Humanist S.K. Records Festival

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On débute ici notre série d'interviews d'une mince poignée de festivals français qui représentent pour nous, de par leur fonctionnement, leur programmation et leur éthique, une alternative forte aux grosses machines que l'on connait.

L’Humanist S.K. Festival, entre Lyon et Paris, fait partie de ce genre d’évènements a l’identité encore forte. Une collection de groupes inconnus au bataillon, des lieux inhabituels et un financement claudiquant: une somme de caractéristiques constituant une véritable prise de risque. Entretien printanier avec l’un des organisateurs de l’évènement, Vincent Cuny, accompagné d’une mixtape dans quelques jours pour découvrir les artistes du festival.

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C’est la quatrième édition du festival, qui double, pour l’occasion, la somme de labels participant à l’organisation de l’évènement. Aux côtés d’Humanist Records, on trouvera ces bandits d’S.K. Records, de Lyon. De quelle manière s’est initiée la collaboration ? Vous passez donc de l’axe du mal Paris – Dijon, soit les deux villes qui accueillaient les concerts l’édition précédente, à la rédemption en préférant l’axe Paris – Lyon. Qu’est-ce qui a motivé ce choix ?

C’est une histoires de potes et de gens passionnés depuis le début. On a commencé ce festival ensemble à la fac à Dijon entre bons copains, tous névrosés, à différents stade de gravité, de la musique indie. Et après, il a tout simplement bougé avec nous. On a migré progressivement de Dijon à Paris, et désormais j’habite à Lyon.

Étant donné que je suis force de vente à S.K Records depuis pas mal de temps aux cotés de Nico Poisson (Ndr: humble mais puissant guitariste de Ned et Totale Eclipse), et qu’on aussi organisé notre lot de concerts et de festivals à Lyon ces dernières années, la fusion-acquisition paraissait nécessaire, et évidente.

Il n’y a pas eu d’édition l’année dernière : pourquoi  ? Est-ce que ce break d’un an vous a permis de revoir vos ambitions et modifier certaines choses par rapport aux années précédentes ?

A vrai dire, et sans se lancer dans de grands poncifs moralisateurs sur la pureté du DIY, c’était quand même bien bien bien crevant cette édition 2012. On a fait 12 dates en 18 jours dans 2 villes et 10 lieux avec 30 groupes. 12 x 18 x 2 x 10 x 30 ça te donne le nombre de fois où avant/pendant le fest tu t’es réveillé la nuit parce que tu flippes que personne vienne, la dose de stress à ingérer, et le nombre d’emmerde à gérer. On bossait tous plus ou moins comme des esclaves à coté, quasiment pas de jours de congés. Bref, je crois qu’on s’est dit plusieurs fois pendant ce festival qu’on avait vraiment fait les fous sur le programme, car comme je le disais plus haut, c’était Do It Yourself jusqu’à la mort, on faisait tout nous-même, on a finit bien tendus.

Donc il fallait bien deux ans pour s’en remettre. Je le présente comme un truc douloureux là, mais en fait tu tires tellement de satisfaction d’une expérience comme ça que tu peux t’arrêter de bouffer pendant deux mois hein.

Finalement, cette année, le programme est quasiment aussi fou qu’il y a deux ans, voire plus. On dormira quand on sera morts.

Vous assurez « Ce festival investira des espaces contrastés, étonnants, peu connus, inhabituels ou non et veillera à en assurer l’accessibilité ». Est-ce que tu pourrais m’en dire plus ?

On aime bien depuis le début faire jouer des groupes qui sortent des sentiers battus, et assez naturellement, on essaye du coup de les faire jouer dans des endroits qui eux aussi ont un supplément d’âme ou un truc chouette. La première année il y avait eu des concerts à la Galerie Nü Koza à Dijon, la seconde, dans l’ancien Consortium place du Marché, en 2012, des choses à l’Espace en Cours à Paris et dans les sous sols du Musée d’archéologie à Dijon.

Cette année, au rayon des curiosité, il y aura entre-autres à la fois un concert sur le toit du Louxor à Paris, et des concerts dans des lieux officieux à Lyon.

Il y a déjà eu deux soirées de soutien à Paris (début janvier et début avril au Pop In) et à Lyon (concert des incroyables Sathönay, assistés par Raymond IV et Seb and the Rhââ Dick). D’autres soirées sont prévues ? Ces évènements ont pour but d’aider le festival financièrement parlant car vous n’êtes pas subventionnés. D’où vient le reste du budget ? Comment vous organisez vous à ce niveau-là pour respecter cet engagement avec des cachets qui montent de plus en plus ? De la même manière, vous êtes totalement bénévoles : vous êtes combien en tout à bosser sur le festival ?

Non ça y est on rentre dans la ligne droite, on a réussi à rassembler quelques sous avec nos concerts de soutien et les DJ set. Le reste des sous viendra d’un soutien d’Agnès B., d’un Ulule, et inch allah de la billetterie. Évidemment, vendre quelques bières ça fera aussi du bien au déficit.

Ensuite, pour la négociation on défend l’idée qu’avec peu de moyens mais un peu d’abnégation et de passion on peut réussir à faire des beaux trucs. Bon ça fait un peu « on a pas de pétrole, mais des idées », donc soyons plus concrets.

Autant que possible, on essaye de joindre directement les artistes. On leur avoue qu’on est amoureux de leur musique, qu’on fait tout ça bénévolement et souvent, on a des retours positifs. Et il y a eu quelques fois ou on était au bon endroit au bon moment. Chelsea Wolfe, J.C Satan, c’est des groupes qu’on a découvert tôt et qu’on a réussi à faire jouer avant le moment où ça allait péter. Ça donne des situations marrantes après coup, comme quand tu regardes le trailer  #1 de la saison 4 de Game Of Thrones à 210 millions de vue avec Chelsea Wolfe  qui fait la zik alors que t’étais 40 à son concert deux ans avant.

Mais ça marche pas toujours hein. Cette année, je meurs de chagrin parce que je voulais faire jouer Solids, ils étaient chaud, mais hélas on a pas réussi.

Sinon dans l’orga y’a quasiment les mêmes qu’au début, sauf à Lyon où c’est donc une nouvelle team avec des organisateurs chevronnés. On est quatre dans chaque ville. Mais à Lyon on aura besoin de gens qui savent servir des pressions.

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Du côté de SK Records, que tu gères avec Nico Poisson, un gros travail de fond a été réalisé à propos de la mise en ligne du catalogue du label sur Bandcamp. Qu’est-ce qui t’as motivé à faire ça ? Est-ce que tu as pu avoir des retours satisfaisants ?

On est trois à s’investir dans le label, Nico Poisson, Cyril Meysson et moi-même. S.K vivait sous perfusion depuis quelques années. Plusieurs disques sont sorti pendant cette période, mais il n’y avait aucune communication, les gens pensaient donc qu’il ne se passait plus rien. Globalement l’Internet du label était dans un état insalubre. Avec Cyril, on avait envie de retaper la baraque. La sortie des skeuds de Sheik Anorak et de Eric Boros0 ont été l’occasion de lancer des nouvelles choses, comme le Bandcamp, ou les mixtapes sur Mixcloud. Pour le Bandcamp c’était marrant de rentrer en contact avec plein de gens qui ont eu un lien avec le label depuis 1998. C’est comme faire un arbre généalogique. On est sur Facebook aussi, avec 9 ans de retard, et on retwitte régulièrement Snoop Dog.

On est pas encore Sub Pop mais c’est assez cool de faire faire peau neuve à un label qui a plus de 15 ans d’existence.

Et du côté d’Humanist Records, des nouveautés à prévoir ?

Les deux labels sont évidemment focus sur le festival, mais Humanist a comme d’habitude beaucoup de projets au programme !

Sortie du EP Seeking Solace de Belle Arché Lou en mai, sortie d’un 45 t de Hraïr Hratchian (également programmé au fest) en juin, et d’autres sorties prévues en 2014 : BAD BATS – SATHONAY LOUD BAND – PONEY MOUSTACHE.

Un weekend de festivité est à venir les 20 et 21 septembre pour les 5 ans du label également !

Vous insistez assez régulièrement sur la démarche DIY du festival. L’équipe est bénévole, votre objectif est de vous rapprocher de l’autofinancement et vous proposez une programmation solide et principalement axée sur la découverte. Cela contraste assez fort avec des grosses machines que l’on connait type Pitchfork et consorts, et je me demandais justement comment tu voyais l’évolution latente de ces gros festivals, avec , par exemple, le Jabberwocky en Angleterre, soit la réunion de Pitchfork, ATP et du Primavera. Les festivals indés se regroupent petit à petit en immense conglomérat sans réelle identité ni valeur. Est-ce que c’est une sensation que tu partages ?

Il me paraît assez clair qu’on fait deux sports différents. On ne se sent rien en commun avec eux.

Depuis le début, en tout cas pour Pitchfork, ce sont des grosses machines, je ne sais pas trop si on peut dire que c’est pire maintenant. Après, moi ce qui me chagrine toujours le plus, c’est pas vraiment la taille d’une entreprise, mais plutôt quand les mecs prennent aucun risque et que ça devient mièvre.

Je crois que ATP a commencé de manière plus romantique, je ne sais pas si c’est différent de nos jours, mais ils ont mon respect éternel après avoir réussi à faire se reformer Hot Snakes en 2011. Primavera continuent à faire jouer des trucs « tout petits », genre Girl Band, qu’on fait aussi jouer au fest, c’est classe.

Pitchfork je suis plus mitigé. Payer 130€ pour voir des tête d’affiches qui sont déjà toutes venues 17 fois en Europe, et dans les « révélations » des minets marketées à la Iceage, c’est pas mon truc. J’ai trouvé ça autant indie que les Eurockéennes en fait, à la différence près qu’aux Eurocks la bière coûte pas 8 euros et qu’au moins eux ils ont Jay-Z.

Est-ce que vous avez des modèles en terme d’organisation ou de programmation de festival ? De quels festivals vous sentez-vous proche ?

Il y a plein d’initiatives cools, de toutes les tailles. Je continue chaque année de trouver que  la prog de Villette Sonique a la classe, avec les concerts gratos et le village label. Tout comme Sonic Protest. En moins parisien, Le Freakshow, au fond de la Drôme, c’est super chouette. Les réunions thématiques comme le Fuckfest (ndr: festival de noise parisien) ça me plait. Je pense que mon collègue Alexis parlerait lui longuement du Suoni Per Il Poppolo à Montreal.

Sinon, j’attends toujours d’aller au Roadburn, et d’être quelqu’un de suffisamment influent dans le monde pour avoir mon pass pour le Duna Jam. Vite.

De toute façon c’est pas un secret que le festival le plus cool reste le Samynaire, en plus c’est même pas un festival. Et lui tu peux pas remettre en cause sa street cred.

Ce contexte viscéralement indépendant amène un contexte de gestion assez intense et risqué. Qu’est-ce que tu as pu apprendre de l’organisation d’un festival comme celui-là ? Quelle est ton meilleur souvenir ? Le pire ?

Le meilleur souvenir, peut-être quand la soirée la plus risquée sur laquelle tu as bossé comme un ouf cartonne, pour ma part, le concert de JC Satàn en mai 2012, ou de Pneu en 2010, ont une place très chouette dans mon cœur.

Sinon, a ce même concert de 2010, un mec s’est fait une double fracture tibia-péroné dans un pogo pendant le concert de V13, concert interrompu, ambulance et tout…C’était pas cool pour lui, et ça a aussi attristé les gars du groupe et le public, la soirée était bien chelou après coup.

Fais-toi plaisir : Quelle serait ton affiche de festival idéale ?

Déjà pour moi, j’adore les soirées où tu vas voir des trucs vraiment différents. En 2012, on avait une soirée indie pop/garage/hardcore punk/cold wave. Ça faisait du bien. A Lyon le 21 juin ce sera un peu la même.

Inviter une street parade thaïlandaise psychédélique dans ce style ce serait fou.

Un club avec !!!, Four Tet et LCD Soundsystem ce serait cool.

Et sinon, cette année, on a évoqué de faire venir Psychic Paramount, si j’avais pu les faire jouer avec Solids et Bazooka dans la même soirée, j’aurais pu me retirer définitivement de l’orga de concert pour toujours le lendemain, j’aurais jamais fais mieux !

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Humanist S.K. Festival: http://www.hskfestival.com/

Humanist Records: http://www.humanistrecords.com/

S.K. Records: http://skrecords.org/

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