InFiné Live à la Gaîté Lyrique

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Le label lyonnais se voyait offrir une semaine de carte blanche dans la nouvelle place-to-be parisienne. Point culminant, la soirée du samedi, avec une brochette d'artistes maison se produisant en live.

InFiné a été fondé en 2003, par Sébastien Devaud et Alexandre Cazac. Huit ans, c’est peu, c’est aussi énorme pour une maison de disques indépendante comme il en naît et en meurt chaque semaine. C’est aussi le temps qu’il leur a fallu pour tisser leur toile entre Berlin, Lyon, Paris et New York, avec des artistes cosmopolites et une musique à la confluence des genres, où l’électro croise le piano à queue. Et ça marche. D’ailleurs, Paris s’est visiblement donné le mot et ça commence à se savoir, que la Gaîté fait du bon clubbing. Soyons fous, on pourrait presque y voir le Retour du Samedi Soir. Ouais.

Cela dit, ça commence molo vers 22h avec Manvoy de Saint Sadrill (non, ce n’est pas son vrai nom), inconnu au bataillon, qui, nous dit-il, est passé directement du bidouillage d’instruments et de macbook dans sa chambre à la scène hypissime du moment. Ça se sent un peu, il faut bien le dire : le bonhomme n’est pas très à l’aise, ses tentatives de blagues tombent à plat, et à force de donner dans l’hyper-théâtral il finit par faire vraiment faux. Musicalement cependant, il donne envie d’y revenir (son album est en préparation), même s’il semble pour l’instant un peu trop pris dans ses références, qu’il rappelle trop explicitement. Voix aiguë, accompagnement au piano par le musicien de formation classique Camille Durieux, thèmes alambiqués, et voilà convoqué Antony Hegarty, présence envahissante d’autant que la comparaison n’est guère favorable à Manvoy. Parfois, il se rapproche plus d’un Damien Saez avec sa dramatisation cheap, mais on sent une grande maîtrise derrière tout ça, quelque chose en devenir qui a surtout besoin de mûrir encore un peu.

Bachar Mar-Khalifé, lui, semble justement avoir atteint une pleine maturité. D’origine libanaise, issu d’une famille de musiciens, il a d’abord percé comme concertiste dans des orchestres institutionnels prestigieux (l’Ensemble intercontemporain, Radio france) avant de se muer en homme-orchestre technologique. C’est d’abord sa virtuosité qui impressionne, cette facilité à jouer en même temps du piano (fort bien), du synthé (avec l’autre main), des percus, tout en se samplant avec les pieds. Ah, et il chante aussi, en français et en arabe. C’est pointu, fascinant, empli d’influences qui vont du jazz à la techno et terriblement personnel, unique. Prétentieux, diront certains. Mais à ce niveau-là c’est quelque chose qu’on peut se permettre. Les textes sont très écrits, volontairement poétiques, ce qui est toujours un choix un peu casse-gueule, et pourtant rien n’est de trop. Superbe, tout simplement.

Il est minuit, et il est désormais plus que temps de s’échauffer les gambettes. Arandel a pourtant bien failli nous faire croire qu’on passerait toute la nuit couchés par terre à se remplir les oreilles de musiques calme. Ils sont quatre sur scènes, avec deux macs, un piano et un sax. Là encore, on joue à plein sur le mélange de l’acoustique et de l’électronique, sur cette idée de faire des blips et des beats techno avec des instruments classiques et même connotés jazz, chauds. C’est une tendance lourde en électro en ce moment (voire par exemple le nouvel album de la géniale Micachu) et c’est hyper intéressant et stimulant. Surtout quand Arandel fait monter la sauce et se lever tous ses mollusques pour les faire danser. Le ton de la deuxième partie de la nuit est donné (Arandel sera suivi de trois sets électro mais Discordance était déjà partie se coucher, la honte) – dance dance dance, comme disait l’autre.

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Le site d’InFiné : http://www.infine-music.com/

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Image de : Live from Paris

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