In The Canopy au Café de la Danse (w/ Gabriel Saglio & les Vieilles Pies) | 08.11.2013

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Tout semble s’accélérer ces derniers mois pour les In The Canopy. Repérés par le Conseil Général Ile de France après un premier EP, ils jouent à Rock en Seine fin août avant d’enchaîner avec France Inter, et multiplient les concerts, avec notamment un Divan du Monde en décembre. Ce soir, ils ouvraient pour Gabriel Saglio et les Vieilles Pies au Café de la Danse, décidément l’une des salles les plus agréables de Paris.

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Alors que l’on s’attendait à un duo - première partie oblige, la formation se produisait à cinq en configuration inédite acoustique. Toujours portés par la voix et le charisme de Joachim Müllner, les canopiens ont livré un set transcendé dès le début avec les vocalises d’un leader visiblement ému de jouer dans ce lieu. Hors des formats traditionnels, la construction des titres laisse le temps et l’espace à l’expérimentation : ici une longue montée en puissance, là des danses chamaniques, plus loin des riffs de guitare trippants à souhait ou encore l’intervention de Gabriel Saglio à la clarinette basse, et enfin les passages en voix de tête du chanteur, habité par le fantôme de Jeff Buckley, qui s’étirent longuement pour mieux nous entraîner à sa suite.

Bien au-delà du style de musique, c’est un style de vie que semblent prôner les canopiens. Un idéal fait de liberté, de communion, de désir de s’élever pour atteindre des hauteurs insoupçonnées. Rien de mieux pour tutoyer les anges que de se laisser porter par un concert de ces cinq-là dont les prestations peuvent alléger tous les fardeaux du monde, dénouer les attaches et embarquer vers des cieux où le bien-être règne en maître. Il y a du bonheur dans le fait d’assister à un concert des In The Canopy, tant qu’on a du mal, des jours durant, à quitter cet espèce de sourire extatique qui fait qu’on vous regarde bizarrement dans la rue. Débarrassé du poids du monde, l’envoûtement agit et fait poser un regard distancié sur le quotidien pour remettre au centre le beau, le bon, le bien, plus sûrement que n’importe quelle intervention divine : avant-goût de paradis.

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D’ordinaire introspectif, le trip hop invite ici au partage. Impossible de vivre cette musique dans son coin, elle attire irrésistiblement vers l’autre pour ajouter encore à l’intensité de l’expérience. Nul doute, c’est une véritable communauté qui est en train de naître autour de cette canopée, comme si l’expérience humaine faisait forcément partie du voyage. Never Return, le morceau phare du groupe, est d’ailleurs l’occasion de regards entendus avec ma voisine, alors que le niveau du chant atteint des sommets. Est-on encore sur terre quand on assiste à ce genre de miracle, voilà ce qu’il faudrait vérifier. Et puis non, car on abandonne définitivement toute velléité de réflexion rationnelle avec ce coup de grâce, une reprise de Massive Attack qui vient clôturer le set. Lenteur savamment rythmée, guitares et percus hypnotiques, le crescendo se vit physiquement lorsque la voix se transforme en cris qui coupent le souffle, font vibrer de l’intérieur, montent encore et encore, jusqu’à l’explosion, l’émotion pure qui étreint.

Pas simple après ça de se vider l’esprit pour y accueillir Gabriel Saglio et ses Vieilles Pies. Belle voix un peu rauque aux accents d’un Brel, musiciens hors pair et instruments magnifiques (contrebasse, violon, clarinette…) si l’intellect apprécie, le cœur reste tout entier attaché aux canopiens.

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Et puis, très progressivement, Gabriel Saglio et ses vieilles pies finissent par emporter la mise. Il faut dire qu’il y avait eu méprise : on les avait trop tôt catalogués artistes de chanson, alors qu’à leur façon, ceux là véhiculent une sorte d’universalité de la musique. Complètement fou, le concert s’offre tous les genres. On passe ainsi de la chanson (parfois classique, parfois slam, parfois festive, à texte souvent, et même poétique – Eluard, Rimbaud) au reggae en passant par les couleurs de l’Afrique mais aussi par le jazz manouche ou la bossa ; ou même, la valse. La salle s’échauffe à mesure des titres et l’ambiance est montée d’un cran. : elle est chaleureuse et invite à la danse dans ce Café qui n’a jamais aussi bien porté son nom. Le titre Dansons met fort à propos le feu aux poudres. L’accordéon, certes, mais le diable de violon irlandais surtout, a fait descendre le public de ses gradins pour (enfin !) remplir la fosse. La générosité et l’éclectisme des musiciens sont magnifiques. On danse seul ou à deux — beaucoup. On se sourit. L’alchimie a pris dans ce lieu qui a largement dépassé le cadre d’une simple salle concert. La joie se lit dans tous les yeux. La bonne humeur est générale. La fête est complète.

Une soirée pas tout à fait comme les autres donc, en forme de carburant pour encore bien des jours à venir, des pensées positives plein la tête.

Photos (c) Gheorghe Vulcan

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https://www.facebook.com/InTheCanopy
Prochains Concert 27.11 au Centre Barbara Fleury Goutte d’Or, 18.12 au Divan du Monde

http://www.gabrielsaglio.fr/
Nouvel album Gabriel SAGLIO & Les Vieilles Pies disponible

A propos de l'auteur

Image de : Isatagada a une fâcheuse tendance à en faire trop tout le temps : s’investir pour de nouveaux artistes, photographier, parler, filmer, s’indigner, lire, se faire de nouveaux amis et écrire, écrire, écrire... L'essentiel étant de galoper, pas de manger des fraises. Du coup, elle se couche tard et se lève tôt ; rêve de téléportation et de quelques vies supplémentaires. Et de servir à quelque chose quelque part, en fait. Blog / Flickr

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