Inglorious basterds

par |
On s'en doutait depuis quelques films, mais celui-ci ne fait que confirmer nos doutes : Quentin Tarantino est un génie, et avec Inglorious Basterds, il nous livre un chef d'oeuvre. Plus qu'un enfant terrible du cinéma, il faut un grand maître pour prendre un sujet tabou comme la France sous l'occupation, et le filmer tout en le dégonflant, sans le dédramatiser. Tout en subtilité et en finesse par ses sous-entendus, et pourtant vibrant de stéréotypes pour mieux les subvertir, Inglorious Basterds est déjà un film culte.

arton1256_copieDans une France occupée par les Nazis, avant le débarquement, les Américains décident d’envoyer un petit commando composé de Juifs Américains pour dérouter les Allemands et leur rendre leur monnaie de leur pièce. Scénario a priori déjanté, à quoi on ajoute le buzz qui suit le film depuis des mois (bande-annonce tonitruante, nominé à Cannes, mais non récompensé), ce qui fait qu’on attend beaucoup de ce film, sans vraiment savoir à quoi s’attendre.

Truffé de références, de mises en abyme, de plans en surplomb, Inglorious Basterds souffre difficilement l’analyse. Ce qui transparaît, c’est que Tarantino aime faire des films, aime le cinéma, et grâce à Inglorious Basterds, lui rend un bel hommage : le premier teaser ne le montrait-il pas en train de s’exclamer « Because we loooooooove making movies ! » ? Pour la petite histoire, Inglorious Basterds est, à la base, un film de guerre italien, Quel Maledetto teno blindato de 1978, commercialisé aux États-Unis sous le titre The Inglorious Bastards . Fan absolu de ce film, cela fait 6 ans que Tarantino travaille au scénario d’un remake. qui finalement ne semble plus avoir grand-chose à voir avec l’original, si ce n’est le contexte historique !

À défaut de fuir la comparaison, le réalisateur préfère forcer le trait en transformant chaque plan en référence à des films ou à des genres : du western-spaghetti, aux films français d’avant-guerre, de Duel au Soleil, à Full Metal Jacket, sans oublier Le Dictateur de Chaplin ni les James Bond, ou Les Sentiers de la Gloire . Tarantino ne semble pourtant pas être en train de jouer à « qui a vu le film ? ». Tout se trouve dans la nuance, le film rappelle sans imiter, rend hommage sans plagier : on peut voir une scène sans se poser trop de questions, elle ne prend que plus de sens quand on la reconnaît, en créant une complicité avec le réalisateur.

inglorious-bastards_copieLa mise en abyme du cinéma dans le cinéma atteint son paroxysme par la présence d’une salle de ciné au sein même du film : de notre siège, on regarde depuis derrière la caméra du projectionniste, la salle qui regarde le film (de guerre, en plus). Anecdote, le film en question intitulé La Fierté de la Nation (film de propagande nazie), a réellement été réalisé pour l’occasion sous forme de court-métrage, par un des acteurs même du film, Eli Roth (connu aussi pour ses Hostel ), qui joue le sergent juif Donny Donowitz.

Dans le genre du « film de guerre » Inglorious Basterds ne sera pas le premier, ni le dernier, mais Tarantino entre presque seul sur le terrain houleux de l’uchronie, qui pourra en rebuter plus d’un. Il prend des libertés en modifiant l’Histoire, en y insérant des personnages fictifs (Bridget von Hammersmark, Francesca Mondino) en les faisant côtoyer des personnages bien réels et pas des moindres (Goebbels, Hitler), heureusement il réussit très bien l’exercice. Mais rien ne semble pouvoir arrêter Tarantino dans son délire, car incohérences et énormités sont également de mise. Les Yankees débarquent, alors les stéréotypes aussi : tous les Allemands mangent de la choucroute et des strudels, les Américains sont des incultes à gros sabots, alors que les Anglais sont cultivés et méticuleux. Bref, Tarantino parodie les films de guerre traditionnels, l’Histoire et les moeurs, pour mieux servir son film, et surtout pour nous faire bien rire. À son habitude, il nous fait nous esclaffer dans un contexte qui n’a pourtant rien de bien drôle, sur des sujets extrêmement sensibles, comme un massacre à coups de batte, un compliment d’Hitler à Goebbels, sur les répliques exécrables du général SS joué par Christopher Waltz (qui, au passage, a bien gagné son César).

Chaque plan mérite qu’on s’y arrête, mais trop tard, on passe déjà au suivant, tout aussi sublime. En plus s’ajoute la bande-son, indescriptible, qui sert le film avec art, ce à quoi Tarantino nous avait déjà habitué. On retiendra surtout la scène où Mélanie Laurent se prépare sur fond de Putting out fire (David Bowie). anachronique, et alors ? Une seule envie nous prend en sortant du cinéma, retourner le voir.

Partager !

En savoir +

Site officiel : http://www.inglouriousbasterds-movie.com/

Pour plus d’info sur le film qui a inspiré Quentin Tarantino, The Inglorious Bastards http://www.imdb.com/title/tt0076584/

Pour plus d’info sur le court-métrage La Fierté de la Nation http://www.culture-cafe.fr/site/?p=1078

Bande annonce : http://www.youtube.com/watch?v=NNVlwIHqpzY de La Fierté de la Nation

A propos de l'auteur

Image de : Virgile n’a pas écrit Les Bucoliques, ni L’Enéide. Il n’est pas poète, encore moins latin et surtout pas mort. D’ailleurs, il n’est même pas un il. Reniant ses héritages classiques, Virgile connaît toutes les répliques d'Indiana Jones et la Dernière Croisade, loupe son arrêt si elle a le dernier Margaret Atwood entre les mains, et a déjà survécu sur des sandwiches cornichons-moutarde. Elle va avoir tendance à considérer la publicité comme une forme d’art, se transformant en audio guide dans les couloirs du métro, les salles de cinéma et même devant du mobilier urbain qui n'en demandait pas tant. Outré, Virgile le poète s’en retourne aux Enfers pendant que Virgile l'anachronisme rêve d'embarquer pour un aller simple destination Osaka. Pour plus d'info: http://www.twitter.com/_Virgile

Aucun commentaire

Abonnez vous au Flus RSS des commentaires

Réagissez à cet article