Petite Musique

par |
Laissez-moi vous présenter un groupe que j'adore, originaire de la Seyne-Sur-Mer dans le Var : Petite Musique. Deux multi-instrumentalistes hors pair, des frangins terribles (Cédric et Sébastien Psaila, c'est leurs noms), humanistes avant tout, gentils comme c'est pas permis, à l'énergie débordante et communicative, et qui ont inventé une musique vivante, subtile et qui leur va bien. Une musique qui part du coeur (le leur) pour aller droit au coeur (le nôtre).

Ils ont déjà sorti un premier album N’empêche , un DVD Petite Musïque vient en laïve en 2005 et ils sont actuellement en tournée pour la sortie de leur deuxième album Une planète ou une étoile sorti en novembre dernier. Lors de leurs concerts, sur la pancarte qui annonce les tarifs, on peut également lire  » Le reste, on l’échange contre un sourire « .

Une interview « avé l’accent » pour des musiciens qui, sur scène, disent venir « du sud de Dunkerque ». Je les ai retrouvés à l’occasion de leur passage au Diapason à Cherbourg le 7 décembre dernier quelques instants avant le début de leur concert :

Que voudriez-vous que je dise sur vous ?

petite_musique Cédric: Ce que tu veux en fait, c’est vachement chiant de parler de soi-même…

Sébastien: Moi j’aimerais que t’aies envie de dire que ça vaut le coup de nous rencontrer.

Cédric: Voilà, mais pas forcément d’écouter notre musique ( rires ).

Sébastien: Globalement quoi, que le bilan soit positif.

Cédric: Honnêtement c’est horrible de devoir dire des trucs sur soi-même ! Que tu dises que c’est bien, que c’est de la vie. Voilà, de la vie…

On entend souvent de votre musique qu’elle est très originale et on a du mal à vous comparer à un groupe existant. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Cédric: Ben c’est très bien ! On fait pas de la musique pour faire la musique de quelqu’un d’autre. Après c’est pas forcément pratique parce que voilà on nous demande toujours « quel style faites-vous ? » Et on est très embêtés quand on nous demande ça. Tu vois là c’est une bonne question. Mais on n’est pas les seuls. La tendance à l’heure actuelle au niveau musical est plutôt à la créativité qu’à la reprise.

Sébastien: On est heureux quand les gens ne cèdent pas à l’espèce de tic nerveux de toujours nous comparer à quelqu’un, même s’ils savent au fond d’eux que c’est faux.

Cédric: Nietsche a dit C’est dans la comparaison que réside le mal et il avait tout à fait raison.

Sébastien: Et Il n’y a de nouveau que ce qui a été oublié … Et C’est en forgeant qu’on devient bûcheron . Et Qui va à la chasse vaut mieux que deux tu l’auras… n’amasse pas mousse .

Cédric: Non là c’est de l’humour nul ! (rires).

Quelles sont vos influences musicales ?

Cédric: Ah là ça devient moins bien…

Sébastien: Mais on vient de dire que c’est original ! On n’a jamais rien entendu, on a tout inventé ! ( rires )

Bon. Vous écoutez quoi et en quoi vous vous en servez pour faire quelque chose de nouveau ?

Cédric: En fait c’est une bonne question. Il faut être honnête on n’écoute pas beaucoup de musique, à part dans la voiture quand on part en tournée. On n’a pas le temps sinon. Et de toute façon on écoute pleins de trucs qui sont absolument différents, donc on n’a aucune influence musicale. On est venus à la musique très tard, c’est la meilleure façon de pas être influencé parce qu’on a appris tout seul et de façon totalement archaïque et artisanale. On ne revendique absolument aucune influence, il y a des tas de trucs qu’on aime bien, en commun ou pas d’ailleurs (rires) . Mais ça n’a pas de rapport avec la musique qu’on joue. Par exemple j’adore Bashung, (désignant son frère) lui adore les musiques médiévales, traditionnelles, où la même phrase revient dix fois dans la chanson, et ça n’a aucun rapport avec ce qu’on fait ! Dans ce qu’on aime en commun y’a des choses qui peuvent avoir un rapport. On aime beaucoup Joe Dassin par exemple, Enrico Macias, Léo Ferré pour l’engagement…

Sébastien: … Mais pas tout.

Cédric: Pas tout dans tout de toute façon ! Mais dans l’idée c’est tout ce qui se rapproche de ce qu’on pourrait appeler la chanson intelligente, des chansons qui parlent de la vie. La chanson ça sert à cela au départ, c’est pas pour faire chanteur. La chanson, c’est juste pour dire des choses.

Sur votre album « N’empêche » quelques chansons parlent de rupture amoureuse, c’est du vécu ?

Cédric: Ça dépend lesquelles…

Sébastien: Oui.

Cédric: Oui, lui n’a jamais eu trop de chance avec les filles, mais il les choisi mal, c’est pour ça.

Sébastien: Non c’est que j’ai une technique qui…

Cédric: C’est une grosse implication dans ta vie !

Sébastien: Ouais voilà…

Cédric: Mais qui ne valait pas trop la peine forcément…

Sébastien: Et bien si malgré tout, c’est ma raison d’être quand même !

Cédric: Après l’amour en général ça reste un thème intéressant pour la musique. Les chanteurs qui prétendent que l’amour est un thème nul, franchement c’est des grosses looses !

Sébastien: Mais là on réussit à ne pas être monomaniaques, loin de là. Ce n’est même pas majoritaire dans l’album. Après l’amour est présent mais sous d’autres formes, que ça soit l’amitié, la confiance. J’aime beaucoup parler de la chanson de Brassens Les passantes parce que c’est une des rares chanson où on voit ces amours qui ne vivent que dans la tête pendant 10 secondes ou une heure, et qui restent dans des sphères auxquelles on n’a pas accès. Mais c’est déjà de l’amour, c’est des émotions, c’est pour ça que les gens fonctionnent, parce qu’il peut leur arriver quelque chose, parce que tout est possible.

Cédric: Et puis c’est la vie quoi. Dans la vie on est toujours dans un rapport de séduction, c’est ça qui est intéressant, c’est ce qui en fait la complexité. Mais on ne va pas se la jouer chanson d’amour bucolique, ça sert à rien ! Ce qui est intéressant, c’est la complexité des sentiments, pas forcément une « histoire d’amour ». L’amour est partout, et pas forcément dans les chansons d’amour.

Sébastien: Il y a une chanson de Sardou qui s’appelle « Rien ». Il cite tout ce qui a existé sur Terre et il ne reste rien parce qu’il n’est plus avec sa chérie. Mais au moins quand il ne reste plus rien, il reste encore une chanson.

Vous venez de sortir un nouvel album, qu’est-ce que vous pouvez en dire ?

planete Sébastien: C’est le meilleur disque de tous les temps !

Cédric: Non ce n’est pas vrai ( rires ). C’est le deuxième album, voilà, on a travaillé toute l’année, c’est la suite du premier.

Sébastien: ( mort de rire ) Petite Musïque II le retour.L a revanche !

Cédric: On écrit des chansons, on fait des concerts, il était temps de sortir un deuxième album, voilà. D’ailleurs je pense qu’on attendra beaucoup moins longtemps avant de sortir le troisième. C’est le deuxième album, avec de nouvelles chansons qu’on joue sur scène depuis longtemps. On l’a fait dans un esprit très « live », c’est à dire qu’on a le son du concert, il n’y a pas de chichis en plus, le son est très brut. Tu trouveras sûrment que le son est particulier, de la même façon que tu disais que les chansons sont particulières. C’est particulier dans le sens où c’est ce qu’on fait : il y a une grosse caisse, un charley, un violon, une guitare et deux voix. Pas de basses, pas de trucs ajoutés, très peu d’effets, parce qu’on l’a fait pour que quand tu l’écoutes chez toi, faut que tu aies l’impression…

Sébastien: … qu’on est là !

Cédric: Que ce n’est pas un disque enregistré en studio, travaillé, avec plein de prises. D’ailleurs on a tout fait en très peu de prises, maximum 2-3 prises, vraiment dans une volonté de restituer quelque chose de brut. Bon après il y a des gens qui aimeront moins que d’autres. Le premier album on l’avait fait en s’appliquant beaucoup, en se stressant beaucoup, et avec très peu de recul par rapport à ce qu’on faisait. Pour celui-ci on a pris le parti-pris du live. Mais quand tu écoutes les deux album à la suite, tu sens quand même que c’est le même groupe qui joue.

Sébastien: On a gardé le même nom sur la pochette, on a remis Petite Musïque et on l’a marqué sur les côtés aussi, comme ça tu peux le ranger à côté dans la bibliothèque, c’est pratique.

Au niveau des textes, quoi de nouveau ?

Cédric: C’est des nouvelles chansons, mais on est dans le thème de la vie en règle générale, donc ça n’a pas trop changé vu que c’est un thème plutôt intéressant. Après les compositions sont un peu plus touffues, on va dire, un peu moins basique que le premier album. Les chansons sont différentes, ce n’est pas du tout la continuité du premier album dans la composition ou l’écriture. Et puis on avait pas forcément envie de faire les mêmes choses. Ce sont des chansons qu’on a beaucoup fait mûrir sur scène, ce qu’on n’avait pas fait au moment du premier album, on n’avait pas beaucoup de recul par rapport aux chansons et à leur interprétation, là on en avait beaucoup plus.

Sébastien: Elles sont plus proches de la scène, puisqu’elles ont d’avantage été jouées avant d’être enregistrées.

Cédric: Mais je préfère qu’on l’écoute et qu’on se fasse son opinion soi-même parce que c’est très très dur d’en parler. Souvent quand on nous passe le disque, c’est horrible parce qu’on a passé six mois à l’enregister, un mois à le mixer, moi je n’entend que les défauts, c’est hyper stressant !

Ça fait plus d’un mois que vous êtes en tournée, vous avez des anecdotes heureuses ou malheureuses à raconter ?

Sébastien: Ah oui je me souvient d’un soir à Katmandou, un type qui a débarqué avec son avion… (rires)

Cédric: Ben c’est comme toutes les tournées, c’est une mine d’anecdotes, on a rencontré des gens très intéressants.

Sébastien: Les plus drôles on peut pas les raconter en fait…

Cédric: Pourquoi ? Je vois pas de quoi tu parles ?

Sébastien: Mais bon on ne va pas se vanter…

Cédric: Se vanter de quoi ? Tu n’as rien fait. De toute façon tu ne fais que dormir !

Sébastien: Ouais voilà . Moi je n’ai fait que dormir, j’ai lu deux ou trois livres, là je suis sur un Aragon…

Cédric: Les anecdotes c’est des rencontres, et où que tu ailles en France tu vas trouver des gens super marrants, des énergumènes, des phénomènes, des spécimens…

Sébastien: Tu connais l’émission  » J’irai dormir chez vous  » ? Et Strip Tease aussi ? Et bien voilà, nous c’est ce qu’on fait chaque fois qu’on arrive quelque part, c’est un mélange.

Cédric: Tu découvres la France dans son intimité. Les anecdotes généralement ça nous revient quand on redescend, dans la voiture, mais sur le coup, c’est tellement du quotidien… Partout où tu arrives dans un nouvel endroit avec l’étiquette « étranger » il se passe plein de choses. C’est comme ça, c’est la vie. Ça peut arriver à tout le monde, mais c’est vrai qu’en faisant de la musique c’est plus facile. Il suffit de voyager et tu vois pleins de choses que tu vois pas chez toi, et c’est vachement bien. Et puis c’est aussi encourageant parce que tu te rends compte que partout il y a des gens vachement bien, qui réfléchissent, qui ne sont pas des moutons, qui ne vont pas voter Sarkozy . Et ça fait du bien de le toucher du doigt, parce que c’est pas toujours évident d’y croire.

Sébastien: C’est vrai qu’il y a des rencontres qui nous confortent dans notre idée. C’est un peu un pari quand dans nos chansons on essaie d’être humains, de voir ce qu’il y a de beau dans les gens, dans ce qu’il peut y avoir « derrière ». En grattant un peu, ou même sans gratter du tout. Il y a des gens qui sont des cadeaux sur ta route et là tu te dis Ouais, continue à chanter l’humanité pendant un petit bout de temps. Ça vaut le coup, il y a quelqu’un en face .

Qu’est-ce que je peux vous souhaiter ?

Sébastien: Bon anniversaire mais c’est un peu tard, c’était il y a un mois (rires)

Cédric: Plein de concerts, plein de monde pendant les concerts, plein de rencontres, le reste c’est du boulot, c’est à nous de le faire ! Sinon, que le deuxième album marche bien, au moins aussi bien que le premier, que les gens l’aiment bien surtout, parce qu’on l’a quand même fait pour ça ! Le reste c’est pas du matériel.

Sébastien: Oui plein de monde dans les salles, plein de monde devant les tourne-disques, parce que l’amour ça se multiplie.

Cédric: Et puis on peux souhaiter que la France se décide à se réveiller un peu quand même, parce que sur certains aspects c’est inquiétant, ça devient très dur de faire bouger les gens…

Sébastien: … d’avoir le droit de les faire bouger !

Cédric: C’est vrai ! D’ailleurs je fais une dédicace à tous les cafés-concert un peu partout en France parce que c’est des endroits dont on a beaucoup besoin et qui sont souvent dans des situations un peu difficiles parce que la tendance à l’heure actuelle dans les centres-villes c’est « pas de bruit à partir de 22h », c’est « tout le monde devant sa télé » et ça nous inquiète beaucoup. À côté de ça il y a un réseau de gros trucs qui ne s’intéresse pas du tout à ce qui fait la création actuellement en France. Et là je ne parle pas spécialement pour nous, parce qu’on est plein de groupes à faire des choses intéressantes, à se bouger les fesses pour essayer d’apporter un peu de vie à tous les niveaux. Donc on pourrait souhaiter une nouvelle dynamique. Mais après la dynamique c’est aussi à nous de la créer !

Sébastien: Et que les gens soient plus vigilants sur leurs libertés. Parce que ça passe par de toutes petites lois qui tuent la loi. Le droit de ne rien faire qui empêche d’autres gens d’agir… On ne s’en rend même pas compte. On est en train de se faire barder comme des poulets. On a travaillé à côté d’une boucherie ( il se met à mimer un rôti en train de se faire ficeler ) et j’ai l’impression que la ficelle s’enroule comme ça et que tout est de mieux en mieux ficelé. Faut faire attention de ne pas arriver au point où on va perdre notre capacité d’émancipation. Parce qu’une fois qu’on nous aura ficelé les doigts on pourra plus couper la ficelle. Voilà, faut faire gaffe. La liberté c’est un plat que les autres peuvent bouffer dans ton assiette.

Cédric: Ouais c’est bien dit…

Et ce sera le mot de la fin….

J’ai passé une soirée fantastique dans un univers coloré où l’on rencontre tout un tas de gens, où l’on réfléchit sur notre monde, et d’où l’on ne ressort pas exactement comme avant. Puis je suis rentrée chez moi la tête dans les étoiles et j’ai écouté cet album qu’ils m’ont gentiment donné….

J’ai beaucoup aimé Si Grand, une chanson qui parle de l’amour qu’on savait quand on était enfant mais qu’on oublie en grandissant, et aussi  » Moi j’ai froid « , qui dit que la canicule n’existe pas quand on a froid dans nos coeurs. J’ai bien sûr adoré Val » mais sans doute car Val je la connais moi aussi. Une chanson fantastiquement vraie, qui parle de la femme derrière le comptoir. Celle qui connait le prénom de tout le monde, et qui console les chagrins de coeur des ivrognes avant la fermeture.

Ah j’oubliais : oui, ça vaut vraiment le coup de les rencontrer, et AUSSI d’écouter leur musique. Ils sont sur scène un peu partout en France (près de 100 concerts par an) et si je n’avais qu’un conseil à vous donner: Allez-y !

En savoir +

MySpace: www.myspace.com/petitemusique

Partager !

A propos de l'auteur

Image de : Normande bientôt trentenaire, intervieweuse en pointillé, en particulier dans le domaine musical ou littéraire. Sais coudre et tricoter, jouer de la batterie et organiser des tournées. Bah oui, on peut avoir l'air cool ET broder, surtout si on en fait son gagne pain : http://www.broderieduphare.kingeshop.com

1 commentaire

Abonnez vous au Flus RSS des commentaires
  1. 1
    le Samedi 30 décembre 2006
    Meuz a écrit :

    Je suis allé les voir en concert à Toulon il y a longtemps, je suis content de voir qu’ils marchent toujours ! Leur concert était vachement bien, c’est vrai qu’ils sont très gentils, il faudra que je trouve cet album dont vous parlez.
    Bon vent les Petite Musique !

Réagissez à cet article