Indochine – Interview avec Oli de Sat

par Arno Mothra|
Alors que La République des Meteors, nouvel album d'Indochine sorti le 9 mars dernier, continue son explosion sur notre planète, un entretien s'imposait avec Oli de Sat, co-compositeur et guitariste du groupe.

A travers La République des Meteors, vous partez d’un concept autour de lettres de soldats de la guerre 14-18 envoyées à leurs proches. Pour ce disque, Nicola et toi avez mixtionné des paroles rétrogradant un siècle en arrière à des sonorités presque futuristes, sorte de rock industriel et de pop électro-acoustique. Que vouliez-vous créer à travers ce décalage ? Une manière de signifier que nous ne pouvons vivre sans le passé, ou qu’en le rechignant il finira bien par nous rattraper ?

oli7-2Nous n’avons pas véritablement réfléchi sur la production de cet album. Nous avons commencé l’écriture en septembre 2007, nous sortions à peine de la session de mixage du DVD Alice & June tour . Donc peu de répit pour se ressourcer, écouter de nouvelles choses etc.
Effectivement, Nicola s’est intéressé à la Lettre de Sophie Calle, puis par extension au thème de la séparation, de l’absence. Par contre, dans Indochine, l’écriture des textes se fait quand la
musique est déjà composée voire produite. Nous ne voulons en aucun cas que la musique ait un rapport direct avec les textes. Cette manière de voir les choses permet d’avoir des titres comme Playboy ou Union war . Un décalage extrême entre les paroles et le play-back.

Concernant la production pure, effectivement, je pense que cet album résume bien la carrière d’ Indochine . Des sonorités électro voire indus mêlées à des instruments acoustiques (ukulélé, toypiano, glockenspiele, etc.) Cette diversité a toujours existé dans les albums d’ Indochine, même si Alice & June était beaucoup plus concentré sur les guitares électriques.

Dans le titre Republika, vous semblez établir également un parallèle avec notre société actuelle, sur une jeunesse en perte d’illusions, de repères. Quelle est ta vision de ce texte ?

Ici aussi, le texte est venu après la musique. C’est un morceau que j’ai composé quand j’étais seul en studio. Nicola est rentré le lendemain soir et a trouvé cette mélodie voix imparable dès la première écoute. Peut-être est-ce cette spontanéité qui donne au morceau un côté « hymne ». Sans donner de leçon, le texte explique surtout que de nos jours, nous n’avons pas trop le choix que de vivre dans cette république, mais pour autant, il ne faut pas être dupe des politiques. Aujourd’hui, le monde a deux faces. Ceux qui arrivent à profiter des autres. Mais j’ai l’impression que la nouvelle génération n’est pas du tout dupe, ce qui explique peut-être l’inquiétude des adultes !

Pour la première fois depuis bien longtemps, vous n’avez pas mis en ligne d’extraits de l’album pendant sa période de réalisation. D’ailleurs rien n’a filtré sur Internet avant la sortie officielle. Souhaitiez-vous préserver l’effet de surprise ou aviez-vous peur de décevoir le public en tentant une nouvelle évolution ?

Nous avions juste mis en ligne un extrait de quelques bribes de morceaux durant l’écriture de l’album. Mais nous voulions surtout garder la surprise, et laisser au public la sensation que nous connaissions, il y a encore peu de temps, à l’achat d’un nouveau CD. Cet album est devenu conceptuel, alors qu’il ne devait pas l’être. Impossible donc de laisser passer des titres hors de leur contexte. Il m’est arrivé quelques fois de télécharger des titres d’artistes avant la sortie légale, et finalement, cela dessert la musique. Elle n’a pas le même goût et semble avoir moins d’importance que lorsqu’on attend impatiemment un album et qu’on le savoure de bout en bout. Nous sommes encore surpris aujourd’hui d’avoir réussi à ce qu’il n’y ait aucune fuite !

La batterie et les percussions sont beaucoup plus brutes que sur les trois dernières productions d’Indochine – Dancetaria / Paradize / Alice & June – déjà fortement ancrées dans la musique industrielle et le rock synthétique. Souhaitiez-vous un aspect plus live, plus direct, mélangé à l’acoustique ?

indo4alixm-3Si j’avais une volonté pour cet album, c’est bien qu’il sonne plus brut avec beaucoup moins de machines qu’ Alice & June . François, le batteur du groupe, a fait des prises excellentes car libéré des loops trop présentes sur les albums précédents.

Idem pour les guitares, elles ont été enregistrées directement à l’ampli sans rebidouiller le son ensuite. Ce côté brut donne plus de matière au son et surtout, confère aux textes une véracité intéressante. Toutefois, l’électro n’est pas loin, comme dans Playboy ou Go Rimbaud GO !

Tu as d’ailleurs incorporé dans les compositions des instruments inédits dans l’univers d’Indo, comme le ukulélé ou l’accordéon, ce dernier étant uniquement présent dans le titre La guerre est finie en 1992. Quel a été le déclic ? Des changements d’environnement ?

Il n’y a pas eu véritablement de déclic. Mais je suis toujours à la recherche de nouveau son. Que ce soit des sons électroniques ou acoustiques. Donc nous avons acheté un ukulélé, un toypiano, un accordéon, une scie musicale. pour s’amuser et trouver des sons encore peu utilisés chez Indochine . J’aime avoir une approche sauvage des instruments ; ne pas faire appel aux instrumentistes mais plutôt cultiver un côté bancal, mal joué, faux de ce genre d’instruments. Ces « jouets » étaient présents principalement sur les premières compos. Mais nous n’avons rien retouché de celles-ci même en fin d’écriture.

N’est-ce pas un peu risqué de présenter ce nouvel album par Little Dolls, single efficace mais plus pop, voire assez éloigné de la couleur des deux albums précédents ?

Un single est toujours difficile à choisir. Encore plus pour cet album très éclectique. Entre Les aubes sont mortes, Le grand soir ou Playboy, l’éventail est large. Nicola adore Little Dolls et la maison de disques trouve effectivement qu’il accroche bien à la première écoute. Il ne faut pas se leurrer, un single n’existe que pour faire vendre un album, donc il faut faire un peu confiance au Label, c’est leur métier ! Playboy sera le deuxième single. Très électro, avec un texte rock, je
suis content de ce choix. Enfin un peu de second degré dans les textes français !

Un ange à ma table est interprété avec Suzanne de Pravda. Parle-nous de ce duo, que certains renvoient à Punishment park .

La collaboration de Suzanne et celle de Juliette Binoche n’ont rien à voir. Juliette est actrice, elle a posé une voix et c’est tout. Suzanne est musicienne, bassiste et écrit des textes. Au départ, Un ange à ma table (qui avait comme nom de code Ginseng lors de l’écriture) n’était pas retenu dans les titres définitifs. Avec Nicola, nous le trouvions un peu lourd et n’arrivions pas à le faire décoller. Même s’il n’y avait pas encore de texte écrit par Nicola, il n’était pas retenu. Suzanne est passée pour éventuellement travailler sur des textes. A l’écoute de ce titre, elle a accroché et s’est proposée d’écrire. Le résultat est sur l’album ; tout comme pour Pink water (qui ne devait être au départ qu’une collaboration écrite avec Brian ), nous lui avons proposé de chanter un couplet. Tout de suite, le côté narratif questions/réponses sauvait le morceau. Suzanne a une dynamique dans la voix qu’on entend peu en France. les chanteuses françaises étant confinées dans des chuchotements insupportables !

Ce titre sortira d’ailleurs prochainement en single. Un clip est déjà tourné ?

Deux réalisateurs de renom (dont Richard Kern, que j’adore) travaillent sur un scénario pour ce titre. Il est prévu que ce soit le troisième single effectivement.

Vous avez également invité Chloé Delaume à l’écriture des Aubes sont mortes, ovni total chez Indochine flirtant avec un électroclash déstructuré, correspondant parfaitement à l’écrivaine autant pour les paroles que pour l’habillage en musique décalé. Qu’est-ce qui vous a amenés à travailler avec elle ?

indo3-2 Chloé est fan du groupe depuis longtemps (elle en a fait un livre d’ailleurs, La dernière fille avant la guerre [NDLR : chez Naïve sessions]). Elle devait déjà écrire un texte pour Alice & June mais ça ne s’est pas fait. Nicola l’a donc recontactée pour La République des Meteors . Les aubes sont mortes est un titre que Nicola apprécie peu mais les paroles de Chloé sont magnifiques. J’adore ce titre ; la lourdeur du morceau et ses guitares très compressées fonctionnent très bien avec l’univers de Chloé .

Un pur hasard si vos collaborations sur La République des Meteors sont toutes féminines ?

Il devait y avoir une collaboration masculine avec Coming Soon, pour une version anglaise de Junior Song . Mais nous n’étions pas satisfait de la voix de Nicola, donc pour l’instant cette version est restée sur un disque dur !

A l’époque, Nicola annonçait Alice & June comme un disque décisif dans le renouveau du groupe, abandonnant son adolescence pour des préoccupations plus adultes. C’est plus le cas de La République des Meteors finalement !

Un album est perçu de différentes manières, que ce soit par l’artiste, la maison de disques ou le public. Alice & June avait surpris par des textes sombres et peu optimistes. Paradize avait déçu la maison de disques avant sa sortie, car trop rock ! Concernant La République des Meteors, beaucoup pensent qu’il est plus mature, plus adulte dans les textes. Nous manquons encore de recul pour savoir de quoi est vraiment composé notre album ! Mais c’est la première fois que Nicola écoute le CD dans sa voiture. Donc, un pas est franchi !

Tu t’es d’abord fait connaître au sein d’Indo en remixant les singles de Dancetaria à ta sauce. Pourquoi es-tu moins impliqué qu’avant dans ce deuxième boulot ? Est-il plus compliqué de retoucher les morceaux que l’on a soi-même composés ?

Je suis toujours autant impliqué et fais au minimum un remix par single. D’ailleurs, les remixes qui n’ont pas vu le jour sur un support sont sur ma page myspace dédiée à cela. Mes projets plus « extrêmes » sont mis de côté pour un éventuel projet solo. mais je cherche encore la meilleure manière pour qu’il voie le jour.

La République des Meteors est sorti sous forme de coffret luxueux incluant, entre autres, le cd promotionnel de Little Dolls . Pourquoi cette chanson ne bénéficie-t-elle d’aucun remix ? Un maxi cd est-il prévu ?

J’ai deux remixes de ce morceau en ébauche, peut-être seront-ils sur indo.fr un jour. Ensuite, Little Dolls est un morceau difficile à remanier. Playboy, par contre, bénéficiera de remixes, nous commençons à choisir les remixeurs. Ma volonté de mettre les a capella sur l’édition bonus était de donner la chance aux fans de faire leurs propres remixes, voire leurs versions en changeant les accords du playback. Chose que je n’avais pas quand j’ai commencé mes remixes pour Indochine !

Le titre L world fait-il référence à la série du même nom ?

« L World » signifie « Love World ». Mais effectivement, Nicola est fan de cette série, c’est un clin d’oeil, comme il peut y en avoir beaucoup dans Indochine .

Le Meteor tour commencera à partir de la rentrée prochaine. En dehors des répétitions, avez-vous déjà commencé à travailler sur les décors ? Vers quoi vous tournerez-vous ?

oli3-2C’est la première fois qu’ Indochine a le luxe de répéter un an avant la tournée. Evitant ainsi la pression de « Dead Line », nous avons été surpris de la force des nouveaux morceaux en live, après peu de temps. Depuis plusieurs mois, les équipes vidéo travaillent sur la tournée. Le concept de cette tournée va, je pense, être énorme visuellement.

Nous avions peur de ne pouvoir aller au-delà de l’ Alice & June tour, que ce soit artistiquement, force du public etc. Avec le Meteor tour, tout est réuni pour y arriver. Mais nous gardons la surprise pour la première date ! (Désolé pour certains fans qui ne pourront nous voir dans leur ville, car l’infrastructure de la tournée n’entre pas dans toutes les salles de France !)

Certains anciens titres seront-ils réorchestrés pour l’occasion, et peut-on espérer plus de morceaux issus de Wax, album majeur d’Indochine souvent oublié en live ?

Oui, d’anciens morceaux ont intégré la set list. Même s’il est très difficile pour un groupe de presque 30 ans de carrière de contenter tout le monde. Nous venons de terminer l’ordre des morceaux, et une chose est sûre : cela va être impressionnant.

Vous invitez régulièrement des groupes français issus de la scène underground afin d’assurer la première partie de vos concerts. Retrouverons-nous ACWL, excellent groupe avec qui Nicola avait chanté Quand viendra l’heure en 2005 et qui sortira son nouvel album le 27 avril prochain ?

Même si nous apprécions ACWL, je pense que nous allons contacter d’autres groupes. il faut donner une chance à tout le monde !

Vous vous installerez au Stade de France le 26 juin 2010 pour une date exceptionnelle. Que préparez-vous pour ce live ? Dimitri Bodianski reviendra-t-il jouer du saxo sur certains titres, comme ce fut le cas en 1999 avec Tes yeux noirs et en 97 avec Drugstar ?

Pour l’instant nous nous concentrons sur la tournée, mais effectivement des invités sont prévus ; tout cela reste une surprise. Mais le Stade de France restera un concert d’Indochine, pas une démonstration de pyrotechnie avec un air de foire du trône !

Comptez-vous ressortir vos anciens albums en version remasterisée, avec d’éventuels bonus comme l’ont fait dernièrement les Banshees ou les Cure ?

Il est question d’un intégral Indochine, mais il est beaucoup trop tôt pour en parler, et il existe peu d’inédits d’ Indochine d’après ce que je sais !

Tu es réputé pour être le fan de métal et de musique industrielle au sein du groupe. Quels sont tes coups de coeur du moment ?

J’ai cette image de fan de métal alors que pas du tout. Je n’écoute pas de métal si ce n’est Manson et quelques fois Coal Chamber (ou Rammstein pour rire un peu). Mais sinon mes goûts sont plutôt chez Nine Inch Nails, Tv on the Radio, Get Well Soon, Soulwax, et des vieilleries comme Tom Waits, Residents, Pj Harvey .

Dernière question : pourquoi « meteors » est-il écrit avec cette orthographe ? Clin d’oeil aux débuts d’Indochine avec Dizzidence politik ?

Visuellement c’est plus joli, et le fait que ce soit en Anglais insiste sur le côté universel de cette République des Meteors dont on fait partie.

Finalement, la guerre n’est jamais finie ?

Quoique.

Crédits photo : Alix M. et Peggy M.

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Indochine, La République des Meteors, 16 titres, Jive

Site officiel : www.indo.fr

2 commentaires

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  1. 1
    le Mardi 14 avril 2009
    indochine a écrit :

    super ce truc! merci a toi discodance!

  2. 2
    le Vendredi 17 avril 2009
    Sentenac Sébastien a écrit :

    Je viens de passer un superbe moment à lire ces quelques lignes…
    Je découvre un peu plus Oli qui me parait être le moins abordable des Indo boys…
    Merci discodance!!!
    Vivement le « Météor tour »

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