter l’aventure americaine, ca ne lui a pas reussi (hormis volte face)

  5. 5
    le Jeudi 26 mars 2009
    Dahlia a écrit :

    Et que dites-vous de ce superbe hommage, intitulé Une boule dans la tête?

    http://www.youtube.com/watch?v=u2pmEXH8320

  6. 6
    le Samedi 26 mars 2011
    X a écrit :

    Ça serait bien de remplacer bankable par rentable. Merci.

Réagissez à cet article