IAM au Divan du Monde

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Assurément, ce weekend était LE weekend à ne pas manquer pour les amateurs de rap français. Entre IAM et NTM, ce n'était pas facile de choisir. Pour cette raison, Discordance n'a pas choisi et a décidé d'offrir à ceux qui n'y étaient pas un aperçu de ce qu'ils ont raté. Vendredi soir, c'était IAM qui était en "concert exceptionnel" au Divan du Monde...

Akhenaton

Il aura fallu attendre avant de pouvoir voir IAM sur scène ce vendredi 18 juin. Attendre que les portes du Divan du Monde ouvrent, bien sûr (attente ponctuée par les habituelles distributions de flyers ou d’albums), mais pas seulement. Au bout d’une quarantaine de minutes au milieu d’une salle comble (seulement 200 places pour l’un des concerts les plus intéressants du mois), certains fans commencent à trouver le temps long. D’autant plus que la musique « de fond » est parfois d’un goût douteux (on pense notamment à Toxic de Britney Spears…). Heureusement aux alentours de 20h35 est soudain projeté le match Angleterre – Algérie. Là encore, cela ne fait pas l’unanimité. Qu’à cela ne tienne, tout le monde lève la tête et prend son mal en patience.

Moins d’une dizaine de minutes plus tard les lumières s’éteignent : le concert peut enfin commencer. Lorsque se font entendre les premières notes de L’école du micro d’argent le public est déjà chaud. En désignant l’écran sur lequel il est possible de suivre l’évolution du match, Akhenaton précise « On a fait comme à la maison ». Cela résume bien l’ambiance de la soirée : salle de taille raisonnable, partage, sourires… L’enchaînement des titres est bien rodé et les bras restent levés : Samouraï, Ça vient de la rue, Chez le mac, Une autre brique dans le mur… Mais un concert d’IAM n’est jamais un concert comme un autre. Le public n’est pas là pour regarder le spectacle mais pour y participer. Ainsi, le premier « fifty-fifty » de la soirée se fait sur le refrain de Nés sous la même étoile. Les albums se mêlent, les années et les périodes se confondent (à l’image du public, d’âges, de provenance géographique et de styles vestimentaires très variés) pour offrir une mini-anthologie de ce qui s’est fait de mieux dans le rap français depuis une quinzaine d’années.

Rares sont les concerts où l’échange est aussi présent et palpable entre le groupe et son public. Il suffit de jeter un coup d’œil autour de soi pour constater que le plaisir est aussi présent sur scène que dans la fosse. Entre La garde meurt mais ne se rend pas (Shurik’N feat. Faf la Rage, « Chroniques de Mars », 1998), l’exclu MC, les classiques Je danse le Mia, Offishall ou encore Qui veut du funk, Akhenaton interprète, seul, Mon texte, le savon (part 2) dédicacé à sa femme Aïsha. Le public se tait et écoute religieusement les mots résonner sur les murs et dans les têtes : « Pourquoi raconter qu’on est un chien quand on l’est pas / Une vie de félin, y a que la lune qui entend mes pas / J’suis exalté, j’veux le dire au monde : le temps s’échappe / Son bruit est erroné si on le mesure aux montres ». Pour beaucoup, ce titre et sa première partie (Mon texte, le savon, « Sol Invictus », 2001) sont une bouffée d’air frais pourtant venue du passé, un vent qui porte les échos d’une époque que l’on croyait disparue à jamais. On jurerait voir dans la salle des yeux briller plus que de normal. Parce que le temps passe, c’est vrai. Les gens s’en viennent et puis s’en vont, certaines fois plus amèrement que d’autres, et le sable ne cesse de s’écouler dans ce sablier que l’on passe notre vie à tenter de retourner.

Petit intermède humoristique, après Je danse le Mia Saïd s’attaque à Ma quale idea, en italien dans le texte. Il est 22 heures et cela semble marquer la fin du concert. Vraiment? Alors que le public hurle littéralement sa déception, un « Vous êtes sûrs? » se fait entendre de derrière le rideau. Pour ce rappel, les membres du groupe reviennent chacun avec un sabre laser à la main : comment auraient-ils pu ne pas jouer L’Empire du côté obscur? Finalement, après Petit frère un banc est amené sur scène et c’est toute l’équipe qui se réunit sur scène pour un dernier morceau : Demain c’est loin.

Il est 22h20 lorsque le concert se termine, laissant place à un aftershow avec Akhenaton et Shurik’N aux platines. Lorsque je sors de la salle certaines phrases résonnent encore dans ma tête. Forcément, partir sur Demain c’est loin lorsque l’on est obsédé par un Temps qui fuit et ne peut être semé, ça fait réfléchir. Une chose est sûre en tout cas : au milieu d’un rap français en perte de repères, IAM est de cette poignée d’anciens qui restent quand ça se disperse.

Et quand je serai plus là, pour ceux qui m’ont tenu la main,
Et ceux qui l’ont lâchée, pour ceux qui firent mes joies,
Et ceux qui l’ont gâchée, pour mes soleils et mes lunes

3.6.1.° de rotation, du rien au tout, et puis du tout au rien,
Juste que nous sommes rien du tout,
En fait on sait rien, c’est tout…

Crédit photos : Nicolas Aubry

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A propos de l'auteur

Image de : Né en Allemagne à la fin des années 80, alors que l'ordre mondial était en plein bouleversement (et sa naissance n'y est sans doute pas pour rien), Loïc a eu très tôt le goût de faire tomber les murs. Aujourd’hui, c’est au sein de Discordance qu’il poursuit sa mission. Trop souvent adepte du « c’était mieux avant », passionné de cinéma, de littérature et de musique (tout un programme), c’est tout naturellement qu’il a choisi de prendre la tête de la rubrique Société : quelle meilleure tribune pour faire trembler les murs ? Vous pouvez à présent suivre ses élucubrations à la fois sur Twitter (http://twitter.com/JLMaverick) et sur son blog : http://johnleemaverick.wordpress.com.

1 commentaire

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  1. 1
    Dimitri L
    le Mardi 22 juin 2010
    Dimitri a écrit :

    Superbe live report où l’on peut facilement distinguer la tracklist choisie, très belles photos aussi…

    « au milieu d’un rap français en perte de repères, IAM est de cette poignée d’anciens qui restent quand ça se disperse. » Tout est dit.

    Un constat qui ne s’applique malheureusement pas qu’au rap, on manque cruellement de renouvellement dans les groupes français en général. Je ne vois pas qui, en groupes récents, peut rassembler autant de monde et fédérer pendant 20 ans…

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