Interview – to R mansion présente Break »O »

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Que ce soit dans la rue ou sur la scène, Break«O» déclenche toujours les même réactions. Le public sourit, rit, et vit le spectacle avec intensité. Entre la compagnie japonaise to R mansion et le Festival d'Avignon, c'est une histoire d'amour qui a commencé l'année dernière. En 2009, elle jouait uniquement dans la rue, et une année plus tard, elle se produit tous les jours à 12h20 au théâtre de l'Étincelle.

En japonais Break«O» signifie « faisons la fête en oubliant les règles ». Pause, arrêt sur image. Un joyeux mélange de mime, de danse, d’acrobaties et de magie. Pas de règle, ou alors une seule, une toute petite : s’amuser ! Le style du spectacle est à mi-chemin entre tradition et modernité. Des personnages farfelus provenant du monde imaginaire des mangas avec une touche de traditions nippones. Une grosse dame recherchée par la police qui espionne discrètement ses voisins par la fenêtre. Une jeune femme, ou un travesti en kimono traditionnel. Un homme sans tête en costume gris qui fume les cigarettes trois par trois. Un(e) agent secret(e) qui traque les méchants avec son pistolet. Une jeune fille qui trompe son mari. Le mari qui découvre le pot aux rose et qui tue l’amant dans le salon. La roulette qui n’est pas russe mais où on peut y laisser sa vie. Un avion qui transporte des passagers un peu particuliers. Un élastique rouge qui délimite l’espace et permet aux spectateurs laisser leur imagination prendre le dessus. Une bassine qui sert à tout faire (coller les affiches, laver le linge et assommer des comédiens sur scène). Cette description sans queue ni tête est un bon résumé de ce que les cinq artistes proposent à travers leur spectacle. Un seul conseil : Que ce soit en France ou au Japon, courrez les découvrir et l’énumération plus haut prendra alors tout son sens.

L’humour est universel, et l’art du mime une cour de jeu. Il n’y a pas d’âge pour apprécier ce spectacle décalé. Pas de nationalité non plus. C’est un langage universel. Une famille de Hollandais avait le sourire jusqu’aux oreilles hier pendant le spectacle donné dans la rue en début de soirée. Toutes les générations étaient fascinées par les rebondissements rafraîchissants du show. Dans la rue, le même style que sur les planches. Des sketches, des acrobaties, du suspens avec un méchant poursuivi par des gentils, le ruban rouge, et des tubes qui vont faire s’agrandir le cercle autour de leur scène de pavés. Eux aussi sont devenus des références universelles  : Michael Jackson, Dragon Ball Z ou encore Pulp Fiction. Dans Break«O», on aime jouer les scènes d’actions au ralenti, les visages crispés et expressifs. Et ça marche … on se croirait presque transporté dans un autre espace temps, où le temps justement n’a plus la même valeur ni la même importance. Un espace où l’important est de s’amuser. Et si on s’accordait un petit break ?

En 2007, to R mansion a eu le grand prix des arts de la rue de Kobe. Son travail est reconnu au Japon puisque la compagnie est invitée à participer aux festivals d’arts de rue mais aussi de théâtre comme le Tokyo International Fool Festival.

En 2009, la compagnie a crée pour le Théâtre Za-Koenji une comédie musicale pour enfants. Ce spectacle a connu un grand succès. Succès qu’on leur souhaite aussi de trouver en France, en dehors des remparts de la Cité des Papes.

Entretien avec Hanabi Uwanosora (directrice artistique et comédienne) et Kayo Nozaki (comédienne)

Comment est né le spectacle Break«O»?

Kayo Nozaki : La compagnie to R mansion joue dans les théâtres japonais, mais aussi dans des cafés-théâtres et dans la rue. Toutes ces représentations leur ont permis de jouer devant des publics différents. Et c’est à partir de ces expériences qu’est né le spectacle Break« O » qui est un condensé de ce que le public japonais avait apprécié. Ce spectacle est avant tout un moment de partage de joie et de plaisir avec les spectateurs.

Break«O» signifie « faire la fête en oubliant les règles »

Kayo Nozaki : Oui, c’est un jeu de mot entre le japonais et l’anglais. Il se prononce exactement de cette manière en japonais et traduit bien cette envie de s’amuser et de partager un moment de plaisir avec le public.

Ne pas avoir de règles vous permet-il d’avoir plus de liberté ?

Kayo Nozaki : Oui, cela nous permet de croiser plusieurs genres comme le théâtre, la danse, le mime, l’acrobatie et les arts de la rue. Ça nous permet d’obtenir une création originale issue de différents arts.

Votre troupe s’appelle to R mansion. Ça veut dire quoi ?

Kayo Nozaki : (Rires) Nous aimons les jeux de mots ! Si on prononce to R en japonais, cela veut dire incertain. Et mansion veut dire appartement. Donc to R mansion signifie un appartement incertain (ndlr : sur ce coup là, je ne suis pas sûre d’avoir bien compris l’interprète !). Cela désigne donc un bâtiment où habitent différentes personnes dans différents appartement. La troupe est comme le bâtiment puisqu’elle est composée d’artistes issus de plusieurs disciplines qui cohabitent ensemble sous le même toit.

De quelles formations sont issus les cinq comédiens ?

Kayo Nozaki : Takuma Suzuki, Yujiro Marumoto et moi-même sommes issus d’écoles du mime. Hanabi Uwanosora a étudié à l’école Jacques Lecoq à Paris. Et Haruko Matsumoto est une ancienne danseuse de ballet.

Break«O» s’inscrit-il dans la tendance des spectacles que l’on peut voir au Japon ? Quelle est la tendance actuelle artistique au Japon ?

Kayo Nozaki : Il y a le théâtre traditionnel et le théâtre contemporain, mais il n’existe pas vraiment de créations à mi-chemin entre les deux. Et il n’existe plus vraiment de troupes qui jouent à la fois dans la rue et sur scène. Break«O» est justement une création entre la rue et les planches, avec des références modernes et des références plus traditionnelles.

Avez-vous le même spectacle lorsque vous jouez dans la rue et dans un théâtre ?

Kayo Nozaki : Nous utilisons les même techniques mais nous avons bien deux spectacles différents avec des univers différents. Dans la rue, un spectacle dure en moyenne 15 minutes, alors que le spectacle de théâtre dure 50 minutes. C’est pour cela que dans la rue nous utilisons de la musique connue pour capter l’attention des passants et les faire rester pendant tout le show.

Le public japonais est-il similaire au public français, ou bien avez-vous pu observer des différences ?

Hanabi Uwanosora : (Rires) Le public, qu’il soit français ou japonais, réagit de la même manière à notre spectacle. Il y a une petite différence : le spectateur français est plus expressif. Il réagit aux blagues et ces réactions sont très encourageantes pour nous les comédiens.

Serge Gainsbourg est à l’honneur dans Break«O» puisque vous chantez Couleur Café. Pourquoi avoir choisi cette chanson ?

Hanabi Uwanosora : (Rires) Lorsque j’étais à Paris, à l’école Jacques Lecoq, j’avais un camarade de promotion africain. Et il chantait toujours cette chanson. Et je m’en suis souvenu lorsque nous avons créée le spectacle et que nous étions à la recherche d’une chanson française. J’étais d’ailleurs étonnée de voir comme cette chanson est célèbre et très appréciée des français !

Avez-vous joué dans d’autres pays ?

Kayo Nozaki : Pour l’instant, nous avons uniquement joué au Japon et en France. Mais nous souhaitons jouer dans d’autres pays. D’ailleurs, après Avignon, nous allons à Edimbourg en Ecosse participer à un festival de théâtre de rue qui a lieu au mois d’août.

Après Edimbourg, avez-vous d’autres projets ?

Kayo Nozaki : Break«O» sera joué au Japon à partir de janvier 2011. La compagnie participera aussi à différentes festivals de théâtre de rue. Et on est en train de préparer notre retour en France pour l’été prochain, le projet étant de réaliser une tournée avec le spectacle Break«O». C’est un projet qui n’est pas encore finalisé.

Avez-vous quelque chose à rajouter ?

Kayo Nozaki et Hanabi Uwanosora : On adore la France, et on espère revenir bientôt pour présenter Break«O».

Crédits photo : la compagnie to R mansion et Anne-Laure Wittmann

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Compagnie to R mansion

Comédiens : Hanabi Uwanosora, Kayo Nozaki, Takuma Suzuki, Yujiro Marumoto et Haruko Matsumoto

Directrice artistique : Hanabi Uwanosora

Lumières : Takehiko Maruyama
Scénographie : Aoi Noguchi

Production vidéo : Phoenix Kojima

Du 8 au 31 juillet à 12h20 au théâtre de l’Etincelle en Avignon

Site internet de la compagnie : http://to-r-m.hp.infoseek.co.jp

A propos de l'auteur

Image de : Après une courte et intense carrière dans le monde du marketing, Anne-Laure s'est lancé dans la grande aventure! En 2009, elle intègre l'Institut des Métiers de la Communication Audiovisuelle en Avignon, et sait à présent manier avec dextérité caméras, appareils photos, microphones et bancs de montage en tous genres. Elle apporte son soutien journalistique à la rédaction de radio Raje en Avignon en réalisant interviews et chroniques. Discordance, elle l'a vu naître et grandir, faire ses premiers pas sur la toile, et participe de manière épisodique à son contenu rédactionnel. Bref, vous l'aurez compris, Anne-Laure touche à tout, l'image, le son, l'écriture, mais elle aime aussi les éclairs au café, qu'on lui raconte des histoires d'amour, le Japon, l'accordéon, les abricots, les sorties en raquettes, les jeux de société, les voyages (pas organisés), les apéros entre amis, le clafoutis aux cerises et le bon vin.

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