Clémentine Portier-Kaltenbach

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Auteure du livre "Histoire d'Os et autres Illustres Abattis" aux éditions Lattès, chroniqué il y a quelques semaines, Clémentine Portier-Kaltenbach, que l'on peut retrouver entre autre tous les dimanche à 16h15 sur France 2 dans Secrets d'Histoire, présentée par Stéphane Bern, accepté de répondre à quelques unes de nos questions.

Tout d’abord comment vas-tu ?

portier-kaltenbach_clementine-v-3Le mieux du monde, je m’amuse beaucoup entre l’écriture, la radio et la télé !

Comment te définirais-tu ?

Comme une amoureuse de la petite histoire.

C’est peut-être un peu lèche-botte de dire ça, mais en tout cas c’est vrai : j’ai vraiment adoré « Histoires D’os… », et je n’ai pas pu m’empêcher de me demander d’où a bien pu surgir cette idée pour le moins saugrenue d’inventorier les reliques ?

Je t’en remercie. En l’occurrence, il me faut rendre à César ce qui lui revient ! Comme spécialiste de l’anecdote historique, j’avais un certain nombre d’histoires étranges de ce genre sous la main, comme le crâne de Descartes, le squelette de Cadoudal, les cheveux de Napoléon et le cerveau de Voltaire, mais l’idée de les tricoter entre elles est une idée de mon éditeur Laurent Laffont, directeur littéraire des éditions J.C lattes .

En cherchant bien, j’ai réalisé que de nombreux ouvrages avaient déjà été écrits sur les reliques saintes mais rien sur les reliques profanes. Et cela m’a beaucoup amusé de chercher ce que nous avions de mieux dans ce genre dans l’hexagone. Je précise, dans l’hexagone car j’ai finalement trouvé tant de choses que j’ai dû circonscrire mon sujet aux  » restes hexagonaux  » !

As-tu eu beaucoup de retours par rapport à cet ouvrage ? Dans la presse, ton entourage ? Qu’en a-t-on pensé ?

Oui, j’ai un press-book incroyablement étoffé quand on songe à la bizarrerie du sujet ! Mais lié probablement aussi à son originalité. Martin Monestier, spécialiste es curiosités a fait de mon livre son coup de coeur dans l’émission  » ça balance à Paris  » et a dit :  » Ce livre, c’est moi qui aurais du l’écrire ! « . Sinon, je suis passée sur toutes sortes de radios ( Europe 1, Radio Bleue, Radio Notre Dame, RFI ), toutes sortes de radios locales, de télés : France 2, la chaîne Histoire, le coup de coeur des libraires sur LCI ..Et pour ce qui est de la presse, je ne puis évidemment pas citer tous les titres tant il y en a : du Nouvel Obs en passant par le Point, Livre Hebdo, le Fig Mag, Point de vue, Sciences et avenir, Le Parisien, et toutes sortes de journaux régionaux.

Et que penses-tu de ces critiques ?

Dans l’ensemble, j’ai trouvé toutes les critiques assez bien vues. En écrivant ce livre, j’ai pensé constamment à mon lecteur, à la nécessité de le faire sourire sur des sujets plutôt macabres et a priori rébarbatifs. Cependant, l’envie de distraire n’empêche en rien le sérieux : rien n’est inventé dans ce livre, tout est vrai, et il y a une bibliographie assez riche. Il a été critiqué comme un livre sérieux écrit par une rigolote. Cela me convient !

La démarche est différente que pour un roman, il s’agit d’une enquête très documentée, combien de temps cela t’a-t-il pris pour collecter toutes ces informations ?

Je dirais qu’au total, entre les recherches autour du livre et son écriture, cela m’aura pris pas loin d’un an.

Il y a beaucoup d’énigmes laissées en suspens dans ce livre, de nombreuses expériences déterminantes dont tu nous dis qu’on attend encore le résultat ou les autorisations d’inhumer qui selon toi ne devraient pas tarder. Je me suis prise à penser « Ah mais n’aurait-elle pas pu attendre d’avoir les réponses avant de publier ? » C’est très frustrant tout ça !

Je ne te le fais pas dire. Pendant toute l’écriture du livre, j’ai été véritablement suspendue aux recherches du Docteur Charlier sur le bocal de Chinon (supposé contenir les restes de Jeanne d’Arc !). Les résultats ont été connus juste après la publication de mon livre et j’ai été littéralement effondrée en apprenant qu’il s’agissait non d’une jeune fille de 19 ans brûlée à Rouen en mai 1431, mais d’une momie de la haute Égypte datant de 700 à 800 avant JC !

As-tu des réponses aujourd’hui ? As-tu appris des découvertes récentes, des autorisations qui ont abouties, des recherches menées à bien ?

Il va en effet y avoir un certain nombre de recherches : sur la tête de Richelieu et probablement aussi sur les restes de Descartes : peut-être va t-on pouvoir rendre sa tête au philosophe, dont les restes reposent à St Germain des Près, privés de crâne ? Je suis aussi sur la piste de la fameuse tête d’ Henri IV . Elle se trouve certainement dans quelque collection privée. Nous aurions bien assez de poils de barbe d’ Henri IV pour savoir si oui ou non cette tête lui appartient. J’ai une piste assez sérieuse mais pas le temps de m’en occuper en ce moment. Mais cela viendra !

On peut te voir tous les dimanches après-midi intervenir dans l’émission  » Secrets d’Histoire  » présentée par Stéphane Bern. Comment as-tu été contactée ?

J’ai été pressentie pour participer à cette émission juste après une prestation dans l’émission estivale de Stéphane Bern  » Pourquoi les Manchots n’ont pas froid aux pieds « , émission au cours de laquelle je devais poser des questions dénichées dans mon propre livre, aux invités présents sur le plateau.

L’équipe de Stéphane Bern avait déjà en tête une émission historique pour la rentrée. Il se trouve que bien souvent, l’histoire est la chasse gardée d’universitaires qui ne sont pas forcément les plus indiqués pour parler d’histoire, pour communiquer sur des sujets historiques dans une émission grand public. Personnellement, je ne me lasse jamais de raconter les histoires que j’aime, j’ai vraiment envie de communiquer ce plaisir à ceux qui m’écoutent, je n’ai pas envie de les écraser de connaissances qu’au demeurant, je n’ai d’ailleurs pas forcément. Dans une émission de télé, j’apprécie que l’on  » veuille mon bien « , que l’on soit exigeant pour moi, que l’on veuille m’apprendre des choses avec bienveillance et bonne volonté. Je crois que les téléspectateurs sont souvent intimidés par ceux qui leur parlent sur un ton trop professoral en leur donnant l’impression qu’eux-mêmes devant leur poste ne connaissent rien à rien.

Comment a été défini ton rôle dans cette émission ?

Je suis présentée comme  » chroniqueuse de l’histoire » ou  » journaliste historique « , ce qui me convient très bien et que je revendique hautement. Je ne suis pas sous le regard de quelque académie. Entre plusieurs scénarii historiques, je puis me permettre de choisir le plus hypothétique mais le plus romanesque et d’utiliser allégrement le conditionnel. Un historien pur jus ne le peut pas. Donc ce statut de journaliste historique me donne une liberté dont je serais absolument privée si j’étais présentée comme une vraie historienne, ce que je ne suis pas. J’ai fait Sciences Po et une maîtrise d’histoire pas terminée à la Sorbonne.

As-tu accepté facilement ?

Je n’ai pas eu à accepter quoi que ce soit, je ne voudrais pas d’autre place que la mienne.

Les sujets traités sont relativement différents, je pense à Napoléon, Louis XVII, Marie Stuart etc, il faut de vastes connaissances pour parler en tant qu’ »expert » sur ces différentes périodes et ces personnages, d’autant plus que leur particularité est de présenter des « mystères » dans leur vie ou leur mort. Comment étudie-t-on plus particulièrement ces personnages ?

L’histoire est tout de même ma spécialité. Je connais particulièrement bien le 18e et l’histoire du premier Empire, et pas mal l’époque des guerres de religion ; donc quand un sujet tourne autour de ces époques, je ne pars pas de zéro ! Mais, une fois encore, je ne parle jamais en tant qu’expert. Les experts du sujet traité, ce sont les invités que nous recevons sur le plateau. Mais nous sommes là pour diversifier l’origine des réponses apportées sur un sujet, pour les simplifier éventuellement, par rapport à un invité trop magistral . Bien connaître le sujet abordé permet également, de rebondir, de poser les questions pertinentes.

Quelle est ta méthode de travail pour préparer chaque émission ?

Je travaille de préférence sur des biographies autres que celles qui sont présentées en plateau de manière à avoir en arrivant une connaissance du sujet qui ne soit pas celle des autres : si nous lisons tous la même biographie, nous aurons tous exactement les mêmes anecdotes. Par exemple, pour Marie Stuart, j’avais lu la Bio d’ Erlanger et non pas celles de nos invités sur le plateau. D’autre part, je fais une lecture assez particulière de ces biographies puisque j’y repère par prédilection les anecdotes. Avant chaque émission, j’ai visionné le documentaire présenté à l’antenne de manière à ne pas répéter une énième fois ce qui aura été dit en son sein.

Quelles sont finalement les sources fiables ? D’ailleurs, en ce qui concerne l’Histoire, peut-on considérer qu’il existe la moindre source vraiment fiable ?

Mais bien sûr voyons. Les sources sont toujours nombreuses. Pour Cléopâtre, je crois que ce ne sont pas moins de 23 auteurs grecs et romains, à peu près contemporains qui ont écrit sur elle. Sans compter ceux qui ont écrit sur César ou Marc Antoine .

Pour l’émission sur Judas, qui sera bientôt diffusée, ce fut plus délicat.Car il y a assez peu de témoins ( Flavius Joseph a écrit sur Jésus ) et les évangélistes ont écrit leurs textes près de 50 ans après la mort du Christ. Donc là, c’était un sujet assez délicat car nous étions constamment entre récit historique et récit mythique.

Dans l’émission, on ne conclue généralement pas sur des certitudes, on avance un peu, on élimine les hypothèses les plus farfelues, mais on laisse souvent le téléspectateur sur sa faim au générique. Est-ce voulu ? Est-ce pour inciter les gens à aller plus loin dans l’investigation ? ou est-ce simplement qu’on ne dispose pas d’informations plus précises ni de certitudes permettant d’affirmer la réalité d’une hypothèse ?

Il y a un peu des deux. Nous tentons de faire le tour d’une question et de présenter une sorte d’état des lieux. Mais la présentation des livres en fin d’émission correspond aussi à une volonté sincère de pousser les gens à aller plus loin et à se faire une idée par eux-mêmes. J’espère que cela fonctionne !

Et au fait, il est sympa Stéphane Bern ?

Il est absolument conforme à l’image qu’il donne de lui à la télé, d’une patience angélique et il a une vraie passion pour l’histoire. Dans la dernière émission, sur l’enfant du temple, je ne sais pas si cela était perceptible à l’image, mais nous étions tous très émus de recevoir Alain Decaux . C’est essentiellement grâce à lui que nous aimons l’histoire les uns les autres et nous le regardions ébahis comme des gamins devant un gâteau à la crème ! Stéphane est donc parfaitement à sa place dans une telle émission. On sent qu’il jubile de se trouver là. C’est aussi mon cas !

Quels seront les prochains sujets développés dans l’émission ?

Nostradamus et Judas. Vaste programme !

Quels sont tes autres projets ?

Je collabore à bien d’autres revues qu’à l’ Obs, je fais une chronique sur RFI tous les lundis.et Secrets d’Histoire est une activité assez accaparante. Donc actuellement, je ne dispose pas d’une minute pour écrire un livre N° 2. Mais j’ai un sujet en tête !

À quand la suite d’ »Histoires D’os » ?

J’aurais vraiment sous la main de quoi faire une version internationale d’ histoire d’os, tant on m’a signalé d’histoires amusantes depuis ce premier livre. Mais j’ai déjà passé près d’une année six pieds sous terre pour écrire ce bouquin et je dois dire que je serais assez contente de passer à autre chose. De plus, ce qui fut vraiment amusant c’était de réfléchir à la présentation de ce livre (classement de mes trouvailles organiques en pièces nobles, second choix et bas morceaux et de partir en quête du Graal de la relique profane dans l’hexagone). Maintenant que cela est fait, écrire une version internationale avec le même procédé ne m’amuserait certainement pas autant !

Qu’est-ce que je peux te souhaiter ?

Que ça continue comme cela !

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Sur Discordance: [ La chronique.->373]

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A propos de l'auteur

Image de : Normande bientôt trentenaire, intervieweuse en pointillé, en particulier dans le domaine musical ou littéraire. Sais coudre et tricoter, jouer de la batterie et organiser des tournées. Bah oui, on peut avoir l'air cool ET broder, surtout si on en fait son gagne pain : http://www.broderieduphare.kingeshop.com

2 commentaires

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  1. 1
    le Mercredi 25 mars 2009
    jean-marie a écrit :

    je suis « secrets d histoire »de Toronto,tous les
    Mardi soirs,a 23h30.
    Je suis toujours au rendez-vous…
    Felicitations!

  2. 2
    Stedim
    le Jeudi 3 janvier 2008
    Stedim a écrit :

    Interview très agréable à lire !

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