Hugh Coltman au Café de la Danse. Irrésistible être humain. Immense Artiste

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A en juger par les livraisons de gâteau et champagne peu avant l'ouverture des portes, il se fêtait forcément quelque chose au Café de la Danse, et ce n'était pas l'anniversaire d'Hugh Coltman, qui jouait ce jeudi à guichet fermé mais à propos duquel, on nous l'affirmait, c'était "impossible : il est né en mai" !

Comment un aussi grand musicien qu’Hugh Coltman, pourtant signé chez Universal peut-il jouer dans une salle aussi intimiste que le Café de la Danse (500 places, dont 250 assises), c’est ce qu’il faut se garder d’élucider pour se contenter d’en profiter tant qu’on le peut. On dira que c’est un cadeau, auquel s’ajoute une première partie de choix avec Thousand, que l’on avait découvert en première partie de Myra Lee à l’International en février dernier.

Projet de Stéphane Milochevitch, Thousand qui se produit normalement à quatre (Dimitri à la batterie, Emma au synthé et à la voix, Olivier à la basse, Stéphane à la voix et guitare) joue ce soir en formation réduite à deux. Au centre de toutes les attentions, le chanteur a une voix magnifique, à la fois grave et posée. Assis à ses côtés, Olivier Marguerit que l’on a pu voir avec Myra Lee (justement) mais aussi Syd Matter et plus récemment Mina Tindle, lui prête main forte à la basse et aux choeurs.

Car ce qui frappe dans Thousand, outre le haut niveau musical évident (le garçon a collaboré avec Josh T. Pearson et H-Burns), c’est la complexité des harmonies vocales. Ce sont elles, plus encore que la guitare, qui donnent cette couleur si particulière aux chansons profondes et mélancolique de Thousand, d’esprit blues, à écouter les yeux fermés pour mieux en goûter la beauté triste, propice à l’introspection. Le Café de la Danse semble réceptif en tout cas, sans même savoir que le set est carrément magique à quatre ou même davantage, comme l’illustre à la perfection cette bouleversante session du Cargo, enregistrée dans une église. A retrouver bientôt sur album, prévu pour 2013, et d’ici là sur l’EP Tous Les Jours sorti en mars dernier.

Tout le monde semble encore flotter sur un nuage lorsque Hugh Coltman arrive sur scène, très concentré sur les deux premiers titres, presque distant, sûrement impressionné, alors que l’on s’attendait d’entrée à le voir aussi détendu et communicatif que dans notre souvenir de la Flèche d’or en mai. Dans la salle, un « Allezzzzz ! » d’encouragement auquel répond un « Il y vaaa, il y vaaa ! » donne rapidement une idée de la relation particulière qui existe entre l’artiste et son public. Se ressent un besoin réciproque de créer un lien, comme si c’était la seule façon de concevoir un concert : en confiance. La phase d’observation n’aura pas duré plus longtemps que ces deux titres là, alors que New-York donne à Hugh Coltman l’occasion de ses premiers mots : « Oui bon je sais, c’est la nième chanson avec New-York dans le titre, mais je m’en fous ! » (« C’est la meilleure ! », lui est-il répondu aussi sec – forcément).

Dès lors, ce sera un festival d’anecdotes, différentes de celles déjà entendues au printemps. S’il est un peu déçu que sa « surprise » n’ait finalement pas pu répondre présent (Pierre Richard, soixante-dix-huit ans, aurait dû le rejoindre sur scène), il redit aussi la joie qu’il a eue à avoir le comédien sur le clip de The End Of The World. Mais à l’instar de l’apprivoisement du renard par le Petit Prince de Saint-Ex, toutes les histoires que raconte Hugh Coltman en concert le rendent chaque fois plus familier, plus proche, favorisant l’attachement. L’homme est bavard et promet chaque fois qu’il va faire court ; mais son humour est un régal et on en redemanderait, plutôt. Ce soir, on apprendra notamment qu’il a écrit Petty pour Peter Von Poehl, que Carnival lui a été inspiré par un article de Q Magazine à propos du rappeur Vanilla Ice qui aurait abandonné sa « shitty life in music » pour ouvrir un magasin de vélos en Californie (« Mais pour la chanson, je l’ai fait fleuriste »), ou encore comment il est tombé un jour sur le champion du monde de sifflet dans un pub en Irlande (« Il sifflait en inspirant et en aspirant, c’était incroyable ! Le mec, c’était un didgeridoo ! »).

Mais voilà, à beaucoup donner il faut s’attendre à recevoir. Un minute après le début de Sixteen (joué seul sur scène au Ukulélé) on le voit donc tout à coup écarquiller les yeux puis s’exclamer, hilare « Oh my Lord ! ». Sur les gradins comme en fosse, un tas de petites lumières viennent en effet de s’allumer, avant que ne commence à s’élever la voix d’un public qui se met à chanter en chœur, très doucement et très bien. Hugh Coltman ne rit plus tellement à présent alors que pour lui comme pour tous certainement, l’émotion s’est invitée au concert. « It’s the first time for me » avoue t’il tout en continuant de jouer de son ukulélé ; puis il reprend le contrôle avec des vocalises qui se terminent sur le son le plus aigu qui soit, qu’il tient sur une durée inimaginable. Frissons. Ovation.

Accompagné des seuls Nicolas Liesnard (claviers et basse) et Raphaël Seguinier (batterie), Hugh Coltman passe de la guitare au piano (All You Said) puis à l’harmonica (auquel il excelle) avant de s’entourer de cuivres d’une émouvante majesté lors du second et dernier rappel. Variété des arrangements et des styles, ses chansons sont tour à tour pop ou reggæ, quasi rockabilly, folk ou soul ; et dans tous les cas, la maîtrise du genre frôle la perfection. Avec un talent aussi impressionnant qu’il se veut modeste, l’homme écrit des mélodies qui sont immédiates à l’oreille, toutes en subtiles harmonies, sans jamais pourtant se refuser à l’homme ordinaire. Le génie est là, en fait, dans cet art de composer des chansons d’une richesse extrême, accessibles à tous, tout en donnant ce sentiment de simplicité - en apparence seulement. Du mélomane au grand public, la musique du plus parisien des anglais a cette faculté de toucher de façon universelle, et c’est assez gigantesque. Paul Mc Cartney, Rufus Wainwright, Stevie Wonder ou Jeff Buckley, les références fusent, parfois disparates mais toujours avec les plus grands, dont il est, incontestablement.

On croit rêver en apprenant que pendant des années, Hugh Coltman a manqué de confiance pour passer en solo, après sept années de succès avec le groupe The Hoax. S’il n’avait que cela, sa voix seule suffirait à remporter tous les suffrages. Une voix dont vous entendrez ici et là que c’est l’une des plus belles au monde, à raison. Une voix magique qui guérirait aisément n’importe quel bleu à l’âme et dont l’écoute procure invariablement une sensation de bien-être. Une voix chaude, apaisante, caressante, dont le velours sécrète de merveilleuses endorphines, imparable chemin d’accès au bonheur.

Loin du chanteur retenu du début de soirée, Hugh Coltman irradie à présent de sa lumière intérieure, dans un sourire éblouissant.

Irrésistible être humain. Immense artiste.

Crédits photo : Nicolas Brunet

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Set List : Underground / Isolation / New York / Mice & Men / Voices / Petty / The End Of The World / Carnival / Sixteen / All You Said / Stranded / Clap Hands (Tom Waits cover) / She Signs Her Name/ Could You Be Trusted / Sticks and Stones // On My Hands // Mathematician

Date supplémentaire à Paris : La Cigale, le 23 mai 2013

A propos de l'auteur

Image de : Isatagada a une fâcheuse tendance à en faire trop tout le temps : s’investir pour de nouveaux artistes, photographier, parler, filmer, s’indigner, lire, se faire de nouveaux amis et écrire, écrire, écrire... L'essentiel étant de galoper, pas de manger des fraises. Du coup, elle se couche tard et se lève tôt ; rêve de téléportation et de quelques vies supplémentaires. Et de servir à quelque chose quelque part, en fait. Blog / Flickr

2 commentaires

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  1. 1
    le Dimanche 18 novembre 2012
    astrid a écrit :

    C’est la première fois que je commente sur ce blog et à raison. Je ressens de la retenue dans l’article et le ressenti du concert n’est pas tout à fait le même pour moi. Je n’ai pas été charmé par la musique de Thousand même si je reconnais que le chanteur a une très belle voix. Ce qui parait de la retenue au début du concert de Hugh Coltman est avant tout un trac monstre. Et malgré toute l’expérience acquise sur scène depuis des années, il est étreint par ce sentiment parce que ca fait tout bonnement 4 ans qu’il a attendu ce moment. La Flèche d’Or était un moment de promo avant tout, la VRAIE rencontre avec son public a eu lieu ce 15 novembre (un peu plus de pression). Il avait aussi à mon sens envie que son concert soit le plus parfait possible, que sa surprise soit là, que la fanfare soit à la hauteur … d’ou peut être cette crispation au début. Globalement, il a pris le temps de s’installer dans ce live, même si le public était déja dans le bain depuis le début. Le tournant a été Sixteen, certainement sur la chanson la plus intime de son répertoire qu’il a consenti à se laisser envahir par l’émotion. Pour le reste, je suis tout à fait d’accord, sa voix, ses influences, son manque de confiance en soi. Mais je crois, qu’il se soigne de ce coté là :) . Permets moi ce raccourci, Hugh Coltman est un irrésistible artiste ! PS : il y a des coquilles dans la set list, sur les titres suivants : She signs her name / Sticks and Stones / Mathematician.

  2. 2
    Isatagada
    le Lundi 19 novembre 2012
    isatagada a écrit :

    Astrid, concernant Thousand, il faut absolument que tu ailles voir la vidéo du Cargo ! http://youtu.be/VDd0gefLh18

    Pour le reste oui, il était « sûrement impressionné » comme je l’ai d’ailleurs écrit. Mais c’est drôle, je n’avais pas gardé ce souvenir de la Flèche d’Or tant j’étais restée sur ce bel échange entre lui et son public (il avait réussi à me faire oublier complètement ce temps du début qu’il met avant de se sentir tout à fait rassuré, et si j’y pense ça avait aussi été le cas là bas).

    Mais c’est plutôt émouvant, ce besoin de bien faire, de sentir que le public est derrière lui, ce manque de confiance en lui qui le rend si touchant justement. Tout cela participe de ce qu’il est et de ce pourquoi son public l’aime autant : cette modestie, cette humilité, si rare chez un artiste.

    Mais, j’ai envie de dire, comme par hasard c’est souvent la marque des plus grands :-)

    Je corrige vite pour les coquilles. Merci beaucoup !

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