Psykup – En vivre libre

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Trois mots qui résument à la perfection le parcours de ce groupe hors du commun. Déjanté, barré, intelligent, Psykup revient avec un triple album d’une richesse incroyable et qui confirme son statut de groupe le plus inventif de la scène métal française.

Strasbourg, 12 mars 2008

C’est juste avant un set ravageur sur la grande scène de la Laiterie que Ju et Milka ont accepté de répondre à quelques-unes de nos questions, confortablement installés dans leurs loges. Un entretien passionnant, à l’image du groupe, et que l’on aurait bien aimé poursuivre des heures.

L’album sort aujourd’hui même. Quel est votre état d’esprit ?

psykup3 Ju : On est très heureux. On espère qu’il sera partout. Pour l’instant il n’est pas partout, mais lundi, il le sera. Ça fait deux ans de boulot et on est bien content.

Au début de l’album précédent vous commenciez par Love is dead . Votre nouvel album s’appelle We love you all . Il s’est passé quoi entre ?

Milka : Les métalleux sont avant tout de grands romantiques frustrés. Tout cela finalement parle de grand amour et de relations humaines avant de parler de la guerre dans le monde. Il y a toujours eu ces thèmes-là. Psykup étant quand même à la base un état d’esprit de vouloir rebondir à chaque fois dans toutes les épreuves difficiles de la vie. Même quand elles peuvent toutes te guider vers le bas. Il y a toujours ce thème récurrent de l’amour et des relations humaines chez nous. On assume d’être un groupe de métal qui ne revendique pas ses poils et qui n’a pas la volonté d’étaler ses muscles sur la table.

Donc c’est aussi de la sensibilité et puis pour We love you all comme pour Love is dead de l’ Ombre et la proie, il y a toujours un petit côté cynique qu’on n’espère pas hautain. Ce n’est pas du cynisme pour se moquer. Mais plutôt du cynisme pour rigoler de choses pas drôles. We love you all étant entre autres la phrase dans Birdy qui dit que bientôt plus personne ne va acheter de disques, tous les artistes vont crever et parmi tous les gens qui gueulent notre nom en concert, il y en a les trois quarts qui téléchargent nos albums et qui sont en train de nous tuer. Mais bon. On vous aime tous. C’est cool.

Vous venez déjà de répondre un peu à la question. Mais quel est le concept qui se cache derrière ce triple album ?

Ju : Il y a un peu de tout. Bon il y a deux morceaux qui parlent de la mort de l’artiste en ce moment. Ensuite, il y a des sujets plus fantaisistes avec un morceau qui parle de voyage dans le temps, mais qui est un morceau social tout de même dans le sens où ça dénonce une certaine forme d’état d’esprit de la société actuelle qui se plaint beaucoup de ce qu’elle a et qui voudrait toujours ce qu’elle n’a pas. Il y a un morceau qui est interactif et qui implique l’auditeur en lui demandant de tirer la suite du morceau à pile ou face. Pour nous c’est surtout un pas en avant au niveau des mélanges. Notre musique est de plus en plus en mixte avec par exemple un morceau qui est hip-hop / trip-hop ou des passages un peu électro, bossa et d’autres très popisant ou noise. Plus ça va, plus on met de tout dans notre métal. L’idée directrice de cet album, c’était de ne pas avoir de limites. On mélange tout et on y va.

En écoutant cet album, il y a un titre qui m’a vraiment beaucoup marqué, c’est En vivre libre, qui est un peu la charnière du disque.

psykup9 Milka . Charnière dans quel sens ?

Même après plusieurs écoutes, je ne pense pas avoir saisi entièrement ce que vous avez voulu y dire. C’est tellement dense. D’ailleurs si vous pouviez nous dire quelques mots sur le featuring présent sur le morceau.

Milka . Ce sont deux artistes hip-hop de Midi-Pyrénées. Qui commencent à peine à être connu nationalement. Mais par contre qui pour moi, vont mettre une énorme branlée à 90% des groupes de rap français, même si ce n’est pas dur, tellement le rap français c’est catastrophique. Ce sont donc les gens de Khod Breaker .

Pour en revenir au morceau en lui-même, qu’avez-vous voulu dire à travers cette longue tirade qui s’étale sur deux plages ?

Milka . C’est moi qui ai écrit ce truc-là. Et au début on ne savait pas trop quoi en foutre. Est ce qu’on allait assumer vraiment de faire un pseudo morceau avec un côté hip-hop mais qui n’est pas vraiment du hip-hop et qui donc se rapproche plus du slam ou du spoken words . Les passages hip-hop étant assumés par les gens de Khod Breakers, qui savent vraiment faire du hip-hop au sens strict du terme. On avait vraiment envie de prendre des risques aussi et d’assumer ça. En ligne de mire de cette chose-la, c’est-à-dire de faire un moreau presque assommant d’informations qui dure 10 minutes avec un premier couplet de deux minutes trente, le deuxième fait deux minutes trente et le refrain fait une minute. Quand j’étais plus jeune, c’était des morceaux comme Demain c’est loin d’ IAm qui m’ont transbahutés. Pour moi le rap, ça devrait être ça. Ou alors certains morceaux d’ Assassin où plus les phrases s’enchaînaient, plus t’étais là « Ah ouais, il y a un jeu de mot, ah ouais putain il y en a un autre. ». Je ne dis pas que notre morceau c’est ça, mais juste qu’en le faisant on a pris le risque de marcher sur les plates-bandes, sans aller non plus dans la comparaison puisque que comme je le disais, on s’est plus rapproché d’un rock souple comme on peut savoir le faire, avec du slam, du spoken words comme on l’a déjà fait sur d’autres morceaux.

Dans le contenu c’est du désabusement total. Dans le sens où c’est l’artiste en fin de soirée, le contrecoup de l’alcool. C’est le mec tout seul dans sa chambre d’hôtel. C’est notre vie en fait. Il y a des gens qui gueulent notre nom à chaque fois qu’on joue, qui vont nous faire signer des choses, qui nous respectent et c’est super… D’ailleurs si vous êtes là, c’est que vous respectez tout ça et on est super heureux de ça. Mais en contrepartie, on revient chez nous le lundi et on doit se battre pour obtenir des aides à la CAF, on doit se battre pour faire des boulots minables et gagner trois francs six sous, juste pour pouvoir payer nos loyers. Et En vivre libre, ça parle de ce moment-là de réflexion où tu te demandes pourquoi tu fais ça tellement c’est dur, tellement l’investissement, il est à dégeuler. Et si jamais mon fils, un jour, il veut faire de la musique, je le bâillonne et je l’inscris en médecine, tellement c’est trop difficile. Et ce morceau-là parle de tout ça, des concessions qu’il y a faire ou non.

En vivre libre ou mourir, c’est-à-dire qu’il y a plein de gens autour de nous qui ont choisi pour vivre de leur musique de faire mille concessions et qui ont fait une croix sur leur vie artistique. Ils vivent de leur musique, mais ils font des choses qui outre le fait que ce soit mauvais, sont horribles. Et nous en tant que musicien, je crois qu’on préfère en mourir libre. Le jour où l’on devra mettre de l’eau dans notre vin, voire du vin dans notre eau, tellement les concessions qu’on nous demandera de faire seront importantes, il faudra vraiment que Psykup s’arrête. Même si on a tous des visions un peu différentes, je sais que peut être, je suis le plus extrême là-dessus, mais je préférerais toujours faire caissier à Auchan, et je dis respect aux caissiers à Auchan, plutôt que de chanter de la merde qu’un directeur artistique m’imposera de faire en changeant un couplet, tellement j’ai une haute estime des artistes et de l’art que l’on prétend faire pour employer des grands mots. Et En vivre libre c’est un peu tout ça.

On a déjà essayé de vous faire changer ou de vous imposer une direction artistique précise ?

psykup1 Ju : C’est impossible.

Milka : Dans Psykup non. Mais j’ai eu d’autres projets, je chante dans My Own Private Alaska et dans Agora Fidelio qui est un projet beaucoup plus calme et quelque part beaucoup plus mainstream . Ça peut toucher beaucoup plus de gens. Et on a été confronté assez vite à des problèmes puisqu’on a été contacté et que tu as des mecs qui te proposent de faire une version espagnole de ton album pour l’Espagne. Ou alors un type qui te dit  » Ouais mais alors là c’est l’overdose olfactive  » ou encore  » Je voulais vous dire, mais votre bassiste, il joue en pantacourt, et aujourd’hui à Paris en 2004, ce n’est pas possible. » Donc il y a des choses qui font que moi je me lève en disant « Ecoutes, je crois que t’as rien compris ». Les choses qui m’ont fait le plus rêver c’est les vidéos de Fugazi que je voyais et où le mec était en pantacourt car il transpirait tellement qu’il fallait bien que la transpiration parte. Et si t’es en T-Shirt ou en Marcel, c’est pas pour faire le barbos, mais parce que tu fais du rock’n roll, que tu transpires et que t’es pas là avec ta chemise de merde et ta mèche de merde comme ils sont tous à Paris avec leurs santiags qui leur font mal aux pieds. ( Rires ).

Donc toutes ces concessions-là avec Psykup on les a heureusement évitées. On nous les a proposées. Mais on est tellement de têtes de mules. On est limite complètement con. C’est-à-dire que cet homme-là, à côté, est complètement con, (en désignant Ju ), tellement il ne veut jamais rien changer. Jamais, jamais, jamais ( Rires ).. Et quelque part c’est ça qui fait notre force aussi. Il a un esprit tordu et tellement inventif, que même nous dans son groupe, parfois on le regarde et on lui dit « Là quand même Julien … Là quand même il faut que tu te calmes sur les médocs et sur l’alcool ! » Et puis en allant dans son sens, on pige et on fait le parti de proposer quelque chose de très très différent, par respect les uns pour les autres et par choix de prendre ces risques-là. Et je crois que quelque part ça marche un peu.

Vous avez justement pas mal de side-projects différents, qu’est ce qui vous fait revenir vers Psykup ?

Ju : Psykup c’est comme un vieux couple marié. Milka, Brice et Moi ça fait 13 ans. Agora c’était le premier projet parallèle, il y a 6 ans, après il y a eu Manimal qui a été fait et tout le monde commençait à se diversifier et à faire son truc. Je pense qu’il y a un côté très affectif et très fraternel qui fait que de toute façon, l revient toujours vers là. C’est également le projet le plus décomplexé. On fait tous des musiques particulières en dehors, mais Psykup c’est un peu le défouloir où on met tout. En composant je balance tout ce que j’ai. Tout le monde met tout ce qu’il a derrière. Il y a un côté tellement libre et fou dans ce groupe, que le pire c’est qu’on arrive quand même à faire des dates, des tournées et des albums alors qu’on ne pensait jamais qu’il y aurait du public pour nous écouter. Vu la gueule des morceaux, je ne pensais jamais qu’il y aurait des gens pour les retenir. On a des sensations qu’on n’a pas dans les autres groupes. Bien sûr on a des sensations dans les autres groupes qu’on n’a pas dans Psykup, mais.

Milka : Il y a du fun.

Ju : Ouais il y a un côté fun.

Milka : Même si c’est lourd aussi parfois. Parce que c’est pas toujours pouêt pouêt tout le temps, loin de là. Mais il y a ce côté fun et ce côté récréation dans le bon sens du terme. Sur scène c’est 3615 LâcheToi.com . Pas pour faire n’importe quoi et montrer ses fesses, mais pour vraiment donner et partager avec le public. Dans les autres projets qu’on a, que ce soit Agora, Manimal, MOPA, il y a un côté, je ne dirais pas plus égoïste, mais vraiment plus introspectif. Et je reaccentuerai sur le côté fraternel dont parlait Ju, parce qu’on est passé avec Psykup par des périodes dégueulasses. On a vécu tous des trucs dégueulasses. Et aujourd’hui pour info, il y en a certains dans le groupe qui vivent des trucs dégueulasses, très dures, et d’autres auraient sûrement annulé des dates, mais ce groupe-là nous porte. Ces gens-là nous portent. Et on est tous là, les uns pour les autres. C’est pas dans tous les groupes comme ça, mais tu sais que dans Psykup il y a des gens qui peuvent te soutenir et te prendre dans tes bras parce que c’est Psykup . Ça s’appelle Psykup . Ça s’appelle mettre un coup au fond de la piscine et remonter. On est tous là les uns pour les autres. Par rapport à toutes les périodes difficiles qu’on a eues entre nous, avec d’autres gens, avec toutes les couilles qui nous sont arrivées, je crois qu’il y a les deux tiers des groupes qui auraient splittés et nous, on est encore là. Quand il arrive des trucs très durs, tu te dis que rien ne pourra nous détruire. Si on arrête Psykup, c’est parce qu’on l’aura décidé.

Dans quel état d’esprit avez-vous enregistré l’album ? Dans la réflexion, la douleur, l’expérimentation, le fun ?

psykup2 Ju : Un peu tout ça. Ce qui était bien c’est que comme on l’a fait nous-mêmes avec l’aide d’ Olivier et de Vidda notre gratteux qui étaient aux manettes, on a pu se permettre de faire un peu ce qu’on voulait au niveau son. Du coup ça nous correspond plus que les albums précédents. Au niveau de l’écriture, on s’est beaucoup amusé, on a fait beaucoup de séance d’écritures. J’amenais les riffs et les structures, et après on discutait entre nous. On passait des nuits à mettre des trucs en place et à halluciner tellement c’était n’importe quoi. On ne s’est pas mis de limites, on l’a fait. On a poussé le bouchon assez loin. C’est un double album, il y a 8 morceaux qui font une heure et demie. C’est complètement fou. En plus avec le DVD double couche avec une heure et demie de live et une heure et demie de docu, on sort l’objet de notre vie. Surtout qu’avec la crise du disque actuel, on ne sait pas si ce n’est pas le dernier qu’on sortira.. Après ce sera sur le net, on balancera des morceaux au fur et à mesures. On continuera toujours à jouer, mais les gens n’achètent plus de disques, donc on s’est fait plaisir et on balance le bel objet. C’était un peu ça l’esprit : emmener tout ce qu’on a et les gens suivront. Ou pas.

Justement par rapport à la crise du disque, certains disent que l’avenir passera par le live et que le CD ne sera plus qu’un objet promotionnel pour faire venir le public aux concerts. Que pensez vous de ce genre d’affirmations ?

Milka : Après il faut assumer le fait qu’il y ait du fric dans la musique et qu’il faut du fric pour vivre de la musique même quand t’es pas Calogero . Avant l’artiste vivait de ses concerts, et encore que quand ça marche. Psykup il a fallu 6-7 ans avant qu’on commence à gagner de l’argent avec notre groupe. Il faut déjà se mettre cela dans la tête. Et pendant ces 6-7 ans, on avait déjà fait 150-200 concerts pour prétendre gagner 1 euro sur sa musique. Avant l’artiste gagnait sur le concert et puis sur les ventes de disques. Quand je dis que l’artiste gagnait sur les ventes de disques, c’est surtout que les ventes de disques permettaient au moins de rembourser le studio. En ce moment on en est au niveau suivant : les ventes de disques sont horribles, donc on ne se pose même pas la question de comment on fait un skeud dans un studio, parce que là ça devient une énigme totale. Et il n’y a plus que les rentrées d’argent du concert. Mais tout le monde remarquera que ce n’est pas parce qu’il y a moins de CDs qui se vendent que les gens vont plus en concert.

À un moment cela se contrebalançait, les chiffres de concert montaient un peu pour juste compenser la baisse des disques, mais là ça rebaisse. Avec Myspace il y a 14 millions de groupes alors qu’avant il y en avait 3000. Dans le sens où aujourd’hui des groupes t’en a plein et le public ne sait plus faire la différence. Dans une ville, en un soir, tu as 7 concerts différents. Alors dans quelques-uns tu as de vrais artistes entre guillemets, qui ont roulé leur bosse et dans les autres, tu as des groupes de lycéens qui ont un concert et demi dans les pattes et avec les flyers qui sont payés par Papa. J’ai rien contre ça, mais c’est juste que le budget du spectateur n’a pas évolué, Cf les chiffres de Mister Sarkozy . Il y a moins d’argent, donc en ce qui nous concerne, il n’y a pas plus de rentrées au niveau des concerts. Là ce qui se passe, c’est que 2007 a été l’année la plus sombre au niveau des splits de groupe. Car au bout d’un moment, tu ne peux plus. En ce qui nous concerne, ce soir on est co-tête d’affiche, on joue dans la grande salle de la Laiterie avec Lofofora donc c’est vrai qu’on est super content de tout ça, c’est génial. Nos chiffres de vente de disques pour ce qu’on fait, ils sont bons. La presse en gros est derrière nous. C’est vraiment chouette tout ce qui se passe autour de nous. Mais malgré ça, on vit uniquement avec des dettes. C’est ça qu’il faut dire ! Il faut arrêter de mystifier les gens avec tous ces connards de groupes bling bling de Paris. C’est ça qui fait qu’il y a de la déculturation et de la désinformation sur le monde de la musique. C’est ça qui fait que les gens continuent à télécharger car ils croient qu’on est Madonna . Mais non. Bientôt les artistes vont tous disparaître. En 2007, il y en a une chiée qui ont disparu. Au bout d’un moment c’est ton fric, c’est ton salaire que tu mets dans ton groupe. Et au bout d’un moment ce n’est plus ton salaire, mais c’est ton RMI. Et au bout d’un moment, tu te rends compte que tu ne peux plus payer ton loyer et que tu bouffes des pâtes depuis 3 semaines. Tu te dis donc que tu vas arrêter ton groupe. Au revoir.

Et c’est ça qui est en train de se passer. Avec Psykup, on n’est pas dans le haut du panier, mais on est dans les 10-15 groupes de métal en France qui surnageons. Il y en a peut-être 5 ou 6 qui vivent bien. Le reste, ça vivote comme nous. Et le reste, plein de groupes que vous avez sûrement déjà dû interviewer et qui font de la super musique, qui sont super bons et qui sont super gentils, ils en vivent en se saignant. Il y a une interrogation totale sur l’avenir, car ouais il faut du fric. Le mythe du Do it yourself, c’est un mythe de hardcoreux bourgeois qui aujourd’hui ne tient plus. Il faut du fric, pour pouvoir aller jouer à Dunkerque pour 65 euros. Il faut payer pour cela. Il faut avoir du fric. On a plus 20 ans. On a plus Papa derrière. On ne peut pas faire ça, et ça devient super problématique.

Il y a des questions à se poser sur cette révolution culturelle. C’est-à-dire très pragmatiquement, comment les artistes vont, putain, gagner du blé avec le travail qu’ils font ? Quand tu vois que We love you all, notre album, cela fait deux ans que ça existe, qu’il y a eu 5 musicos pour se faire chier dessus, qu’il y a eu un mec qui a fait le son studio, qu’il y a un mec qui monte le DVD, un mec qui a commenté le DVD, un autre qui a fait la bande-son du DVD, encore un autre qui a fait le graphisme et une fille qui a fait les photos… Toutes ces personnes ont bossé, bossé, bossé. Et à la fin tu gagnes quoi ? Quasiment rien. Et quand après tu as des petits connards qui te disent que 12-13 euros c’est cher pour un CD, même si ça peut se comprendre, moi j’ai envie de leur prendre la gueule contre le crépi et de la leur frotter. C’est horrible. Pour l’instant, on ne sait pas. C’est une interrogation.

On peut lire sur votre bio que votre musique devient de plus en plus cinématographique. Ça veut dire quoi au juste, une musique qui devient de plus en plus cinématographique ?

psykup4 Ju : Je suis hyper cinéphile et en tant que compositeur c’est un aspect très important pour moi et qui est très central dans ma vie. Forcément au niveau de l’écriture, ça l’est aussi, donc cela se recoupe également. À force de regarder des films, mon écriture est devenue séquentielle. C’est ce qu’on a essayé de mettre en avant dans la bio. Il n’y a plus couplets. Dans Psykup il n’y en a jamais vraiment eu, mais là encore moins qu’avant. C’est plus des séquences qui s’enchaînent avec des ambiances différentes, des climats différents, des états d’esprit différents à la manière d’un film. Ça peut être très drôle cinq secondes, ça peut être très triste 5 secondes après. Ceux qui sont très forts pour ça, ce sont les Coréens. Ce sont eux qui arrivent à faire des mélanges complètement fous entre les tons. Ça peut être un truc complètement stupide et cinq secondes après ils peuvent te faire pleurer. Ils le font pour initier.

Du coup je pense que notre musique est pour initier également. Les gens ont envie d’être brossés dans le sens du poile et ils ont envie de savoir ce qui va se passer lorsqu’ils appuient sur Play de la première à la dernière minute. Et s’ils ont des surprises, ça va les faire chier. Je compare cela à la vague de remakes qu’il y a actuellement et où les gens n’ont plus d’idées. La période créative des années 70 où tout était permis est finie. Aujourd’hui on se tourne vers le passé, on n’invente plus rien, on essaye de rappeler aux gens de vieilles sensations pour les faire aller au cinéma et c’est pareil avec la musique. Si tu regardes dans une critique musicale ou cinématographique, les gens font toujours référence à quelque chose de passéiste pour dire que c’est bien. C’est ça qui m’emmerde. J’aime bien écouter un CD et ne pas savoir ce qui va se passer.

Milka : Le T-Shirt qui se vend le plus au niveau de la musique c’est celui de Motörhead .

Ju : C’est un effet de mode surtout. Eux ça les fait marrer. Black Sabbath et Motörhead ils hallucinent. Même les mecs de Kiss ils doivent êtres morts de rire de voir qu’il y a des gamins de 16 ans avec des T-shirts Kiss . Si ça se trouvait, ils n’ont même pas écouté un CD, mais bon. Il y a ce côté passéiste qui est très présent et c’est vraiment très prégnant, je trouve. Et justement nous essayons à notre niveau d’apporter une petite pierre à l’édifice et de faire avancer un petit peu les choses, en montrant qu’il est possible de faire autre chose et d’avoir tout de même du public. Après on ne blinde pas les salles, on ne fait pas 900 personnes quand on joue, mais je pense que la moyenne des personnes qui sont présentes à nos concerts ont un esprit ouvert.

Milka : Je pense que c’est une question d’éducation aussi. Quand tu vois que nous, à force de jouer avec notre musique de débiles et d’élitistes, on arrive à avoir du monde. C’est comme tout. Si un jour TF1 s’appelait Arte et Arte s’appelait TF1, t’attends 3 ans et t’auras tout le monde qui en voyant Kurosawa un dimanche soir à la télé se dira « Ah ouais c’est super intéressant ». Tant que tu donnes aux gens de la merde à bouffer, tu bouffes de la merde. C’est une question d’habitude.

Ju : Avant le jazz c’était sur M6 à 2h00 du matin. Le mec, il était tout seul, limite il s’endormait dans le poste. Maintenant ils l’ont viré, il y est même plus. Et la musique classique c’est à minuit.

Milka : Si tu mets de la musique classique pendant 3 ans tous les dimanche soir. Au bout d’un moment tu serais là : « Ah ouais la Traviata c’est vachement bien, j’étais ému, si t’avais vu ça.. » ( Rires ).

Ju : Ca se ghettoïse. Tu as le côté « Arte c’est vachement chiant, j’ai envie de regarder un truc cool ce soir » et t’as le côté « TF1 ça me fait chié, il n’y a que de la merde ». C’est tellement tranché. On essaye de dire qu’on peut se détendre ET se prendre la tête. Et Psykup c’est peu ça. C’est un mélange entre la grosse prise de tête et la grosse détente débile.

Sur le forum d’Antistatic, on peut lire que vous organisez des master class au cours des quelles vous échangez sur, je cite,  » Notre approche de la musique, tant du coté technique, que ressenti ou social « . Pourriez-vous détailler ces deux derniers points ?

psykup5 Ju : On essaye de ne pas aborder les master class de façon traditionnelle. En général les grosses stars qui viennent, les gens qui sont à 14 niveaux au-dessus de nous, et qui sont juste là pour prendre le pognon, ils s’en branlent complètement.

Milka : Ils font des solos d’une heure comme Vidda.

Ju Exactement ( en mimant la chose ) Les gens ils sont là « Ouais extra ! » puis le mec s’en va et il n’y a rien eu. Nous ce qu’on voulait, c’était déjà avoir un côté plus relationnel avec les gens. Après il n’y a pas la barrière de la langue qu’il peut y avoir avec une grosse star américaine. Il y a un côté plus proche et on essaye de tourner cela plus en échange, voire en cours puisqu’on est tous prof à côté, chacun dans sa partie. On essaye d’expliquer ce qu’on sait, de le rattacher à notre façon de bosser aussi, d’impliquer les gens. La dernière fois qu’on a été à Valenciennes, on a fait bosser aux gens un passage d’un morceau à nous et ils l’ont tous joué ensemble après. Il y avait un côté sympa, plus ouvert dans le délire. Milka a fait un truc plus orienté management.

Milka : Je ne suis pas prof de chant.

Ju : Il y a eu également cet aspect plus professionnel de la musique. Du coup on a un peu brisé les barrières qu’il pouvait y avoir.

Milka . C’est marrant parce que les salles, quand on en discute avec elles, sont très contentes du résultat et du rapport qu’on arrive à instaurer. Quand on a commencé ça, on s’était dit que ça ne marcherait pas. Mais tant au niveau des zicos, et là je montre mes collègues, que du mien, car je donne plutôt des cours de management, de booking et de business, ils trouvent que le rapport qu’ils ont est bon. Même si la musique est technique, il est nécessaire de revenir aux bases, au groove, au feeling et de se faire plaisir. Tous les profs ne sont pas tant comme ça finalement. De mon côté pareil, quand je n’utilise pas des mots de 4 syllabes ou que des termes juridiques absolument horribles et absconds, et que je leur dis juste « Bon quand vous faites un fly en noir et blanc, de toutes façons vous êtes dans l’illégalité la plus totale, juste vous n’irez pas en tôle si vous mettez IPNS – Imprimé par nos soins, ne pas jeter sur la voie publique » Le fait d’être dans le concret et dans le réel, cela intéresse bien les salles qui trouvent qu’il y a peu d’intervenants qui ont plusieurs casquettes. Et qui du coup peuvent être vraiment dans la réalité des gens et avoir les réponses aux questions que se pose l’audience.

Quelle est votre définition d’un bon musicien ?

psykup6 Ju : Pour moi le bon musicien c’est le musicien qui fait de la musique pour la bonne raison. C’est-à-dire pour se faire plaisir, pour donner des choses aux gens et pour apporter à son niveau sa propre pierre à l’édifice. On a croisé tellement de gens qui faisaient de la musique juste pour baiser des meufs, pour avoir beaucoup de coke ou juste pour faire comme tout le monde en essayant de se mettre dans un moule. Là ça me parle pas. C’est un autre univers pour moi. Si c’est pour devenir fonctionnaire de ma musique, il vaut mieux faire fonctionnaire tout court.

Milka : Et je dirais même que ça se sent ces choses-là. En tout cas nous on le sent. Des fois, je vois des groupes, et j’ose admettre que c’est bien, mais en fin de compte je ne le sens pas. Le mec, il crie super bien. Il chante super bien. Mais au fond c’est du chiqué. C’est comme quand un acteur joue faux. C’est-à-dire que le mec, il peut chanter juste et finalement chanter faux. Il ne se donne pas. Pour moi, un mec qui gueule sur scène, il doit crever. Il doit dégueuler sur scène. Ça n’a aucun intérêt de faire du métal, si ce n’est pas pour s’exploser la gueule. Tu ne fais pas du métal pour faire « Beuaahhh !! Mulhouse !! Ouaiiisss !! Vous voulez encore plus de bruits et tout ?? Beuahhhh » Mais putain, on est en 2008 ! Fuck quoi !

Ju : Surtout il faut avoir un peu d’humour je crois. Le côté second degré, l’autodérision, c’est important quand même. Quand on a un problème technique, on essaye de le tourner plutôt à la connerie et de désacraliser le rapport. C’est marrant car du coup il y a des gens qui préfèrent avoir ce côté sacré et te mettre sur un pied d’éstale, que tu gardes une aura ou un mystère. J’aime bien aller parler aux gens après et te rendre compte de qui est ton public. Quand on fait du ciné, on a justement pas cette chance-là. Nous on a cette chance de pouvoir rencontrer les gens directement et de savoir ce qui les touche. Et ça c’est hyper intéressant pour un musicien.

Sur le titre dont vous êtes le héros du deuxième CD de l’album, si vous deviez choisir, vous prendriez quel morceau ?

Milka : Ah très bonne question de quelqu’un qui a écouté le CD !

Ju : A priori on ne peut pas choisir. C’est le hasard qui décide. C’est la pièce qui choisit. C’est le destin.

Un peu comme dans No Country for old men ?

Milka : Il l’a pas vu.

Ju : Non, je ne l’ai pas vu encore. Justement je dois y aller, ne me dites rien alors ( Rires ). Pile c’est le côté positif, face c’est le plus négatif, on va dire qu’on va choisir le côté pile. Enfin en ce qui me concerne. Va falloir essayer.

Milka : Ben ouais va falloir essayer.

Ju : ( Rires ) On est tiré vers le côté face mais on essaye d’aller vers le pile.

Crédits photos: Natacha Wandoch.

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Image de : Fondateur de Discordance.

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