Hollywood, mon amour

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On connaissait le goût de Marc Collin pour les reprises : avec son projet Nouvelle Vague, les tubes new wave étaient passés à la moulinette bossa nova. Ce 20 mars, ce sont les tubes des années 80 issus de productions hollywoodiennes qui étaient à l'honneur, dans le cadre du cycle Musique et Cinéma à la Cité de la musique.

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Avant le concert, Marc Collin était invité à répondre aux question de Thierry Jousse lors d’une courte conférence. L’occasion pour lui de revenir sur son expérience de compositeur de musiques de films (notamment Les Kidnappeurs en 1998 ou Riviera en 2005) : « Je ne me plains pas car j’ai pu avoir pas mal de libertés, mais je connais beaucoup de gens qui se sont retrouvés à simplement exécuter des commandes ! Le mythe du créateur s’inspirant des images est rare, la plupart du temps les morceaux sont livrés avant le tournage« . Déplorant la lente désaffection pour le « score » (ce que l’on pourrait remettre en cause étant donné le succès des compositions d’Howard Shore pour Le Seigneur des Anneaux par exemple), il pointe aussi le fait que la tradition de la chanson créée spécialement pour un film se fait rare. Avec Hollywood mon amour, projet qui a fait l’objet d’un album en 2008, Marc Collin recrée une sorte de B.O. des années 80 en se concentrant sur des tubes issus de longs-métrages hollywoodiens. Son choix s’est basé sur le caractère « mainstream » de ces thèmes, connus aux quatre coins du monde. S’il les détestait à l’époque, il semblerait qu’un simple changement dans les arrangements puisse faire ressortir toute la beauté de ces thèmes… on attend la preuve par le concert.

Malheureusement, le résultat scénique n’est pas renversant. Marc Collin aux synthés, un guitariste, un bassiste et un batteur accompagnent deux chanteuses, en l’occurrence Elodie Frégé et Liset Alea, pour créer une sorte de cabaret rock. L’ex-Star Academy, qui doit détester qu’on le lui rappelle, a l’air à l’aise dans ce genre de mise en scène, et installe tout de suite un jeu avec son acolyte. Cela part d’une bonne intention mais devient vite pesant : l’imitation du combat de tigresses sur Eye Of The Tiger est même limite embarrassante. Un décalage intéressant se crée quand Liset Alea annonce « bienvenue dans les années 80« , puisque rien n’annonce la couleur. Les synthés, trop marqueurs de cette décennie, ont bien sûr été bannis, et les arrangements reposent essentiellement sur la basse et la guitare, le piano étant plutôt discret. Il est alors plaisant de redécouvrir certains morceaux uniquement par les paroles quand on ne reconnaît pas les thèmes, ou de se rendre compte que ces morceaux sont extraits de bandes originales. Certaines relectures se transforment en bonnes surprises (What A Feeling, Forbidden Colours), surtout quand elle gardent ce côté « cheesy »* qu’on aime tant. Étrangement, les interprétations de Liset Alea ne sont dans le vrai que quand elles s’approchent des intonations suaves de Sade, l’une des grandes voix des années 80. Même chose pour Elodie Frégé, qui donne son meilleur avec Call Me de Blondie, tout en collant totalement au style vocal de Deborah Harry. Pas si facile de s’affranchir d’une époque…

Ainsi, revisiter ces morceaux dans un style différent, globalement rock, ne suffit pas à créer un nouvel univers cohérent, et la qualité varie donc selon les reprises. En clôture du spectacle, le générique du film Ghostbusters, chef d’oeuvre du genre, est revu de façon « décalée » (à savoir : les chanteuses sont masquées et poussent des cris aïgus sur un piano dissonant). Une chose est sûre, à la fin du spectacle, on sifflote les originaux…

*kitsch, en somme.

En savoir +

Le site de l’exposition et du cycle d’événements : http://citedelamusique.fr/minisites/1303_musique_cinema/index.aspx

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: Depuis 2004, Julia parcourt les festivals et les salles de concerts en quête de sensations musicales fortes et affiche un net penchant pour la scène indépendante montréalaise, le folk, l'électro et le rock. Malgré une enfance biberonnée à la culture populaire des années 90, sa bibliothèque ITunes n'affiche presque rien entre 1985 et 2000. Repêchée trois fois par le vote du public, Julia anime désormais la rubrique Musique avec Pascal et Laura. "Discordance m'a sauvée". Mon blog / Twitter

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