Izia

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Cela fait quelques mois déjà que vous avez dû entendre le tonnerre de sa voix, visionné la foudre de ses lives et ressenti l'électrochoc de sa musique. Izia, la princesse trash du rock français, a tout pour devenir reine.

À 19 ans seulement et un album brut de décoffrage, elle met le monde à ses pieds. Quel est donc son secret ? Izia fait le point sur ses débuts, son album et sa tournée, anecdotes et bonne humeur à l’appui.

Tu as sorti ton 1er album à l’âge de 18 ans. Qu’est-ce que ça fait de rentrer dans la cour des grands si jeune ?

Izia : Je ne vois pas trop la cour des grands, je suis dans ma cour à moi, c’est déjà bien ! Je suis arrivée à faire mon disque avec mes petits moyens au début, mon petit groupe, et lorsque l’on a sorti l’album il y a eu un super accueil. Je ne me rends pas bien compte de l’impact des choses.

C’est un peu comme si tu n’avais pas eu le temps de la voir de loin, tu y es rentrée directement dans cette cour….

Voilà c’est ça. Il y a plein de mecs d’autres groupes qui me disent « ça y est t’es une reine, tu fais partie du crew »! Je trouve ça cool d’être une des seules nanas dans ce monde de mec, mais j’ai du mal à réaliser.

izia_pochette Comment tu gères la pression ?

Je ne la sens pas vraiment. Il y a juste le fait qu’il y a beaucoup d’attente sur mon cas ! J’ai peur de décevoir, mais en même temps je n’ai rien demandé à personne, j’arrive avec ma musique, je fais mon bordel, je fais ce que je veux. Mais là tout le monde commence un peu à se demander beaucoup de choses sur moi… Comme la dernière fois, un journaliste ne m’a pas trouvée assez pêchue sur scène alors que j’avais donné le maximum… (Rires) . C’est ça qui fait peur, c’est ce que les gens attendent de moi, et de savoir s’ils ne vont pas se lasser à la longue.

S’il y a autant d’attente sur toi c’est parce qu’en France, ça faisait longtemps qu’on avait pas entendu une musique comme la tienne, le rock s’était un peu « pépérisé », et tu arrives d’un coup, d’on ne sait pas trop où, tel un ouragan…. Où vas-tu trouver toute cette énergie ?

On me pose souvent cette question, mais le pire c’est que je ne sais pas du tout ! (Rires) . Il y a des gens qui se transforment dès qu’ils arrivent sur scène, genre Dr Jeckyll et Mr Hyde, mais moi je ne suis pas du tout comme ça, au contraire. Tu peux te perdre dans cette dualité quand tu te crées un personnage. J’ai la chance d’être quelqu’un d’assez extraverti et d’assez con parfois, ce qui m’aide à monter sur scène. Je suis exactement la même personne dans la vie normale et je ne me laisse pas bouffer par la musique. J’ai décidé de garder mon intégrité et ma liberté par-dessus tout, et c’est peut-être pour ça que les gens aiment venir à mes concerts.

Qu’est-ce que qui plaît autant dans ta musique d’après toi ?

Je ne pense pas qu’il n’y ait que la musique, il y a autre chose. Les gens sont contents de voir quelqu’un qui s’amuse et qui s’éclate ! J’adore les concerts, c’est trop bien ! C’est trop drôle, on a repris la tournée le weekend dernier, et à chaque fois c’est pareil, les premiers jours quand je rentre chez moi et que je prends ma douche, mon corps est recouvert de bleus ! Ma mère me fait prendre des bains de glaçons tellement je me cogne partout, c’est incroyable ! Je me donne trop sur scène, mais c’est parce que j’aime ça !

Ta musique n’aurait rien à voir avec ton succès ?

Ma musique est bien, mais franchement ce n’est pas la révolution musicale, je n’invente rien. J’adore ce que je fais, mais le truc en plus et qui fait que les gens accrochent aussi bien c’est de se dire « on fait ce qu’on veut, on est libres et on envoie chier tout le monde ! ». C’est ce que je dis souvent dans mes concerts, si ça ne va pas, il faut se lever et le crier… c’est une sorte de petite révolte perso où on dit stop et où on se reprend en main. C’est le côté un peu orgasmique et sexuel du rock !

Quel est le message que tu veux lancer ?

Une sorte de réveil contre la passivité ! C’est hyper prétentieux de dire ça, mais j’aimerais bien lancer une sorte de mouvement ! Les gens qui viennent me voir à la fin du show et qui me disent qu’ils se sont éclatés, et qu’ils auraient aimé continuer de faire la fête avec moi encore toute la nuit, ça me fait trop de bien !

Comment se sont passées les premières dates de ta tournée?

Ah, c’était cool ! J’aime bien les petites filles qui crient, c’est mon public préféré ! On a un public super large, de 12 à 65 ans je dirais, et je trouve ça excellent ! La dernière fois, il y avait un groupe de cinq vieux qui étaient à fond, c’était trop drôle. Une fois aussi, j’ai vu une vidéo d’une petite fille trop chou de trois ans et qui chantait Let Me Alone ! Ça m’a fait pleurer.

On te compare souvent à Janis Joplin qui est l’une de tes idoles, est-ce que tu aurais pu vivre pendant la période hippie de Woodstock?

izia-bataclan-paris-13-10-09-8Oui, mais il y a un côté de cette période que je n’aime pas, je trouve que l’énergie des gens n’est pas très solaire. Il y a souvent plus de détresse qu’autre chose, les gens étaient hyper malheureux, que ça soit Janis ou Jimmy Hendrix, il y avait une espèce de mal-être qui leur ont donné le statut de héros trash. Je préfère les gens qui on envie de vivre, j’aime les gens passionnés et enthousiastes, ceux qui ont de belles énergies ! Je n’aime pas du tout l’apogée du mal-être, cette espèce de grandiloquence qu’on peut faire parfois du malheur, de la dépression, de la drogue… On est dans une période où on a besoin d’être positifs.

Qui sont tes icônes d’aujourd’hui ?

(Réfléchit) . Il y en a plein, mais j’admire beaucoup Jack White ( Whites Stripes, NDLR) . Je trouve que c’est un mec super ! Ses groupes sont géniaux et lui, il a la classe… il chante, il joue… il défonce quoi ! (Rires) . J’aime également Win Butler, le chanteur d’ Arcade Fire . Pour moi, c’est aujourd’hui un des groupes au sommet de la création et de l’originalité.

Qu’est-ce que ça t’a fait quand on t’a annoncé que tu ferais la première partie d’Iggy Pop?

Eh ben pas grand-chose ! (Rires) . J’étais excitée, mais je n’ai pas réalisé sur le coup. En fait à 15 ans j’ai arrêté l’école, je ne foutais rien, c’était un peu la loose, et ma mère me cherchait des premières parties quand elle a eu cette proposition d’un ami. C’était génial. On m’avait dit « En première partie d’ Iggy Pop tu vas voir, soit tu te fais cracher dessus, soit on te jette des cannettes de bière à la gueule ! ». C’est la Grande Messe quoi ! Mais ça c’est super bien passé et je n’ai rien reçu du tout !

Tes musiciens sont tous un peu plus âgés que toi, comment s’est passée la rencontre?

iziabandEh bien c’est un peu le chantier ! Il y a eu pas mal de changements et le mois de septembre a été un peu dur pour le groupe ! On a dû trouver un nouveau bassiste en un mois, et on l’a trouvé cinq jours avant le début de la tournée ! C’est un peu flippant, t’es genre « aaaah » (crie d’une voix gutturale) ! Donc là on a changé deux fois de batteur et trois fois de bassiste, mais là ça y est, on tient le bon bout ! Par contre, c’est toujours le même guitariste ! C’est mon binôme… mon petit McCartney, mon Roméo de Roméo et Juliette. J’ai composé l’album avec lui et l’ancien bassiste… (réfléchit) Non l’ancien ancien! Ah c’est une vraie galère, j’arrive jamais à m’en sortir ! ( rires ) C’est un peu compliqué, mais bon, tout le monde laisse sa marque, tout le monde se casse et puis revient… C’est bizarre, mais j’ai l’impression qu’ils font encore tous partie du groupe.

Comment s’est passée la composition de cet album?

Moi j’avais déjà deux ou trois chansons et j’ai dû monter un set et un groupe à la fois pour un festival. C’est là où j’ai rencontré les membres de l’époque et où on a commencé à composer et à mettre en place d’autres titres pour ce festival. S’en est suivi l’album.

C’est toi qui écris tes textes. De qui t’es-tu inspirée pour Hey Bitch?

D’une meuf qui m’a trop soulée au collège (rires). Mais aujourd’hui je ne la connais même pas, je ne sais même pas ce qu’elle fait, donc je m’en fous et j’imagine qu’elle doit looser… (rires) Tous mes textes sont hyper autobiographiques, et Hey Bitch  est l’un des premiers que j’ai écrits. Cette fille m’avait gavée à fond, c’était une c******* (censuré! NDLR) et c’est pour elle que j’avais écrit cette chanson. Mais bon aujourd’hui c’est pour la Bitch de tout le monde! J’ai besoin d’être à l’aise avec mes textes pour me mettre dans l’émotion et c’était important pour moi qu’elle soit sur l’album.

Quelle est la chanson qui te tient le plus à coeur ?

Je pense que c’est Life Is Going Down qui est également un des premiers textes que j’ai écrit. C’est avec ce morceau que je commence tous mes concerts… Il y a un espèce de truc… hyper sorcier ( rires ), c’est le premier morceau que j’ai écrit, le premier morceau de mon concert, je suis toute seule face aux gens et je joue ces petites notes que moi seule sais jouer… Même mon guitariste n’y arrive pas… C’est un peu mystique ! ( rires )

Peux-tu nous dévoiler quelques surprises du concert ?

Je suis très contente du résultat des chansons en live, on les a un peu bousculées, elles durent toutes à peu près sept minutes en moyenne… (rires). Mais bon, ça nous fait du bien de changer les morceaux, ça aère le truc. Sur The Light  on a fait un putain de truc… mais je peux pas trop te dire, tu verras ! Il y des belles transitions, franchement on a monté un beau set !

As-tu d’autres rêves que tu voudrais réaliser ?

Oui quand même je n’ai que 19 ans, j’ai la vie devant moi ! ( rires ) Non, c’est bon je suis trop blasée, j’ai fait ce que je voulais faire maintenant c’est bon ! ( rires ). En fait, j’aimerais bien m’exporter un peu en Europe… L’Allemagne me branche bien, les pays latins… et puis l’Angleterre bien sûr. Pour l’instant je continue ma petite route ici, et on verra ce que ça donne…

C’est ton Papa ( Jacques Higelin  NDLR) qui a fait de toi ce que tu es sur scène maintenant. Est-ce que tu penses que c’est cette bonne cohésion familiale qui t’a aidé à atteindre ton but ?

izia-bataclan-paris-13-10-09-20Oui carrément. Il a toujours poussé mon côté artistique à fond, il m’a dirigé… Quand mes parents on découvert que j’avais une passion pour le chant m’a mère m’a tout de suite inscrite à des cours… C’est comme une entreprise familiale, t’es élevée là-dedans en permanence, on te nourrit à ça toute la journée, on te parle musique, on te dit que c’est génial, tu pars avec tes parents en tournée, donc il y a un moment où t’es forcément attiré et tu veux faire pareil… Mais c’est exactement la même chose que les mecs qui sont bouchers et qui reprennent la boucherie de leur père ! Pour l’instant on ne me fait pas trop chier à propos du « fille de », ma musique est quand même très différente, et je chante en anglais… alors on oublie vite la relation.

Un petit mot à lui adresser ?

J’sais pas… euh plein de trucs, mais comme on est hyper proches on se dit tout. On a une relation très fusionnelle depuis que je suis toute petite. C’est un mec super… c’est mon père, mais c’est un mec vraiment génial. J’ai fait des trucs de ouf avec lui, je me souviens j’étais petite et je pleurais pour ne pas aller à l’école et lui m’emmenait à Disneyland à la place ! À 11 ans il m’a emmené danser aux Bains-Douches, c’était trop drôle ! On faisait toujours des trucs incroyables, on partait en bagnole, mais on ne savait jamais ce qu’on allait faire ! On pouvait aller manger tout en haut de la tour Eiffel, ou bien aller à la Cité de la Musique et on passait nos journées à la Géode à regarder des films…. C’est juste le père qui est là pour toi, qui te fait faire des trucs de fou et qui t’apprend en même temps… On s’est élevés ensemble. Même quand j’avais 7 ans, on avait des conversations d’adultes, il ne m’a jamais considérée comme une débile d’enfant attardée ( rires ). Ce n’est pas qu’un père super, c’est quelqu’un de formidable.

Crédits photos live : Nicolas Brunet

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A propos de l'auteur

Image de : J'aime le Rock, le vrai, pas le trop bruyant ni le trop mou, des Brian Jonestown Massacre aux Yeah Yeah Yeah's en passant par Marilyn Manson ou NIN. Je passe une grande partie de mon temps dans la pénombre des salles de concert pour essayer inconsciemment de découvrir The Next Big Hit !

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