Interview William Pierre

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Suite de l'article publié il y a quelques temps déjà sur le roman "Samedi soir un DJ m'a sauvé la vie" de Willam Pierre. Contacts pris avec l'auteur et ce qui ne devait être au départ qu'une discussion sur le roman est devenu une interview que je vous livre ici, histoire de nous éclairer sur sa vision du roman.

Juste une chose : si vous n’avez pas lu le roman, il est encore temps de ne pas lire cette interview, vous allez y découvrir des éléments qui risquent de gâcher un peu le suspens.

Ne dites pas que je ne vous avais pas prévenu.

dj-2 Qu’aimeriez-vous que les lecteurs disent de votre roman ?

William Pierre : J’aimerais qu’ils y voient un truc un peu à part, un mélange entre un polar et un récit, une réflexion sur les vies d’aujourd’hui. En fait, avec le recul, je le vois un peu comme un film de Melville, où il y a une trame avec des histoires de magouilles politiques, de trahisons, mais aussi – je l’espère – d’autres points de vue à prendre en compte, comme celui de Premiah et sa paranoïa sur sa propre vie.

Pourquoi ce titre ? Finalement on ne peut pas dire que votre personnage ait vraiment sauvé la vie de Premiah, il aurait pu le prévenir, lui éviter des problèmes, non ? Etait-ce uniquement pour faire un clin d’oeil au célèbre tube disco ?

W. P. : Romain sauve la vie de Premiah le soir du concert, il aurait pu donner l’ordre de le faire tuer mais il ne l’a pas fait. Le titre c’est pour ça, et c’est aussi pour le clin d’oeil au tube disco. Une manière de dire que je n’aime pas m’enfermer dans un style de musique. Une chanson qui a fait danser autant de gens ne peut pas être une mauvaise chanson. Il y a beaucoup de groupes qu’on qualifie comme étant de la soupe et que je me refuse à trouver mauvais. C’est aussi le cas pour l’épigraphe, tirée d’une chanson des Hall & Oates (groupe qui a quand même travaillé avec Todd Rundgren, Robert Fripp et George Harisson ).

Finalement, c’est celui qui se battait contre sa condition qui a vraiment plongé et celui qui se laissait balotter par la vie qui s’en sort le mieux. Ce n’est pas très moral tout ça (encore un américanisme.. désolée) pourquoi ce choix ?

W. P. :P remiah s’en sort mieux que Romain juste par chance, alors qu’il croyait au départ être le plus malchanceux des deux. La scène finale, celle où Premiah retourne balayer ses feuilles en essayant de comprendre ce qui venait de se passer dans sa vie, laisse entendre qu’il n’a pas encore réalisé tout ce qui venait d’arriver. De la même manière, je ne vois pas Romain comme quelqu’un qui a tout perdu. Pour tous les personnages du livre, le principal, c’est d’avancer quoiqu’il arrive, que ce soit dans un chemin choisi ou subi. Et dans leur existence (et dans les notres) il n’y a pas vraiment d’autres choix, tout comme il n’y a pas vraiment de règles pour savoir comment réussir à s’en sortir le mieux.

C’est quoi au final cette histoire de dédicace ?

W. P. : C’est une manière de montrer comment on peut subir des impressions, jusqu’à en devenir paranoïaque ou, au contraire, prendre des situations comme un signe du destin. Premiah est « poursuivi » par Cendrars et par cette dédicace qu’il prend petit à petit pour lui. Il y a des signes ou des situations comme ça, pour lesquels on se demande toujours si c’est juste le fruit du hasard. Trouver un livre avec un mot manuscrit qui vous touche et qui ne semble adressé à personne, si ce n’est à celui qui tient en main le livre est quelque chose qui peut arriver et qui peut-être troublant, très troublant. Tout dépend du degré de vulnérabilité de l’individu à ce moment-là, de sa façon de gérer ses problèmes. Premiah est quelqu’un d’un peu perdu et comme il a l’impression que la dédicace le suit, voire le surveille, il en devient un peu le jouet. Mais finalement, c’est quelque chose de très humain et c’est ça qui, pour moi, était intéressant à montrer.

Vous vous reconnaissez dans l’un de vos personnages ?

W. P. : Je ne me reconnais que dans les moments musicaux des personnages : cette façon dont chacun appréhende ses choix, ses décisions ou ses obligations, à l’aide ou accompagné de la musique. Certaines chansons sont comme des photos, comme des madeleines proustiennes qui nous ramènent vers des souvenirs ou à des anciennes périodes de notre vie. En cela, et comme tout le monde, je me reconnais dans la juxtaposition d’une humeur et d’une musique.

« La politique est le tunning des intellectuels » vous revendiquez ?

W. P. : Je ne le revendique pas – il n’y a pas de quoi être fier de trouver les hommes politiques intéressés ou impuissants face à leur rôle, c’est même plutôt effrayant – mais je l’assume. Quand on entend aujourd’hui les candidats parler, ils expliquent que ça fait 25-30 ans qu’il y a des problèmes et que ça va changer. 30 ans, c’est mon âge alors j’ai toujours été bercé dans cette mélasse et je l’ai toujours ressentie comme un dégoût insurmontable. J’ai essayé de l’analyser et ça a donné cette réflexion, ce parallèle avec le tunning. Mais je ne m’y fais pas, même encore aujourd’hui quand j’entends ce qui passe et les changements qu’on promet. En fait la seule personne politique, dans le bon sens du terme, dont je suis fier et dont j’ai envie de parler, c’est Joey Starr . Quand quelqu’un comme lui, qui a subi encore plus ces injustices, se met maintenant à militer et à demander à ce qu’on vote, je l’admire, j’admire cette preuve de sagesse. Moi j’en suis toujours incapable. Et le pire là-dedans, c’est que c’est même devenu physique. Après, on serre les dents et on essaye d’y croire encore, mais il ne faut pas trop m’en demander. Et une chose est sûre pour moi, c’est que les adeptes du tunning n’ont pas le monopole de la beaufitude. Les beaufs, il y en a dans toutes les corporations, et quand j’entend certains discours, réflexions ou aveuglements politiques, je ne peux qu’en être persuadé.

Quelle place tient la musique dans votre vie ?

W. P. : Beaucoup de place, c’était donc normal qu’elle tienne beaucoup de place dans le livre, comme elle tient beaucoup de place chez pas mal de gens. Les disques avant et aujourd’hui les MP3 marchent bien car la musique est porteuse d’une émotion immédiate, rapide et donc recherchée le plus souvent possible. C’est de plus en plus facile d’accompagner sa vie de musique, et, pour moi, c’est tant mieux.

Avez-vous choisi un titre pour votre enterrement ?

W. P. : Non, pas encore : je préfère y songer le plus tard possible.

Préparez-vous un nouveau roman ?

W. P. : C’est en cours. J’hésite entre un autre roman et quelque chose d’un peu à part, qui se rapprocherait plus d’un essai mais avec une narration bien définie ou alors quelque chose de plus sauvage, de plus poétique. Samedi soir un DJ m’a sauvé la vie est basé sur une écriture accessible et je le voulais comme ça. Pour le prochain, peut-être que ce sera moins facile d’accès, ou en tout cas, peut-être qu’il y aura une alternance avec une langue plus rêche .

Vous écoutez quel titre en répondant à ce questionnaire ?

W. P. : J’écoute l’album This Heat de This Heat . Là, c’est 24 Track loop, une sorte de truc techno avant l’heure, avec une vraie batterie donnant les beats.

Qu’est-ce que je peux vous souhaiter ?

W. P. : Bonne chance au livre !

Ce que j’aime dans le fait de lire un livre et d’en discuter ensuite avec son auteur, c’est qu’on est confronté avec la lecture originale, celle qu’il faudrait avoir, celle où l’on sait exactement ce que l’auteur a voulu dire en écrivant ses lignes. Ce que j’aime aussi beaucoup c’est relire le roman avec cette nouvelle grille de lecture et comprendre des passages à côté desquels j’étais passée. Et ce que j’aime par dessus tout, ce que je trouve le comble du luxe (ou est-ce par pur esprit de contradiction ?) c’est de ne pas être totalement convaincue à la sortie de cette lecture plus « pure » et de se dire qu’il y a au final autant de lectures possibles que de lecteurs.

Et pour finir quelqu’un aurait t-il un truc pour m’enlever ce titre d’ Indeep de la tête ?

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A propos de l'auteur

Image de : Normande bientôt trentenaire, intervieweuse en pointillé, en particulier dans le domaine musical ou littéraire. Sais coudre et tricoter, jouer de la batterie et organiser des tournées. Bah oui, on peut avoir l'air cool ET broder, surtout si on en fait son gagne pain : http://www.broderieduphare.kingeshop.com

3 commentaires

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  1. 1
    le Mardi 3 juillet 2007
    Anonyme a écrit :

    Mais de rien ! J’espère que tu nous donneras tes impressions après cette seconde lecture, j’aimerais beaucoup savoir si je suis la seule à ne pas en sortir totalement convaincue…

    Ah et pour finir, quelqu’un aurait-il un truc pour me sortir ce titre de Vera Peppermint de la tête ?

  2. 2
    Pascal
    le Mercredi 4 juillet 2007
    Pascal a écrit :

    Vera peppermint ? Mais c’est pas la présentatrice de Noisepod ??

  3. 3
    Stephane
    le Mercredi 4 juillet 2007
    emma a écrit :

    Si si, en effet.

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