Inception – Avis partagés…

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Rêve ou cauchemar ? Attendu comme le messie, Nolan divise pourtant... Pour preuve, combat d'opinion entre deux chroniqueuses ci-dessous. Fight!

Inception par VIOLHAINE

Né dans l’imagination d’un Christopher Nolan qui pouvait à peu près tout se permettre après The Dark Knight, Inception s’était fait attendre. Et, pour une fois, les bandes-annonces n’en dévoilaient pas trop, faisant monter la curiosité. Il semble que cela ait pris : la salle est bondée.

Difficile en revanche de comprendre totalement la comparaison à Matrix ET James Bond dans la même phrase d’accroche. Il s’agirait plutôt d’une sorte de Kauffman avec méga-budget. Le processus de travail sur le rêve, ainsi que le montage labyrinthique des songes rappellent en effet beaucoup Eternal Sunshine of the Spotless Mind . Nolan pousse même le vice un cran plus loin en entrelaçant différentes actions se déroulant simultanément, mais à des « vitesses » variables. En bref, un boulot titanesque pour ne pas perdre le spectateur en cours de route et garder un rythme propre au film. Le genre de bijou qui ne retrouve que dans ces films réalisés par leur auteur, tant le montage se doit d’être en symbiose avec le scénario et réfléchi au moment de l’écriture.

Et là où le budget change tout, c’est qu’il permet d’ajouter à tout cela des effets spéciaux bluffants, car invisibles. La ville se retourne sur elle-même, des trains surgissent de nulle part, objets impossibles, escaliers de Penrose. Mais Nolan n’est pas Michael Bay et ses scènes d’actions trouvent toutes leur justification, dans un scénario qui accroche.

Maîtrise du scénario

Difficile d’en dire beaucoup sans spoiler, évidemment, on l’aura compris. Reste qu’Inception est un film à la fois très complexe et très limpide. Les emboîtements sont multiples, mais tout glisse comme dans un rêve (sic) et les péripéties les plus abracadabrantes sont gobées par le spectateur comme une pilule somnifère. Avec un grand verre d’eau ? Non, mais avec l’assurance de passer les prochaines heures confortablement installé en se laissant guider.

Tout comme dans Eternal Sunshine ou La Science des Rêves, dans lesquels Gondry matérialisait curiosités et incohérences du cerveau humain dans la mise en scène, Nolan, habitué aux histoires tordues (cf. Memento) perd ses personnages dans des dédales du subconscient. Toute la mécanique du rêve est là : souvenirs mêlés à des non-dits, bousculades de lieux, personnages qui en symbolisent d’autres.

Parlons-en, des personnages… Leonardo DiCaprio ayant perdu sa subtilité en même temps que ses atours de jeune premier, il y a de nombreuses années de ça, ne vous bluffera peut-être pas dans un rôle qu’il semble avoir déjà tenu dans Shutter Island, tout en froideur crispée et névrosée. Marion Cotillard agace, mais les autres seconds rôles plaisent, voire amusent. Et on ne s’ennuie jamais à jouer, à leurs côtés, des figurants invités.

Le film dont vous êtes le héros.

La clef d’Inception, c’est justement de ne pas avoir de clef. En tout cas pas seulement une, et sans doute une par spectateur. Ce sont les dernières images qui remettent tout en question.

Chacun sort de la salle avec une conviction, mais au fil des discussions, on n’est plus sûr de rien. Voir cet article Allociné , qui, nous l’espérons, réussira à titiller vos méninges. Le film est ouvert, totalement, et offre de multiples interprétations, toutes acceptables. Sans être révolutionnaire, il reste dans la tête pendant de nombreux jours, et il y a de fortes chances que les ventes de DVDs se porteront bien, puisque c’est typiquement le genre de films qui appellent à de multiples visionnages…

…jusqu’au prochain Nolan, qui sera également le prochain Batman.

Inception par Virgile

Image de Inception
Inception est loin d’être un mauvais film. Il possède d’ailleurs tous les éléments qui constituent un bon film : un scénario bien ficelé, des acteurs compétents, un excellent réalisateur (Dark Knight, Le Prestige). Mais Inception n’est pas génial, renversant ou incroyable comme nous le répète la presse depuis le début de la semaine. On nous avait vendu un chef d’œuvre, alors que ce n’est qu’un bon divertissement.

Film d’action, porté par une idée originale, loin d’être nouvelle (ce n’est pas comme si Calderón n’était pas déjà passé par là), mais qui plaît et surprend. Des scènes à couper le souffle, d’autres qui affichent des références incongrues (James Bond). Très peu d’humour, une atmosphère pesante-mais-pas-trop qui surjoue le drame, avec la petite musique qui va bien, soulignant le regard inquiet de Leonardo DiCaprio. C’est à se demander si Nolan, qui avait ce projet à cœur depuis 10 ans, n’a pas laissé le reste du cinéma avancer (Mulholland Drive, Eternal Sunshine, tout ça) sans lever le nez de son script, et a sorti un film en 2010 qui aurait du sortir en 1998. Au même moment que Matrix, finalement.

Une histoire linéaire, une fin sans surprises…

… et un spectateur conforté dans son savoir de ce qu’il se passe après. Content de lui, il sait qui est le vieux type du début au bout d’une demi-heure, il comprend les différences entre les niveaux du rêve trop facilement. Où est le suspense ? Où est la surprise du retournement final (comme la claque du Prestige et de Memento) ? Ne cherchez pas, il n’y en a pas. Tout s’imbrique, mais trop bien, dévoilant le principal point faible du film, le scénario est trop lisse. On nous avait vendu la complexité de l’esprit, une désorientation totale à la Lynch, une perte des repères. Au lieu de cela, comme dans un jeu vidéo, on passe tranquillement du niveau 1 au niveau 2, jusqu’au niveau 4. Et puis après on remonte. Si le concept est bon (idée géniale de créer des rêves comme des plans architecturaux), la mise en scène intéressante, les imbrications plutôt bien trouvées (le van, l’ascenseur, le bunker, etc.), le tout n’est pas assez mis en valeur dans sa complexité. Du coup, ça fait réchauffé, et ça retombe.

Des effets spéciaux à en friser la crise cardiaque

L’overdose était à prévoir. Les effets spéciaux semblent d’ailleurs nécessaires pour un film de cette ampleur, et on les attend de pied ferme. Si certains sont visuellement et conceptuellement à couper le souffle (les rues de Paris à la verticale), certains sont vraiment de trop, comme l’explosion en pixels dans le café, l’arrivée du train dans la ville, sans compter toutes les scènes au ralenti avec éclats qui jonchent le film.

Malheureusement, l’idée de la construction en labyrinthe des rêves, qui aurait le plus mérité d’être exploitée, ne l’est absolument pas. Si on a, à une reprise, la surprise de tomber sur un paradoxe (le fameux escalier d’Escher), les failles dans la matrice… euh pardon, dans les rêves, ne sont que vaguement évoquées. Dommage. C’était encore le plus intéressant et surtout le plus logique dans l’idée de continuité du rêve éveillé de Nolan

Des personnages à la limite de la caricature

Dom Cobb, alias Leonardo DiCaprio est un mari torturé de regrets envers sa femme. Tiens, c’est drôle, on dirait presque le même personnage que celui de… DiCaprio dans Shutter Island. Coïncidence des dates certes, mais c’est tout de même fâcheux pour Nolan et donne un arrière-goût de déjà vu. À cela, ajoutons que beaucoup des personnages sont brossés à gros traits. La palme revient encore à Ariane (qui construit des labyrinthes ? On aura vu plus subtil comme référence), jouée par Ellen Page, qui ne sortira que des platitudes de bons sentiments depuis le début du film : « trouve-toi », « tu dois te battre », « je suis la seule à comprendre ce qui t’arrive » (alors qu’on se connaît depuis 2 jours). Dans cette veine-là, le film tend d’ailleurs vers une glorification de la famille et des bonnes valeurs bien américaines, qu’on a du mal à avaler en connaissance de la filmographie de Nolan.

Pour les autres acteurs, les personnages joués par Joseph Gordon-Levitt (Arthur) et Tom Hardy (Eames) sont de loin les plus aboutis, pour des prestations impeccables. N’évoquons pas le cas de Fischer (Cillian Murphy) et de Mall (Marion Cotillard) dont les personnages (riche héritier en mal de reconnaissance paternelle et femme névrosée au bord de la crise de nerfs) frisent le ridicule.

Si l’on arrive dans le film un peu comme dans un rêve (on ne sait pas comment on est arrivé là, rien n’est expliqué, mais tout fait sens), le filon n’est pas exploité jusqu’au bout et Nolan aurait gagné à être moins explicite, pour plus nous surprendre. En attendant le prochain Batman (qui selon des sources récentes devrait affronter… l’Homme mystère !), on retourne voir The Dark Knight, qui reste pour l’instant le chef d’œuvre de Nolan.

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Date de sortie cinéma : 21 juillet 2010

Réalisé par Christopher Nolan
Avec Leonardo DiCaprio, Marion Cotillard, Ellen Page, Cillian Murphy, Michael Caine, Joseph Gordon-Levitt, Ken Watanabe, Tom Hardy…

Long-métrage américain , britannique. Genre : Science fiction , Thriller
Durée : 02h28min
Année de production : 2010. Distributeur : Warner Bros. France

A propos de l'auteur

Image de : Miss Cinéma de Discordance et chroniqueuse hétéroclite since 2005. [Blog] [Twitter]

6 commentaires

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  1. 1
    le Jeudi 29 juillet 2010
    Christopher a écrit :

    Pour ma part, j’ai été convaincu par Nolan. On peut dire que son scénario est un vrai labyrinthe, dont on ne sortira pas vu le nombre d’hypothèse à la fin. Mais il faut bien avouer que c’est réfléchi.

    Tout le reste après n’est qu’un blockbuster déguisé, mais de grande classe. On aurait aimé un peu plus de psychologie peut-être, mais le spectateur aurait alors peut-être aussi perdu le fil du scénario.

    http://cine-emotions.blog4ever.com/blog/index-321516.html

  2. 2
    le Jeudi 29 juillet 2010
    alucas a écrit :

    Je suis assez d’accord avec la seconde critique de Virgile. Dans l’effervescence du moment qui suit la sortie de la salle de la projection d’Inception, on se complait à se dire qu’il s’agisse peut-être du meilleur Nolan. Je crois que Nolan avec ses montages disruptifs et sa constante animation empêche le plus souvent, le spectateur de réfléchir sur le contenu même du film ou en tout cas, de prendre du recul sur celui-ci. Alors oui, c’est certainement possible lorsqu’on adhère pas à l’intrigue dés ses premiers instants. J’ai exactement le même sentiment de Virgile, celui de voir une si bonne idée qui au final, n’est pas exploitée au mieux.

    Nolan a d’énormes qualités dans la création de scénarios imbriqués, mais ses carences dans la constitution d’émotions commencent à peser sur le contenu de ses films (bien loin d’un Memento, c’est vrai) mais aussi dans la manière de filmer les actions (combien de redites pour exprimer le retour à la séquence de la camionnette ? Je crois même qu’un plan est repris à 3 reprises, on passe de l’hôtel à la camionnette et pan, un coup de feu dans la vitre et l’indien qui s’abaisse et ça se répercute plus tard, le coup de la corde où tous les soldats se prennent dedans). Ses actions manquent de points de vue, on éprouve constamment celui de ses personnages (qu’il chérit tant), qu’il ne les laisse jamais respirer en épousant un peu le point de vue de l’ennemi.

    Marion Cotillard, malgré tout le foin de Studio Ciné Live etc., est un personnage des plus agaçants (ce qui contribue d’autant plus à ne pas ressentir les émotions du film). On parle de finesse des décors … je suis d’accord, c’est magnifique sauf que … la salle à manger du vieux japonais (dont je ne citerai pas la nom) a de forts accents des pièces d’element of crime, le dédale labyrinthique de la fin rappelle les séquences oniriques de Brazil, l’entrée dans les abîmes et ce mur face à la mer à The Wall, l’hôtel un mix entre 2001 et Shining, et j’en passe …

    Bref, la grosse déception de ce film, c’est de voir que Nolan, à trop vouloir plaire à tous les publics perd en chemin (je crois) ses propres intentions narratives, il l’explique lui-même dans de multiples interviews que si il entreprend faire un film trop introspectif. Ce qui le distingue à ce titre de Lynch qui ne vise pas/plus (après Inland Empire) le grand public.

  3. 3
    le Jeudi 29 juillet 2010
    Alban a écrit :

    Comme je suis d’accord avec la critique de Virgile. J’avais l’impression de revoir Shutter Island… La coïncidence est un peu trop forte à mon goût!!

  4. 4
    le Mardi 3 août 2010
    Sam a écrit :

    Bien qu’il y ait certaines remarques pertinentes dans la critique de Virgile (je pense surtout à Ellen Page, qui aurait été d’ailleurs meilleure si elle avait regardé Paprika en boucle pour se préparer au rôle), je rejoins davantage celle de Violhaine. Mais bon normal qu’un film divise.
    Après je trouve ça débile de comparer Shutter Island à Inception, et la remarque sur les personnages de Murphy et Cotillard est complètement dérisoire.
    Non le film n’est pas parfait. Oui il est excellent. Et puis au-delà des scènes dans l’hôtel (Joseph Gordon-Levitt rocks), faire en sorte que la victime braque son propre subconscient: c’est tout simplement une IDÉE géniale.

  5. 5
    le Mercredi 4 août 2010
    Chris a écrit :

    Complétement d’accord avec Sam, stoppons les comparaisons avec Shutter Island.

    Nolan a commencé à penser à Inception et à l’écrire il y a dix ans. Le personnage de DiCaprio ne lui est pas venu juste quand il a vu Shutter Island. C’est donc une pure coïncidence qui malheureusement joue en la défaveur de Nolan. Mais qu’aurait-on dit si Shutter Island était sorti après Inception ?

  6. 6
    le Jeudi 5 août 2010
    Mathias a écrit :

    Les 2 avis se tiennent, avec un penchant personnel du côté du premier.

    De mon côté, je n’ai vu aucune bande annonce ou interview excepté le bouche à oreille. Ni Shutter Island. A la différence de Virgile, je ne m’attendais donc à rien de spécial.

    Un bon film est pour moi un film qui t’emmène au delà de tes limites -ou de celles que le film pose au départ- et qui te fait douter de toi à la fin de la projection.

    Sur mes critères, Inception est un (putain de) bon film.

    J’ai pensé aussi que l’idée aurait pu être creusée d’avantage. Mais le film serait sûrement tombé dans du Lynch. Et le Lynch, même si j’aime beaucoup son travail, ça va 5 minutes.
    En 10 ans, on peut imaginer que Nolan a du réfléchir à des versions plus compliquées, ou plus complètes, surtout quand on voit la liste des détails que certains ont remarqué (par exemple sur l’article d’Allociné). Je préfère penser qu’il a su trouver le juste milieu pour rendre accessible au plus grand nombre une idée bien tordue à travers un film. Et ça, c’est sympa.

    Avec pour ceux qui ne sont jamais sustentés les bonus métaphysiques et les questions sans réponses.

    J’aime d’ailleurs la version de la mise en abime : le film relate (accessoirement) le fait que le parasite le plus dangereux est l’idée, transmise d’un esprit à un autre par une manipulation. Dans le film, c’est par les rêves. Mais que fait le réalisateur avec son film sur notre esprit ? La même chose.

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