Hushpuppies : quand le rock garage se fait psychédélique

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Cela faisait trois ans qu'on l'attendait le nouvel album des Hushpuppies. On commençait presque à s'inquiéter de ne pas avoir de nouvelles de nos perpignanais préférés depuis la sortie de Silence is Golden en 2007. Mais tout vient à point à qui sait attendre !

Image de hushpuppies-bipolardrift Intitulé The Bipolar Drift, le troisième disque des Hushpuppies sonne comme le symbole d’un nouveau départ pour le groupe. Il faut dire que la sortie de cet album a été marquée par de nombreux changements pour le quintette. Guillaume, bassiste, a en effet quitté le groupe et laissé sa place à Marc, ex-Sheraff. Par ailleurs, suite à la fin du label Diamondtraxx qui suivait la formation depuis ses débuts, les Hushpuppies ont choisi d’emprunter les chemins de l’auto-production pour sortir leur nouvel opus. Mais le changement majeur du groupe reste musical. Fini le simple garage rock tout droit inspiré des sixties qui a fait le succès du combo. Cette fois, les garçons explorent de nouveaux horizons. Du psychédélique à la new wave en passant par l’electro ou le krautrock, The Bipolar Drif concentre des influences multiples qui donnent une tout autre dimension aux compositions de la formation.

Groupe de scène dont la réputation n’est plus à faire, les Hushpuppies étaient de passage à Paris la semaine dernière dans le cadre de leur tournée tout juste entamée. L’occasion de partir à la rencontre de Cyrille, guitariste, et Marc, l’homme à la moustache, afin d’en apprendre davantage sur les origines de The Bipolar Drift. Entretien à quelques heures du concert des Hushpuppies à l’Alhambra.

L’entretien

Nouveau line-up, nouveau label, nouvelles influences musicales, ce troisième album apparaît comme le symbole d’un nouveau départ pour le groupe.

Cyrille : C’est un peu le cas, oui. On avait simplement besoin de poursuivre ce qu’on faisait, tout en changeant notre façon de faire. Pour ce qui est de l’arrivée de Marc, notre ancien bassiste Guillaume avait prévu de quitter le groupe après l’enregistrement du nouvel album. En ce qui concerne le changement de label, on avait de toute façon commencé à prospecter avant la fin de Diamondtraxx pour savoir quelle serait la meilleure façon pour nous de sortir le disque. On pensait déjà à l’autoproduction. Le fait que Diamondtraxx ait mis la clé sous la porte nous a simplement donné notre réponse plus tôt que prévu. C’est dommage car Diamondtraxx nous suivait depuis le début, mais c’est un mal pour un bien puisqu’on a pu prendre plus de temps pour composer The Bipolar Drift. On a tout fait nous-mêmes donc on n’a eu de comptes à rendre à personne. On a mis plus de deux ans avant de sortir ce nouveau disque donc on a dû repartir de zéro. Même si on a gardé notre fan base, on se doit maintenant de reconquérir le public, notamment grâce aux concerts. Cependant, pour l’instant on n’a eu que des bons retours.

Est-ce que tous ces changements ont eu une influence sur la composition de l’album ?

Cyrille : Non, on avait déjà ressenti le besoin d’innover, de sortir un peu du simple garage rock. La principale différence sur cet album, c’est qu’on a réussi à ne pas se censurer. On ne s’est pas posé de questions, ce qui explique pourquoi on a exploré de nouveaux horizons musicaux sur ce disque. Sur les précédents albums, on avait cette volonté de retranscrire à tout prix l’énergie du live. Cette fois, on s’est simplement dit qu’on allait enregistrer les meilleures chansons qu’on avait composées, peu importe leur style.

On a l’impression que vous avez laissé de côté le rock des années 60 au profit du rock des années 80 ?

Cyrille : Je ne suis pas tellement sûr que l’album soit très orienté vers les années 80. En réalité, je pense qu’on a plus été inspirés par la musique qui a précédé l’electro et la new-wave, que par ces styles musicaux eux-mêmes. On a plus pioché du côté de chez Can et Joy Division que Depeche Mode. Ce qui ressort principalement de ce disque, c’est qu’il est plus psychédélique et plus dansant que les précédents.

Vous dîtes avoir été inspirés par le scientifique-philosophe Laurence Laxford pour composer l’album ?

Cyrille : En fait, il ne nous a pas vraiment inspiré pour composer. C’est juste qu’on a trouvé à travers ses travaux la formule parfaite pour résumer l’ambiance générale de l’album : « The Bipolar Drift », à savoir la notion de dérive bipolaire. Car le disque a certes encore des réminiscences rock garage basiques, mais il est aussi plus mélancolique et profond.

Comment s’est passé l’enregistrement du disque ?

Marc : Je ne sais pas. Bien, je suppose. (Rires) [Marc a rejoint le groupe après l'enregistrement du
de « The Bipolar Drift », ndlr]

Cyrille : Je confirme, tout s’est bien passé. C’était intimenent lié au choix du réalisateur. On voulait laisser le final cut à une personne totalement extérieure au groupe. Depuis le début des Hush, on
compose de façon collégiale donc il y a parfois des frictions. On échange constamment nos idées et il y a forcément un moment où l’un d’entre nous n’est pas d’accord. Du coup, pour prendre un peu de recul sur l’album, on avait besoin de quelqu’un qui nous conseille sur les meilleurs choix à faire. On l’a trouvé en la personne d’Axel Concato qui a réalisé le disque. Axel Concato qui nous a aussi permis d’enregistrer le disque avec Maxime Le Gil dans les célèbres studios +30 à Paris.

Marc, comment s’est passée ton arrivée au sein du groupe ?

Marc : J’ai rejoint le groupe en septembre 2010, juste après l’enregistrement du nouvel album. Je connaissais les Hushpuppies depuis pas mal de temps. Wilfried avait notamment produit un des EP de Sherraff. Ce sont Olivier et Frank qui sont venu me voir à la fin du dernier concert de Sheraff et qui m’ont proposé de jouer au sein des Hushpuppies. Depuis, tout se passe très bien. C’est pas comme si j’arrivais en terre inconnue. D’ailleurs je ne pense pas que j’aurais accepté cette offre dans d’autres circonstances.

Donc Sherraf n’est définitivement plus ?

Cyrille : RIP Sheraff !

Marc : Non, Sheraff n’existe plus, mais on a tous de nouveaux projets. Benjamin (batteur) a un nouveau groupe : Total War. J’ai moi-même un projet musical, qui s’appelle Haroun Tassief, que je mène avec Benoit, l’ex chanteur de Sheraff.

La pochette du disque, réalisée par Julien Pacaud, reflète elle aussi de nouveaux choix artistiques.

Cyrille : On avait décidé de ne pas forcément être dessus. Là encore, on s’est rendu compte qu’il fallait qu’on prenne un peu de recul et qu’on confie cette tâche à une personnne extérieure. Julien Pacaud a tout de suite compris notre univers et ce vers quoi on voulait tendre. Son image symbolise parfaitement l’album. Il nous a aussi dessiné une grand Lawrence Lawford qui nous sert de décor sur scène et qui fait office de figure paternelle. Ainsi, Lawrence Lawford veille sur nous à chaque concert.

Comment envisageaient-vous la scène avec ce nouvel album ?

Cyrille : Le but du jeu reste de rendre toute la richesse des morceaux de l’album avec le plus de dynamisme possible. Comme je l’ai déjà dit, on ne s’est pas censurés sur cet album, du coup certains morceaux, qui ont des couches et des couches de sonorités, sont plus difficiles à jouer. Il y a aussi des instruments qu’on n’avait pas l’habitude de jouer donc il a fallu trouver des solutions. Ça passe par des samples de temps en temps, par des clavier qui vont apporter une nouvelle dimension aux morceaux. Il n’empêche qu’on a toujours la même énergie. D’ailleurs, j’espère qu’on a progressé et qu’on progressera encore.

Vous êtes à l’affiche de Rock en Seine cet été. Contents ?

Cyrille : Oui, c’est la deuxième fois qu’on y joue. La première fois, je crois qu’on ne pouvait pas faire pire. On jouait sur le toute petite scène. Je me rappelle qu’avant de monter sur scène, j’ai cassé deux cordes de ma guitare et tout le monde a eu des petites emmerdes de ce style. Pour couronner le tout, on jouait au même moment qu’Arcade Fire qui était LA révélation que tout le monde voulait voir cette année-là. Donc autant dire que quand le concert d’Arcade Fire a commencé, le public a déserté. On espère que cette fois ce sera différent même si on sait pertinemment qu’on reste des challengers.

Votre meilleur souvenir de concert ?

Marc : Entre le Printemps de Bourges et Perpignan mon coeur balance, même si, en ce qui concerne Perpignan, j’avais une petite pression de jouer dans le vaisseau mère. De toute façon, c’est de mieux en mieux au fil de la tournée !

Cyrille : D’habitude, on répond les Eurockéennes de Belfort, mais ça remonte à longtemps et on n’a pas envie de ressasser des souvenirs trop lointains. Donc à l’heure actuelle, ça reste le Printemps de Bourges.

Comment réagit le public avec le nouvel album ?

Cyrille : Il est un peu moins réceptif sur les nouveaux morceaux pour l’instant. C’est comme à l’époque du premier album où on avait besoin de faire connaître les chansons aux gens.

Marc : Mais il y a quand-même beaucoup de personnes qui connaissent déjà les paroles, ce qui prouve que dans l’ensemble le public réagit plutôt bien.

Quels sont vos derniers coups de coeur musicaux ?

Cyrille : Concrete Knives, qui assure la première partie ce soir. On les a choisi parce qu’ils ont déjà fait deux dates avec nous et ils sont super bien ! Leur musique est fraiche et dansante. Généralement, quand on a l’occasion de choisir la première partie, on opte pour des potes ou des groupes qu’on rencontre sur la route pour qui on a eu un coup de coeur, musicalement et humainement parlant.

Marc : Sur la tournée, j’ai un bon souvenir de Black Feet Revolution, un duo guitare-batterie dans le même veine que Black Keys. Sinon, Wall of Death, Eldia, Haroun Tazieff(Rires)

Cyrille : Il y a un artiste qui est génial en ce moment, c’est Black Joe Lewis, du Sly and the Family Stone moderne. Gros coup de coeur pour son dernier album !

Le concert à l’Alhambra – 26 avril 2011

Maintenant qu’on en sait un peu plus sur le troisième album des Hushpuppies, l’heure est venue de vérifier que la réputation de bêtes de scène des garçons est toujours d’actualité. C’est dans un Théâtre de l’Alhambra qui affiche quasiment complet que les Hush retrouvent leur public parisien. Preuve que le virage psychédélique du quintette n’a en rien dérouté les fans du combo, toujours fidèles au poste. Comme prévu, le portrait du philosophe Lawrence Lawford surplombe la scène, tel un guide spirituel pour les artistes.

Les garçons font leur entrée au rythme d’ Open Season et son intro haute en couleurs, entre riffs acérés et nappes de synthé expérimentales. Le titre idéal pour plonger au coeur du nouvel univers du groupe, à la fois mélancolique et dansant. Le ton est donné. Ce soir, les Hush seront psyché ou ne seront pas !

Moins immédiats mais tout aussi efficaces, les titres de The Bipolar Drift trouvent un écho certain auprès du public qui se laisse gentimment transporter au rythme des claviers eighties de Low Compromise Democracy, des ambiances new-wave de Frozen Battle ou des douces harmonies d’ Every Night I Fight Some Giant.Mais si le set fait la part belle aux morceaux du dernier album, le quintette n’en oublie pas pour autant d’interpréter les différents tubes qu’il adéjà à son actif, de You’re Gonna Say Yeah à Bad Taste and Gold on the Door en passant par Down, down, down.

Ce sont d’ailleurs ces hymnes de rock garage qui trouvent le plus de répondant auprès du public et déchaînent les foules à coups de slams en cascade. Le jeu préféré d’Olivier qui ne résistera pas à prendre son traditionnel bain de foule à la fin du concert, entraînant avec lui son acolyte Wilfried. Une histoire de famille sans doute ! De quoi donner des sueurs froides au colosses de la sécurité ! La preuve que le groupe n’a rien perdu de son énergie ni de son charisme originels.

Le concert de ce soir aura ainsi permis aux Hushpuppies d’illustrer l’ambivalence qui émane de leurnouvel album, entre l’envie constante d’explorer de nouveaux horizons tout en continuant à défendre le rock garage dans lequel ils baignent depuis leurs débuts. Ce quintette-là n’a pas fini de nousétonner !

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A propos de l'auteur

Image de : Fraîchement débarquée dans la vie active après des études de communication, j'assouvis ma passion pour la musique en jouant les apprenties journalistes et en écumant les salles de concerts parisiennes à la recherche de nouvelles sensations ! Et même si ma guitare commence à prendre la poussière, un jour j'arriverais peut-être moi aussi à faire quelques chose de mes dix doigts.

2 commentaires

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  1. 1
    le Jeudi 5 mai 2011
    EMB Sannois a écrit :

    Vous avez aimé les HushPuppies à l’Alhambra ??
    Retrouvez les avec LITTLE SISTER en première partie @ EMB Sannois vendredi 13 mai !!

    Toutes les infos sur http://www.emb-sannois.org/
    Billetterie en ligne sur http://emb-sannois.fnacspectacles.com/
    12 – 15 – 17 €

  2. 2
    Dimitri L
    le Vendredi 6 mai 2011
    Dimitri a écrit :

    Agréablement surpris de ce nouvel album. Un désir de renouvellement certain et assumé, un opus soigné et surtout beaucoup moins « passe partout », une des bonnes surprises du printemps !

    Bon article aussi qui ratisse large au niveau des thèmes abordés !

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