Airbourne – No Way but the hard way

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C'est un peu le retour de tous les dangers pour les Australiens d'Airbourne annoncés un peu partout et après un seul album comme des futures machines à remplir les stades du Monde entier. Il faut avouer que chez eux le potentiel est énorme et que sans vouloir vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué, l'avenir du quatuor s'annonce radieusement électrique.

Airbourne Tour 2010

Le premier album était une pure décharge d’adrénaline. Onze tubes défilant à la vitesse de l’éclair. Le genre à se le repasser en boucle en ressentant à chaque fois cette excitation primaire quasi intemporelle qui est la marque des grands disques. Après un tel succès, des premières parties prestigieuses (Motörhead, Motley Crue), une tournée mondiale et même la participation de Lemmy himself à l’un de leur clip, pas facile de transformer l’essai. No guts, no Glory vient de sortir et à l’occasion de la venue parisienne des deux frères O’Keeffe nous avons posé quelques questions à Ryan, batteur de son état au cours d’une interview au concept assez révolutionnaire et qui a dû beaucoup le surprendre puisqu’à aucun moment il n’y a eu la moindre référence à qui vous savez.

Pour la dernière session promo de la journée, on aurait pu s’attendre à une certaine lassitude de sa part, mais visiblement parler de son nouvel album et de son groupe cela a l’air d’être tout sauf une corvée pour ce jovial Australien à l’accent impossible.  Si pression il y a, cela n’a pas l’air de l’affecter plus que ça. D’ailleurs à l’entendre l’enregistrement de l’album fut une véritable partie de plaisir. « Quand on a enregistré l’album, on a cherché à avoir un son plus brut, plus live. Il y avait toujours beaucoup de bruits dans le studio. Nous enregistrions les fenêtres grandes ouvertes pour essayer de capter les rumeurs de l’extérieur. Cet album est plus dynamique que le précédent, avec des passages à la fois beaucoup plus rapides et d’autres, plus lents. Il est plus massif. » Pour le composer, le groupe a loué le Criterion Hotel, le pub où ils ont débuté et qui a malheureusement été ravagé par un incendie il y a peu. Une façon de retrouver leurs racines après des mois de tournée ? « Oui tout à fait. C’était l’occasion de se poser, de réunir toutes les idées que nous avions eues sur la route et de les travailler ensemble. Cela a été un album assez fun à composer, même si un deuxième album représente toujours un gros challenge. Mais nous n’avons pas eu d’autre pression que celle que nous nous sommes mise nous-mêmes avec Joey. »

Image de Airbourne - No Guts No  Glory Enregistré à Chicago à l’aide du producteur Johnny K (3 Doors Down, Staind), le processus a eu l’air d’être une expérience assez communautaire. « Nous dormions tous les quatre dans le studio, à côté de nos instruments. » Ambiance colonie de vacances studieuse donc. « Ce que Johnny a apporté à l’album, c’est un son beaucoup plus naturel et une façon d’enregistrer quasiment live, sur des bandes analogiques. » Old school quand tu nous tiens…

L’écoute de l’album confirme les propos de Ryan. Le son d’Airbourne a clairement progressé. Il ne s’agit pas ici de révolution, mais plutôt d’une évolution vers un son plus brut et moins produit qui souligne encore plus la cohérence et la précision de la section rythmique, véritable clé de voûte du groupe. Si No Guts, no Glory, ne contient pas d’hymnes du calibre de Stand up for Rock’n roll, Runnin’ Wild, Blackjack ou Too Much, too young, too fast, il reste d’un bon niveau avec quelques petites perles qui risquent de très vite devenir des classiques (No way, but the hard way, Raise the Flag, Blonde, Bad, Beautiful). Mais le groupe a-t-il pu vraiment faire ce qu’il voulait sur ce second opus ? En phase de promo, Ryan n’allait bien sûr pas nous dire le contraire, mais ses multiples dénégations sur d’éventuelles implications extérieures avaient des accents de sincérité. « Cet album est absolument, définitivement et à 100% celui que nous désirions qu’il soit. Il y a eu bien sûr d’intenses débats entre Joel et moi, mais nous mettons tellement d’énergie et de passion dans ce que nous faisons, que si d’autres nous obligeaient à faire des choses que nous n’aimons pas, nous arrêterions tout de suite. »

Airbourne n’en est qu’au début de sa carrière et pourtant déjà on n’imagine pas qu’un jour les Australiens puissent faire autre chose que du Airbourne. Une perspective assez rassurante qui leur évitera de faire comme beaucoup trop de groupes de rock qui après s’être taillés une solide réputation se sentent souvent obligés de se la jouer intello en tentant de nouvelles directions musicales avant de revenir bredouille à ce qu’ils savent faire le mieux. Et lorsqu’on lui pose la question, Ryan nous rassure d’emblée : « Le groupe restera toujours fidèle à ce qu’il fait le mieux et à ce qu’il aime le plus. Si nous changions de formules, nous ne serions pas crédibles. C’est une histoire de passion. Nous croyons et nous défendons sincèrement le rock’n roll que nous jouons. Nous avons grandi avec, c’est ce que nous savons faire et ce serait impossible pour nous de changer. »

Ce qui est assez frappant chez Airbourne c’est cette capacité à se mouvoir aux frontières du kitsch sans jamais franchir la ligne rouge avec des mimiques et des postures assez improbables, mais qui bizarrement chez eux passent comme une lettre à la poste. Au final, cela est même devenu la marque de fabrique du groupe, à l’instar de la pochette du nouvel album, un concept à elle toute seule, qui n’est pas sans rappeler l’artwork des disques d’Iron Maiden truffés de clins d’œil en tous genres. « Nous voulions quelque chose de plus percutant qu’un simple nom sur une pochette, avec plus de profonde Nous voulions illustrer certaines de nos chansons. Il y a des références au premier album, à certains des titres de No Guts. La comparaison avec les pochettes d’Iron Maiden est assez bonne en effet… »

It’s a long way to the top, chantait Bon Scott, et pourtant tout a eu l’air si facile pour Airbourne que ça en est déconcertant. Alors quand Joey chante « No Way but the hard way« , c’est juste pour la frime ou était-ce vraiment si dur que ça d’en arriver là aujourd’hui ? « Dans les premières années du groupe, c’était une phrase que nous nous répétions pour nous donner le courage d’avancer lorsque ça devenait vraiment dur. Une sorte de blague entre nous, qui nous redonnait le moral. Cette chanson est un clin d’œil à cette époque. Mais dans l’ensemble les choses se sont plutôt bien passées en ce qui nous concerne. »

Image de Ryan O'Keeffe - Photo par Chris Tovo Visiblement Airbourne c’est avant tout une histoire de famille. Celle des frangins O’Keeffe. De Joel le grand frère (guitare / chant) et de Ryan le métronome charpentier. Mais n’est-ce pas parfois compliqué de travailler en famille ? « Oh non absolument pas. Ça fait 10 ans que nous jouons ensemble. Nous avons les mêmes buts, nous avons les mêmes envies pour la suite. À aucun moment nous n’avons laissé quoi que ce soit se mettre en travers de notre chemin« . Et s’il devait décrire son grand frère en un seul mot, Ryan choisirait sans hésiter celui de « cascadeur« . Les prouesses acrobatiques de Joel sont d’ailleurs devenues l’une des marques de fabrique du groupe à tel point qu’il devient difficile de concevoir un show d’Airbourne sans le voir la tête en l’envers et les pieds suspendus à la plus haute structure métallique de la salle. On imagine sans peine les sueurs froides des autres membres du groupe, du management, des assurances et du promoteur. Sans parler de celle de Maman O’Keeffe. Ryan philosophe tente de relativiser. « Joel est portée par la foule. Quand le public commence à devenir fou, ça le transcende et ça lui donne envie de faire tout ce qui peut lui passer par la tête. On espère bien sûr qu’il ne se fasse jamais mal… » Et le reste de la famille O’Keeffe ? Ont-ils toujours soutenu les rêves de rock star de leur progéniture ? « Ils ont vu qu’on y mettait tellement de passion et d’énergie qu’ils ont compris qu’on était très sérieux dans ce que nous faisions. »

Avec un tel leadership ouvertement assumé par les deux frangins, ça ne doit pas être facile tous les jours pour les deux autres membres du groupe de trouver leur place. Alors Airbourne, démocratie ou frérot-cratie ? « Airbourne est une démocratie dans la mesure où Joel et moi passons beaucoup de temps à discuter avec David et Justin des décisions à prendre à propos du groupe pour être sûr que chacun de nous puisse donner le meilleur pour le groupe« . Mouais, on va dire comme ça, même si à travers cet entretien il apparait assez vite qui porte la culotte (d’écolier) au sein du groupe…

Mais Airbourne c’est avant tout une redoutable machine de guerre à botter des culs en live. « Jouer le concert, comme si c’était le dernier« , l’un des lieux communs les plus fameux du rock, trouve une nouvelle vie dans les prestations de plus en plus hallucinantes du groupe. Ces 4 là aiment la scène. Ils aiment tourner. C’est leur vie. Ils sont programmés pour. D’ailleurs, les festivals se les arrachent, ils seront cette année au Hellfest et aux Eurocks, et se paient même le luxe d’un concert en tête d’affiche au Zénith de Paris en cette fin de semaine. Si la tournée précédente était déjà impressionnante, celle-ci s’annonce encore plus compacte et éprouvante avec 24 mois non-stop à parcourir le monde. Un rythme de stakhanoviste qui a déjà épuisé et fait exploser bon nombre d’autres groupes. Est-ce donc vraiment raisonnable de s’imposer une telle cadence ? « Sur la précédente tournée, Joel avait attrapé des notules sur les cordes vocales et nous avions été obligés d’annuler plusieurs dates. Pour cette tournée, nous allons être plus vigilant et faire plus attention à notre environnement et à notre rythme. » Et quid de la vie sur la route, loin des siens ?  « J’aime être sur la route. Je vis pour tourner et faire des concerts. C’est un rêve de pouvoir voyager à travers le monde, et de jouer dans tant d’endroits différents. Là je suis à Paris, dans quelques jours ce sera le Canada, puis les US et l’Angleterre. C’est quelque chose que j’aime sincèrement. » Et que nous réservera ce nouveau show ? « Une grosse production avec beaucoup de Marshalls et beaucoup de rock’n roll« .

Image de Airbourne Être une rock star, ça a donc l’air d’être le truc le plus fun du monde. Mais vu de l’intérieur est-ce vraiment le cas ? « Après deux albums, je ne me qualifierais pas de rock star. Mais être en tournée permanente, jouer chaque soir et avoir de l’alcool gratuit, ça résume parfaitement ce que nous aimons faire. Ce qui me ferait arrêter le rock ? Un camion peut-être… Mais en fait non, je crois que rien ne me fera arrêter. Absolument rien. »

On l’aura donc compris, même si en vérité cela ne faisait aucun doute, nos quatre Australiens sont exactement là où ils veulent être et ils vivent leur rock’n roll dream à plein régime en cramant les étapes. Le fantasme de la liberté absolue qui fascine et qui attise. La section rythmique irréprochable, les chansons taillées pour être reprises à gorge déployée par des milliers de personne, cette joie si simple et tellement pure qu’arrive à inspirer le rock’n roll, c’est la formule imparable d’Airbourne dont Ryan finira par nous donner la recette à la fin de cet entretien : « Le secret d’un bon morceau de rock ? Une rythmique solide, des paroles qui tiennent la route, des chœurs bien catchy et au final c’est le public qui décidera si la chanson est bonne ou non. L’un des ingrédients principaux c’est avant tout la passion que tu peux y mettre. Si tu l’as, tu pars déjà sur de bonnes bases« .

Amen.

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Image de : Fondateur de Discordance.

1 commentaire

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  1. 1
    le Lundi 29 mars 2010
    Les Frocs Moulants a écrit :

    Merci pour cet article

    Un groupe qui fait énormément de bien et possède un bon esprit contagieux en live ! ils représentent à merveille l’esprit d’un certain Rock’n Roll flamboyant !

    Merci à eux, ils sont à suivre de trés trés près et on croise les doigt pour qu’ils n’explosent pas en vol

    Oh Yeahhhhhhh

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