Jean-Louis Fournier arrache son dernier cheveu noir au théâtre du Rond-Point

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Jean-Louis Fournier propose, avec Mon dernier cheveu noir, une réflexion tendre et drôle sur la vieillesse et la mort. Un spectacle attendrissant, mais qui traîne un peu en longueur parfois.

Image de mon dernier cheveu noir

Jean-Louis Fournier rentre de vacances. Passe devant un miroir. Et là, tout se complique. Le drame. Ça y est. Il réalise que, lui aussi, à son tour, est devenu un de ces personnages étranges qu’on appelle « les vieux ». Il est entré dans cette époque de la vie où tout prend plus de temps. L’époque des cheveux blancs, des mains qui tremblent, de la vue qui baisse. L’époque de la carte senior. Du volume de la télé à fond. Des gens qui doivent répéter leurs phrases pour être sûr que vous les compreniez. « Vous savez comment on s’aperçoit qu’on est vieux? Quand même bronzé, on reste moche. ».

Au cours de ce spectacle, Jean-Louis Fournier va présenter ses réflexions sur le temps qui passe, les illusions perdues, et la mort, tout au bout, inéluctable. Le ton adopté est le parfait contrepied de ce sujet triste et grave qu’est la vieillesse, grâce à l’humour, omniprésent. La fausse mauvaise humeur et les petites colères de l’auteur contre ce corps qui ne répond plus, contre les jeunes qui ne connaissent rien, contre les choses qui changent inexorablement, laissent deviner, au fond, toute sa sensibilité et son goût pour la culture et la poésie. Comme lorsqu’il nous raconte comment, chaque matin, il regarde la vieille église de son village, ou comment il aimerait déclarer à une jeune fille croisée dans le métro, par ordre alphabétique, une liste de 10 pianistes et 10 peintres commençant par la lettre B.

Les décors dégagent une impression de sobriété, mais sont bien fournis pour une scène avec un seul acteur (On est bien loin des habitudes du stand-up, avec la scène vide, un micro et éventuellement une chaise pour s’assoir. Autant vous prévenir: même si Jean-Louis Fournier est seul sur scène, ici on ne peut pas vraiment parler de one-man show). On a donc un bureau avec quelques vieilles photos de famille rappelant les longues soirées d’hiver chez papi mamie, un fauteuil dans lequel l’artiste vient s’assoir de temps à autre, et quelques post-its disséminés par terre, qu’il ramassera avec difficulté, sorte de geste rituel servant de fil conducteur au spectacle. La particularité vient de la vieille voiture de collection, au fond, dont les feux et le klaxon viennent rythmer quelque peu le spectacle.

Car c’est bien le problème de cette pièce. Si les textes sont savoureux et drôles, la voix chaude et lente, voire trainante, de Jean-Louis Fournier, a parfois tendance à endormir. Les scènes se succèdent les unes aux autres sans vraiment qu’on puisse les différencier, ce qui provoque un sentiment de répétition et de longueur. Le spectacle se termine d’ailleurs de manière assez surprenante, le public pensant que l’auteur va enchainer vers un autre sketch, mais non.

Si vous êtes à la recherche d’une pièce dynamique et rythmée, passez votre chemin, donc. En revanche, si vous désirez quelque chose de plus savoureux, de plus lent, d’un spectacle qui prend son temps et où la vie passe, tranquillement, « Mon dernier cheveu noir » est pour vous. Et pour vos grands-parents, sans doute – à condition qu’ils aient un certain sens de l’autodérision.

Mon dernier cheveu Noir
de et par Jean-Louis Fournier

Collaboration artistique: Anne Bourgeois
Du 17 octobre au 18 novembre 2012, à 18h30

Au Théâtre du Rond-Point
2 bis, avenue Franklin D. Roosevelt
75008 Paris

Métro: Franklin Roosevelt ou Champs-Elysées Clémenceau

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A propos de l'auteur

Image de : Martin Jeanjean est né en 1988 à Fontainebleau. Après être passé par le piano et la clarinette, il tombe amoureux de sa guitare, qu'il ne lâchera plus jamais, même après la Fin des Temps. Passionné d'art et de scène, il devient chroniqueur de théâtre pour Discordance, parce-que c'est franchement super cool. Egalement poète, il publie dans les revues "Borborygmes" et "Verso", et compte gratifier cette époque des poèmes qu'elle mérite; ce qui, croyez-le, n'est pas une mince affaire!

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