JNEB

par Arno Mothra|
JNEB sera de ces personnages punks étonnants et classés un peu partout, peut-être parce que son premier projet a de quoi percuter d’emblée : il s’agit donc d’un album, accompagnant une vidéo, accompagnée elle-même par un roman (!). Le tout téléchargeable gratuitement sur son site web.

jnebRadins que vous êtes, vous jubilez à l’avance d’un tel plateau, à déguster sans sortir la moindre pièce. Et vous avez bien raison. Car si vous faites partie d’une communauté bien polie à l’éthique irréprochable incitant à encourager et rémunérer les artistes indépendants, vous ne comprenez toujours pas comment accepter de payer (ndlr = de se ruiner) 1 ou 10 ? pour de la musique dénuée de tout support, diffusée sur les plateformes de téléchargement légal. Sauf messieurs dames, qu’il existe aussi des abonnements sympathiques à 10 ? par mois, pour une consommation illimitée. Mais peu importe.

En déclinant l’idée sous trois supports, JNEB assume ses positions autour d’un sujet paradoxalement controversé dans notre pays (pseudo laïque ?) : le port du préservatif. Le tout baignant dans une sauce religieuse gentillette et second degré.

1. Le roman

Commençons par le livre, plutôt abordable en soi puisque d’une soixantaine de pages, faciles à lire. Même si quelques blagues salaces s’avèrent parfois trop dans la surenchère, il s’agit ici d’un bon premier roman, à l’humour sauvage agrémenté de multiples jeux de mots (très personnels et souvent, très bien trouvés), illustration parfaite du film, en plus agréable et récréatif. Les rebondissements font sursauter, nous noyant presque, souvent, dans des fous rires incontrôlés : la force majeure à retenir est bien l’humour, et disons-le, il n’est pas toujours chose aisée que de faire vraiment rire à travers un livre. En bref, un très sympathique moment de lecture. On ne pourrait d’ailleurs que vous conseiller de dévorer ce récit avant de découvrir le reste.

2. Le film

Il faut bien le préciser, ce film n’est pas programmé pour bouleverser le monde du cinéma, du moyen-métrage, de par une qualité de photographie fantastique, des plans soignés et des décors à vous couper le souffle – même si cette vidéo n’a pas du tout à rougir à côté de la qualité de la majorité des courts-métrages, créés modestement. Vidéo et débat regorge d’ailleurs d’une certaine fantaisie pendant le montage et de quelques effets synthétiques simples mais sympathiques (et surtout drôles). JNEB veut faire passer son message, sous une démarche punk mais réfléchie, sur le ton d’un humour irrésistible, et d’une musique rock ou très kitsch omniprésente. Et c’est là, déjà, que l’on peut se permettre d’applaudir. Car le projet est bien ficelé, agréable à découvrir.

pochette Vidéo et débat relate l’histoire d’un jeune homme volage, un peu trop gourmand de conquêtes féminines sans lendemain : les demoiselles (aux fessiers impudiques) défilent à un rythme assez incroyable tout au déroulement de la bobine. Malgré tout, le spectateur n’assiste pas à des scènes de racolage, de pornographie gratuite ou de grossièreté : Vidéo et débat n’est pas un film de boules, sauf si les aventures de Ken & Barbie vous excitent (vous comprendrez l’allusion) : parlons plutôt d’un concept coquin, incluant surtout un message derrière.

Bien entendu, on pardonnera à JNEB quelques longueurs qu’il aurait peut-être pu éviter. Au-delà de ça, et même si le sujet évoqué peut paraître banal, l’originalité de ce petit film en vaut largement le détour ! Moins que le livre, mais quand même !

A découvrir avant le visionnage, la petite vidéo d’introduction sur le site de JNEB, qui ne vous fera plus douter de son second degré.

3. La musique

Difficile de parler d’un véritable album (mais là n’était pas le but), en raison du nombre d’interludes et de pistes instrumentales, parfois sans grand intérêt comme Promenons-nous dans les bois ou Entrée en matière, même si quelques découvertes bien meilleures ( Conserver la conversation et Je te dirai qui elle hait ) ; au final, seulement quatre véritables morceaux. Mais c’est ici que l’écoute en vaut la chandelle, car JNEB assure par là son talent : l’instrumental mélancolique La mort après la vie, tout à la guitare sèche, avant de finir comme un tableau de Dali (en bordel, mais maîtrisé), l’électrique et délicieux Retour sur Terre, ou encore Rêve de réalité, rappelant parfois vaguement Moby, jumelé à du punk assez sage. Palme d’or à Tu n’auras pas de visée sur la femme de ton voisin (même si c’est un gros con), rafraîchissant en diable. Les paroles chantées en Espagnol vous aideront davantage à voyager avec les sons. Si l’ensemble est délibérément un peu inégal, toutes les vraies chansons incluses ici sont un plaisir pour les oreilles !

Conclusion :

JNEB n’excelle pas nécessairement dans la qualité de tout ce qu’entreprend ce concept ; en revanche, on peut aisément lui accorder une fantaisie touchante et un humour délicieux, de la maîtrise, et beaucoup d’idées. En particulier sur le format texte (à quand un second roman ?). D’ailleurs musicalement, on reste en droit de se permettre beaucoup d’espoir quant au prochain (prévu pour le 8 décembre, avec quelques collaborations plus qu’alléchantes), plus rock, dont les premiers essais, beaucoup plus punks, sauvages, et jouissifs, sont à découvrir sur Myspace (allez-y !). En attendant surtout la suite ! On en reparlera en fin d’année.

Site officiel: http://www.jneb.fr/

Myspace: http://www.myspace.com/jnebideoetebats

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