John and Jehn – L’heure du diable

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Nous étions tombés sous le charme de John & Jehn avec leur premier album éponyme sorti fin 2008. A la fois électrique, glacial et sensuel, le rock du duo nous avait littéralement pris aux tripes.

Le couple à la vie comme à la scène est de retour avec Time for the Devil, un disque qui malgré son titre se veut moins sombre, mais tout aussi inspiré, à travers lequel on croise des influences diverses : de New Order à Bowie en passant par Robert Palmer. C’est donc avec un plaisir non dissimulé que nous les avons rencontrés pour en apprendre davantage sur ce nouveau disque, symbole de leur évolution musicale et personnelle. Morceaux choisis d’un entretien comme on les aime.

Le deuxième album est souvent considéré comme un cap pour la plupart des groupes. Avez-vous ressenti une certaine pression pour cet album ?

John : ce serait mentir de dire qu’on n’a pas pensé à la façon dont le public allait accueillir le disque, mais on est tellement dans un processus créatif intimiste qu’au final on se moque de ce que les gens pensent de nous. On n’a pas eu de pression à sortir un nouvel album qui change par rapport au premier.

Jehn : Le but du deuxième album c’était justement de rechercher ce changement.

John : T’as la pression quand tu t’appelles Franz Ferdinand et que tu enchaines tube sur tube, ce qui n’est pas notre cas. Notre manière de travailler fait qu’on oublie totalement l’opinion du public.

Votre album s’intitule Time for the devil en référence à la nouvelle « L’heure du diable » de Fernando Pessoa. Pourquoi ce choix ?

John : Le morceau Time for the devil a donné son nom a l’album. Il a été composé un peu avant le reste du disque. Au final, L’heure du diable a été une source d’inspiration. Dans cette nouvelle, Pesoa insinue qu’on est son propre diable. Mas il l’explique d’une façon non manichéenne. Il n’y a pas de bien ni de mal. C’est une personnification de l’inspiration, des sentiments, des émotions. On est une entité double qui donne un seul et même résultat. Pessoa parle de la confrontation avec soi-même. On a aimé penser qu’on pouvait exprimer cette dualité dans la musique et dans l’image. On se rend compte que d’un point de vue philosophique la dualité est applicable à n’importe quel être humain. Donc dans cet album on traite d’un thème universel qu’on espère pouvoir propager.

À la base de cet album, il y a d’abord 5 morceaux dont Oh My Love, Ghosts, Down our streets, O Dee. Comment s’est passée la suite de la composition du disque?

Jehn : A ce moment-là, on n’avait pas de label. Ce qui ne nous a pas empêchés de continuer à avancer avec les moyens du bord. On avait la moitié de l’album de prête. Donc on a pu prouver de quoi on était capable. On pensait que personne ne voudrait de ces morceaux, mais c’est finalement grâce à eux que tout le monde s’est mis à vouloir nous signer. En réalité, il ne faut pas attendre d’avoir un quelconque soutien pour faire avancer les choses. On avait adopté la même démarche pour le premier album. On avait fait un disque sans personne. Après, les gens sont obligés de suivre.

Et la scène a joué un rôle aussi ?

Jehn : oui, bien sûr. Mais on n’est pas non plus partisans de l’idée de tourner pour tourner. On part du principe que ce qui compte c’est la musique.

John : Et chaque morceau a son importance. En fait, ce disque c’est pratiquement un best-of plus qu’un nouvel album. (rires)

Jehn : On aurait dû l’appeler « le best-of de John & Jehn. »

Pourtant, à l’écoute du disque et de par la façon dont les titres s’enchainent, on pourrait presque croire que c’est un concept-album…

John : C’est juste pour l’esthétique.

Jehn : C’est vrai qu’avec l’artwork du disque en plus on pourrait y croire. Cependant, le concept est arrivé plus tard, avec Antoine Carlier qui a travaillé sur l’image. Avec son regard extérieur, il a donné un sens à tout ça. Le lien du projet en fait c’est nous. C’est pour cela qu’Antoine prend toujours nos visages en photo. Il aime beaucoup notre identité naturelle.

Concernant cet album vous avez déclaré : « Auparavant nous étions fascinés par le style de Joy Division. Désormais nous sommes plutôt New Order. »

Jehn : C’est une blague entre nous. C’est une façon rapide et efficace de résumer notre évolution.

John : Quand j’étais ado, j’étais tellement fan de Joy Division que je n’aimais pas New Order. Je ne comprenais pas New Order, je n’arrivais pas à rentrer dans leur univers. Au final, en grandissant, en écrivant et grâce au projet John & Jehn, je me suis rendu compte que j’étais devenu autant fan de New Order que de Joy Division. C’est un changement très important ! C’est ce qu’on s’amuse à dire parce qu’on nous a beaucoup parlé de Joy Division à la sortie de notre premier album. Donc, cette fois on a pris les devants ! (rires)

Sur ce nouveau disque, le piano est très présent…

John : Le piano est devenu un élément d’arrangement.

Jehn : Il a pris une place très forte. On avait envie de délirer avec le piano. Le truc, c’est que dans notre studio, on a un piano pas très bien, de marque coréenne qui est extrêmement métallique.

John : C’est le genre de sonorités que tu retrouves chez les groupes des années 80, genre Happy Mondays. Ça donne beaucoup de rythme. Ça nous a permis d’explorer une nouvelle facette des années 80. On utilise autant les côtés très mainstream des années 80 que les côtés très sombres.

D’ailleurs, j’ai trouvé que cet album était plus accessible que le premier, qu’il avait un côté un peu moins froid…

Jehn : ça fait plaisir d’entendre ça ! Après, ça dépend des personnes. Parfois on entend l’inverse. Ce qui est sûr, c’est qu’on voulait faire une musique qui donne envie de chanter. Nous-mêmes on voulait devenir des chanteurs. D’ailleurs, ça a été une transformation douloureuse.

John : On voulait interpréter nos textes de la meilleure des manières parce qu’on leur attache beaucoup d’importance.

Comment se passe le processus de composition ?

Jehn : C’est très aléatoire. Il n’y a pas de règles. On cherche une structure à la base. Pour cet album, on a commencé pas mal de morceaux au chant/basse parce qu’on cherchait une musique, un groove sur lesquels on puisse chanter. Ensuite, comme John produit, il va tout de suite chercher quel genre d’élément de percussions on peut avoir. Après, pour ce qui est des textes, John a plus écrit que moi. Mais on n’est pas précieux par rapport à ça.

L’album a été mixé par Dave Bascombes (Tears for Fears, Depeche Mode). Comment s’est passée cette collaboration ?

John : On a opté pour la collaboration nouvelle génération. On a envoyé les pistes séparées à Dave et il a travaillé dans son coin. C’était très intéressant de travailler comme ça. C’est nous qui avons choisi de travailler avec lui. On a fait la démarche de le contacter à l’époque où on n’avait pas de label et on s’est dit autant continuer à y aller au culot.

Jehn : On l’a rencontré il n’y a pas longtemps pour la première fois. On correspondait uniquement par mail. À chaque fois qu’on recevait un message de sa part, c’était comme si le Père Noël nous avait envoyé un cadeau. On a dû lui demander deux ou trois fois au grand maximum de retravailler quelque chose.

John : Le mix est une étape très importante et je n’avais pas envie de la gâcher.

Il y a deux chansons en référence à Londres sur le disque. C’est une sorte d’hommage à votre ville d’adoption ?

Jehn : Comme on a beaucoup tourné, on s’est pas mal éloigné de Londres pendant près de six mois. Du coup, Londres est revenu dans nos textes comme un écho. Concernant le morceau London Town, quand j’ai lu le texte de John pour la première fois, je n’ai pas vu la référence à la ville tout de suite. C’est une chanson d’amour sur Londres, mais elle parle des défauts et des qualités. Quand on parle d’amour, on parle d’être ensemble et en même temps de détester être ensemble.

Qu’est-ce qui vous a plu dans Londres ?

John : Ce qu’on a aimé c’est de se forcer à rencontrer de nouvelles personnes, à changer de vie. C’était très excitant pour nous, en tant que couple, d’aller vivre quelque chose de nouveau ailleurs. Il y a pas mal de gens de l’industrie musicale londonienne qui nous ont accueillis à bras ouverts. On a créé des relations très fortes avec plein de monde. Et on a une vie de quartier là-bas. Les commerçants nous connaissent, on a nos restos fétiches. En même temps, on revient très souvent en France. Paradoxalement, notre activité professionnelle est en France : notre studio et notre label sont en France et la plupart de nos rendez-vous professionnels se passent ici aussi.

Vous avez recruté de nouveaux musiciens pour vous accompagner en live. Pourquoi ?

John : Il y a beaucoup plus d’arrangements sur ce deuxième album. On n’avait pas envie de devenir un karaoké vivant ! On savait en écrivant les morceaux qu’on allait avoir besoin de musiciens pour les concerts donc on les a choisis sagement.

Il est question d’un film sur l’enregistrement de l’album. Qu’en est-il de ce projet ?

John : C’est Antoine Carlier qui nous a filmés pendant la deuxième session d’enregistrement, celle de 2009 qui a duré deux mois. C’est encore en projet, mais ça risque d’être un gros événement.

Jehn : Les images du teaser qui annonçait la sortie de l’album sont tirées du film.

Un denier mot ?

John : Il faut provoquer sa chance !

Crédits photo : Stéphane Vasco

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A propos de l'auteur

Image de : Fraîchement débarquée dans la vie active après des études de communication, j'assouvis ma passion pour la musique en jouant les apprenties journalistes et en écumant les salles de concerts parisiennes à la recherche de nouvelles sensations ! Et même si ma guitare commence à prendre la poussière, un jour j'arriverais peut-être moi aussi à faire quelques chose de mes dix doigts.

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