In The Canopy & Balinger @ La Canopée | 21.09.2013

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Soirée hors normes ce week-end à la Canopée. Le lieu d’abord, une grande maison studio atypique perdue dans le bois de Verrières. Les groupes ensuite, tous deux sélectionnés cette année par la région Ile de France pour le prestigieux festival Rock en Seine.

LaCanopé

Bordée par l’A86 d’un côté et le bois de verrières de l’autre, la Canopée est un lieu un peu magique, quasiment coupé du monde. Aucun autre bâtiment alentours, ici on peut faire tout le bruit que l’on veut jusqu’au petit matin sans risquer l’opprobre des voisins. Dans le jardin on peut jouer au ping-pong, dîner sur la grande table blanche (on recommande les délicieux sandwichs garnis de poulet cuit au barbecue et petits légumes à 3 euros seulement) ou encore prendre un verre sous la tonnelle de la terrasse. On peut surtout profiter de la musique diffusée à l’extérieur en regardant par les grandes fenêtres ce qui se passe dans le studio de musique.

In The Canopy (c) Astrid Souvray

Car la Canopée est avant tout un studio d’enregistrement où l’on peut même, en cas de résidence, occuper les deux chambres disponibles à l’étage de la maison. Le seuil de la porte franchi, on peut se vautrer sur des poufs, canapés ou fauteuils profonds, poser son verre sur une grande table en bois ou sur les tables basses disposées un peu partout (une est en verre, une autre en bois gravée au nom et logo d’une célèbre marque de whisky, une autre encore est un ancien fût de batterie reconverti…), commander au bar d’où l’on aperçoit une cuisine qui pourrait ressembler à la sienne, choisir un disque ou un livre dans la bibliothèque qui va du sol au plafond, deviser sur l’intérêt artistique des œuvres exposées au mur, discuter avec un peu tout le monde avec un naturel déconcertant et pour finir en beauté, passer par la baie vitrée sur la droite pour entrer dans la régie qui mène au studio, pour une expérience tout à fait unique.

In The Canopy (c) Astrid Souvray

D’ici à l’heure du concert, mieux vaut prendre son mal en patience lorsqu’on est arrivé à 20h. Impossible de dire qu’on ne nous y prendra plus tant on en a profité pour prendre nos aises, au point de se sentir presque comme un familier de la maison quand, vers 22h15, le premier groupe est annoncé. On a largement eu le temps du coup de savourer le barbecue, d’être présenté aux musiciens (merci Astrid de Aïe TV, pour ça et pour les photos), d’apprendre le beau métier de Joachim de In The Canopy (médecin psychiatre), de découvrir super-cool-Jim de Balinger mais aussi de savourer les retrouvailles avec Naïma de Rough Influence (relire la rencontre avec le groupe au Gibus ICI).

A l’heure H cependant, on croit qu’on n’a pas encore vu l’endroit où le concert aura lieu et pourtant. Car on ne l’avait pas prévu, mais on n’est pas là pour assister à un concert classique dans une salle de concert classique.  A la place, voilà que l’on s’engouffre dans le studio à la suite des musiciens de In The Canopy pour se planter juste derrière la console, tandis qu’ils passent de l’autre côté de la vitre.

jo et jim

Moment hors du temps et de l’espace, on assiste alors à ce qui est n’est ni vraiment une répétition, ni vraiment un enregistrement ni vraiment non plus un concert et néanmoins un peu de tout cela à la fois. Plus de frontières, tout se mêle et l’on goûte tous les détails comme autant de privilèges : les échanges complices entre les musiciens, ceux plus techniques avec l’ingé son, la communion avec un public dispersé à 360°, et la musique, et la voix magique de Joachim Müllner. Quel privilège d’être là ! Quel bonheur que cette voix dont le grain est un instant velours pour s’élever ensuite vers des hauteurs où elle ne peut que tutoyer les anges ! On n’avait pas entendu plus beau depuis Jeff Buckley et on ne compte plus les regards qui s’échangent en régie à chaque nouvelle envolée, comme pour se prendre mutuellement à témoin. D’autant que le leader n’est pas seul au chant et que ses acolytes construisent avec lui les plus parfaites harmonies vocales qui soient (mention spéciale pour le bassiste). Les morceaux s’enchaînent et on a tout oublié pour ne plus toucher terre. Il parait que le son est meilleur dans la maison (et même dehors, car il y a aussi des enceintes dans le jardin) mais il semble impossible de bouger. Joachim fascine incontestablement et l’envoûtement monte encore en intensité lorsqu’il quitte sa guitare acoustique pour ouvrir grand les bras. Alors, nul ne peut résister à l’appel presque chamanique du sorcier au voyage, d’autant plus qu’il est relayé par des riffs de guitares épiques qui mettent tout le monde d’accord. Homogénéité de la formation, musique et voix magnifiques, guitare réjouissante  (très Foals, la guitare), le sentiment de complétude est total lorsque Jim, le chanteur de Balinger, vient rejoindre In The Canopy pour un featuring sur Never Return, le titre phare du groupe. Peu préparé, le jam est surtout l’occasion de mimiques mémorables et de fous rires contenus pour des instants d’amitié partagés qui sont foutrement jolis à voir. Emotions, rires, humanité, musicalité, on a tout eu donc. La claque.

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Lorsque Balinger prend la suite quelques minutes plus tard, il faut d’abord digérer quelques titres avant de redescendre sur terre. La musique, que l’on découvre pour la première fois, n’a pas grand chose à voir avec celle de leurs prédécesseurs et la transition n’est pas évidente. Du calme on est passé à la tempête avec un rythme qui s’est affolé, des guitares plus rock et plus acérées, une voix complètement différente, une autre forme de tension ; un certain romantisme aussi. Jim, qui n’avait pas réellement eu l’occasion de briller sur son featuring, se révèle totalement dans le registre qui est le sien. Sa voix est de celles qui ne ressemblent à aucune autre et aurait fait merveille chez les meilleurs groupes de hard-rock des années quatre-vingt. Les morceaux sont à l’avenant, avec des musiciens hors-pair dont « le meilleur batteur du monde » (dixit Astrid, qui enchaîne pourtant les concerts de tous ordres) et un bassiste que l’on distingue d’autant mieux que l’on est passé de l’autre côté des murs où c’est vrai, on entend tellement mieux chaque instrument… Dans un tout autre genre que In The Canopy, le chanteur n’en est pas moins possédé lui aussi, ce qui est presque étrange alors qu’on l’a vu si décontracté durant de nombreuses heures : styles différents, valeurs communes. Ce sera plus évident encore sur le jam incroyable qu’ils livreront pendant plus de vingt minutes en compagnie de Naïma et des membres de In The Canopy, comme un bouquet final lors duquel le studio, peu à peu, sera envahi. Un exceptionnel moment participatif qui ne pouvait pas mieux clôturer la soirée.

C’est qu’il est déjà près de deux heures du matin. Et qu’on dirait bien que cette soirée, en fait n’en n’a pas tout à fait fini de se terminer…

Photos (c) Astrid Souvray sauf la maison, (c) La Canopée

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A propos de l'auteur

Image de : Isatagada a une fâcheuse tendance à en faire trop tout le temps : s’investir pour de nouveaux artistes, photographier, parler, filmer, s’indigner, lire, se faire de nouveaux amis et écrire, écrire, écrire... L'essentiel étant de galoper, pas de manger des fraises. Du coup, elle se couche tard et se lève tôt ; rêve de téléportation et de quelques vies supplémentaires. Et de servir à quelque chose quelque part, en fait. Blog / Flickr

2 commentaires

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  1. 1
    le Jeudi 26 septembre 2013
    Baldoph a écrit :

    Hello, juste pour signaler que le website de La Canopée est http://lacanopée.fr

  2. 2
    Isatagada
    le Lundi 30 septembre 2013
    Isatagada a écrit :

    Merci de ton commentaire car impossible de mettre le bon lien à cet endroit :-( (WordPress me shoote l’accent systématiquement)

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