Album de Famille

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Album de Famille est une pépite dénichée dans le Off du Festival d'Avignon. La mauvaise nouvelle, c'est que le Festival est fini. La bonne nouvelle, c'est que vous pourrez voir ce spectacle dès le mois de septembre à Paris.

Album de Famille est un spectacle musical qui raconte la vie d’une famille composée du père, de la mère, et de leurs deux enfants. L’histoire suit un ordre chronologique, de la naissance du premier garçon à l’arrivée de sa petite sœur qui déclenchera disputes et jalousies, des crises d’adolescence à leur départ du cocon familial pour voler de leurs propres ailes. C’est un spectacle de théâtre en chanson. Le texte de cette création repose principalement sur des chansons populaires dont le thème est la famille. Ces vingt et une chansons invitent le spectateur à s’identifier aux différents personnages, les mémoires individuelles et collectives étant ainsi sollicitées. Les souvenirs refont surface au fur et à mesure du spectacle, et on se surprend à sourire, à rire ou même à avoir la chair de poule.

Le décor est très simple. Quatre cubes noirs qui vont représenter symboliquement un banc, un landau, une voiture ou un canapé. Le fond noir et le jeu d’éclairage mettent en valeur les costumes vintage colorés des personnages. Jaune, vert, rose, des couleurs flash qui s’accordent parfaitement pour créer une atmosphère acidulée. Les comédiens chantent et jouent dans une complicité palpable. Les enfants grandissent, les parents vieillissent, et l’amour reste intact au fil des ans. Album de Famille est un hymne à l’amour. Il montre que la vie est faite de petits bonheurs qui sont décrits avec beaucoup de justesse. À voir en famille, ou entre amis, ce spectacle est touchant par son authenticité.

Entretien avec Isabelle Turschwell, co-metteur en scène et comédienne.

Vous avez plusieurs casquettes dans le spectacle ?

Je suis co-metteur en scène avec Lauri Lupi. La directrice de la compagnie Mariline Gourdon joue le rôle de la mère. Et il se trouve que je l’ai remplacée pour onze dates à Avignon.

Album de Famille, c’est du théâtre et des reprises de chansons françaises. Comment décririez-vous ce spectacle ?

C’est un spectacle de théâtre en chanson, c’est-à-dire que l’on dialogue en chantant. Il retrace vingt-cinq ans de la vie d’une famille à travers vingt et une chansons francophones. Ça commence à la naissance du premier enfant jusqu’à l’âge adulte des deux grands enfants. C’est un spectacle tout public à partir de 3-4 ans jusqu’à no limit pour les plus âgés. Le répertoire est assez vaste. Pour les plus connus, il y a Reggiani, Jonasz, Nougaro, Brel, Dutronc. Et dans les chanteurs plus récents, il y a Vollo, David Sire, Philippe Lars, Les Fatals Picards, et j’en oublie.

Quelles sont les valeurs que vous souhaitez transmettre à travers Album de famille ?

On n’essaie pas vraiment de transmettre des valeurs. On a créé ce spectacle d’une manière très instinctive. On avait envie de raconter la famille dans ses moments de joie, dans ses moments de peine. On a essayé de retracer ce qu’on a pu vivre chacun au sein de sa famille. On ne transmet pas des valeurs, mais plutôt des émotions. C’est un spectacle qui fait beaucoup rire, parce que les gens se reconnaissent dans des situations loufoques et très classiques que l’on peut vivre lorsque l’on devient parent.

Comment vous est venue l’idée de monter ce spectacle ?

C’est Mariline Gourdon qui avait très envie de monter un spectacle sur la famille. On avait déjà monté il y a dix ans un spectacle sur le couple et la bouffe sur la même forme avec des reprises de chansons et du dialogue chanté, et pratiquement pas de paroles parlées. Ça s’appelait De la bouche à l’oreille et ça traitait de l’histoire d’un couple qui se rencontre à la maternelle et l’histoire se terminait à l’âge adulte. Ça pourrait être la première partie d’Album de famille avec les enfants de ce couple. Moi je suis tombée enceinte, et quand elle m’a parlé de ce spectacle sur la famille, j’ai vraiment eu l’envie à ce moment-là de participer à ce projet. Nous nous sommes vraiment inspirés de nos vies.

Tous les comédiens ont-ils participé à l’écriture du projet ?

Image de ALBUM_FAMILLE_004bis_Jaco_Bidermann Ça a commencé avec Mariline, on a écouté beaucoup de chansons. Sur deux cents chansons, on en a sélectionné une soixantaine. Je les ai fait écouter à Lauri qui allait être le co-metteur en scène, et là, on a construit une histoire avec vingt et une chansons. On a imaginé quatre personnages, le père, la mère, le fils et la fille, et on savait à ce moment qui allait chanter quoi. Les comédiens se connaissaient déjà. Mariline et moi on se connaissait depuis le lycée. Lauri est un ami à Mariline. J’ai connu Camille Voitellier qui joue la fille à l’école de formation d’acteur Claude Mathieu d’où je viens et d’où Lauri vient aussi. C’est quelqu’un que j’admirais comme comédienne et chanteuse et avec qui j’avais énormément envie de travailler. Ruben, qui joue le rôle du fils, jouait dans De la bouche à l’oreille avec Mariline. Et Philippe Gouin, le père, c’est quelqu’un avec qui j’ai travaillé dans la troupe d’Omar Porras au Teatro Malandro. C’est une troupe suisse, le metteur en scène est colombien. On travaillé pendant deux ans sur le spectacle Ay!QuiXote qui a eu une grande tournée internationale. C’est quelqu’un avec qui j’avais aussi envie de travailler.

Donc vous vous connaissiez déjà avant Album de Famille. Est-ce que ça vous a demandé beaucoup de travail de monter le spectacle ?

La difficulté une fois les chansons sélectionnées et l’histoire plus ou moins écrite, c’était de trouver deux garçons qui soient comédiens, chanteurs, et guitaristes. Et puis trouver deux comédiennes qui soient à la fois comédiennes, et chanteuses. Il y d’abord eu un travail vocal et musical. Les comédiens ont dû apprendre toutes les chansons, travailler sur les arrangements musicaux. Et ensuite, il y a eu un mois de répétition sur le plateau à raison de sept heures par jour. Pas plus, parce que chanter plus de sept heures pas jour, ça devient difficile pour les cordes vocales.

On sent que le jeu des comédiens est rigoureux.

Effectivement ! Je suis assez cartésienne, et j’avais envie de quelque chose de précis et de carré. En tant que comédienne, j’adore quand je jeu demande beaucoup de précision. Je pense que lorsqu’on possède cette précision, ça nous donne une immense liberté.

Ce spectacle laisse-t-il de la place à l’improvisation ?

Oui, il y a plusieurs parties d’improvisation, par exemple toutes les parties parlées. Il y a des moments d’improvisation au début entre les deux vieillards vieux, ensuite entre les deux adolescents, puis au moment où le fils revient, et enfin au repas de famille. Il y a un fil conducteur, on sait où on va, mais c’est différent à chaque représentation. Et l’impro de toute fin où chaque personnage va dans le public et interpelle une personne. Il y a des choses qui marchent que l’on reprend le lendemain, et qui des fois ne marchent pas forcément le lendemain. Les spectateurs n’ont pas les mêmes réactions, ce qui est tout à fait normal puisque chacun a une sensibilité différente.

Avez-vous délibérément choisi de ne pas parler de sujets plus durs qui se passent souvent au sein de la famille ?

On m’a souvent posé cette question. Ce spectacle est inspiré de nos histoires respectives. Personnellement, j’ai eu une enfance très heureuse. On peut nous reprocher d’idéaliser la famille dans ce spectacle, mais c’est que j’avais envie de raconter. J’étais dans un moment où je ne vivais que du bonheur avec l’arrivée de ma fille. La famille, ce sont des moments de joie, mais aussi des moments douloureux où les enfants quittent la maison. On aborde aussi la mort avec l’enterrement de la grand-mère, la séparation des parents lorsque l’enfant est petit. C’est vrai que je n’avais pas envie de parler de sujets plus graves comme l’inceste. Une chose est certaine, les gens qui ressortent du spectacle sont touchés parce qu’ils se sont retrouvés dans l’un ou l’autre des personnages. Ce spectacle est un moment de bonheur, pour passer un bon moment en famille ou entre amis.

Avez-vous des projets pour l’après-Avignon ?

70 représentations sont programmées au Ciné13, le théâtre de Salomé Lelouche à partir d’octobre 2010, du mercredi au dimanche. Pour la période de janvier à juin 2011, nous avons des dates de tournée. Et on espère qu’Avignon va nous donner des dates pour le Festival de l’année prochaine.

Travaillez-vous sur un nouveau projet, un troisième volet avec les parents qui deviennent grands-parents par exemple ?

On ne sait pas encore quelle va être la prochaine création. On aimerait continuer l’aventure, non plus à quatre, mais à six comédiens. Ça pourrait s’appeler Pièce rapportée, qui serait sur le thème de la famille, mais avec les beaux-frères et les belles-sœurs qui arriveraient. Pour l’instant c’est une idée. Notre priorité est pour l’instant de faire vivre Album de famille un maximum et on verra pour la suite.

Crédits photo : Julien Voisin et Jaco Bidermann

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En savoir +

Compagnie du Sans Soucis

Avec Mariline Gourdon, Camille Voitellier, Philippe Gouin et Ruben

Metteurs en scène : Isabelle Turschwell et Lauri Lupi

Eclairagiste : Jaco Bidermann

Scénographe et costumière : Magali Murbach

Pour les voir :

Théâtre des Béliers en Avignon du 8 au 31 juillet 2010

Théâtre Ciné 13 à Paris du 6 octobre 2010 au 8 janvier 2011

Espace Saint-Jean à Melun les 27 et 28 janvier 2011

Pays Pévèles par les Concerts de Poche le 19 mars 2011

A propos de l'auteur

Image de : Après une courte et intense carrière dans le monde du marketing, Anne-Laure s'est lancé dans la grande aventure! En 2009, elle intègre l'Institut des Métiers de la Communication Audiovisuelle en Avignon, et sait à présent manier avec dextérité caméras, appareils photos, microphones et bancs de montage en tous genres. Elle apporte son soutien journalistique à la rédaction de radio Raje en Avignon en réalisant interviews et chroniques. Discordance, elle l'a vu naître et grandir, faire ses premiers pas sur la toile, et participe de manière épisodique à son contenu rédactionnel. Bref, vous l'aurez compris, Anne-Laure touche à tout, l'image, le son, l'écriture, mais elle aime aussi les éclairs au café, qu'on lui raconte des histoires d'amour, le Japon, l'accordéon, les abricots, les sorties en raquettes, les jeux de société, les voyages (pas organisés), les apéros entre amis, le clafoutis aux cerises et le bon vin.

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