Hocus Pocus

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C’était il y a deux mois de cela dans une petite librairie espagnole. Après un concert magistral la veille à la Cigale et à quelques jours encore de la sortie de leur nouvel album, je recevais deux des membres d’Hocus Pocus, 20Syl (MC et compositeur) et David (guitare et chant), souriants et de bonne humeur pour une discussion à bâtons rompus. Let’s Go.

Vous êtes en pleine tournée, vous avez fait salle comble à la Cigale, le public avait l’air conquis, comment se passe la tournée et la promo ?

La tournée commence plutôt bien, on a fait 3 dates. Et puis hier soir on s’est pris une baffe monumentale à la Cigale. Les gens étaient vraiment au rendez-vous et au taquet, ça nous laisse présager du bon pour la sortie de l’album. Il y avait 10 nouveaux morceaux qui ont été plutôt bien accueillis.

C’était votre 2e passage à la Cigale, une date importante pour vous. Niveau retour public vous avez ressenti des différences ?

On était déjà venu en 2007, c’était assez dingue hier soir, mais la première fois l’album était sorti et les gens connaissaient les morceaux, tandis que là on a joué 10 morceaux sur 15 qui étaient nouveaux. Il y a eu des passages super énervés sur des titres que les gens connaissaient, alors que sur les nouveaux le public était plus en écoute et en découverte de l’album. Sur les passages énervés, on sentait le sol bougé, notamment quand je suis descendu dans le public. Ça faisait limite trampoline…

20syl je t’ai vu plusieurs fois shooter avec un appareil photo, c’est un souvenir de la date ou tu fais un peu de photo ?

Je fais un peu de photo comme ça pour le plaisir, et à chaque concert j’ai l’appareil photo pour le titre Smile en particulier pour aller chercher les gens. Ça fait partie du jeu de scène.

Hocus Pocus était une réplique utilisée par les illusionnistes pour détourner le regard du public, essayez-vous de détourner quelque chose, Messieurs ?

On a choisi ce nom la suite à notre première cassette en 1995 qui était une métaphore filée entre la musique et la magie : les potions, les formules et la musique de par les différents ingrédients que l’on y mettait. Finalement, on a abandonné ce concept-là et gardé le nom plus pour sa sonorité.

Premier album 73 touches, suivi de Place 54 et maintenant 16 Pièces, comment expliquez-vous ce rapport numérique quant à vos titres d’album ?

Pas vraiment de raison, à part peut-être que le chiffre dans un titre amène cette notion de détail en le rendant abstrait et en lui donnant plein d’interprétation possible. 16 pièces c’est moins concret que si le titre avait été Puzzle où le sens aurait été direct. Là ça détourne un peu les choses. C’est un moyen de faire des titres qui laissent place à l‘imagination.

Il s’agit donc de 16 pièces d’un univers qui forment un puzzle musical ?

Exactement, c’est vraiment le concept du puzzle. On a voulu faire des morceaux qui fonctionnaient bien individuellement, mais qui s’imbriquaient parfaitement les uns dans les autres pour former cette entité globale.

Inspirés par la funk, le jazz, le rap vous proposez un melting pot sonore et vous distillez une sorte d’acoustique hip-hop. D’où vient cette volonté de mélange, de transversalité ?

Déjà on est nombreux dans le groupe, donc les influences se croisent beaucoup. C’est surtout le gout pour plein de styles de musique différents. Moi je viens de la fusion à la base, après j’ai découvert le hip-hop. J’ai joué de la batterie, puis j’ai rencontré Greem (DJ du groupe) qui est plus musique latine… Toutes ces influences se croisent à un moment donné. Le hip-hop qu’on kiffe c’est celui qui va sampler du jazz, du funk. Au niveau de la scène, l’énergie qu’on a trouvé avec les musiciens et la spontanéité que ça apporte, pour nous c’est quelque chose dont on ne pourrait se passer.

Comment s’est passée la collaboration avec Akhenaton sur le titre À mi-chemin ?

C’est quelque chose qu’on avait en tête depuis longtemps cette collaboration avec AKH, et cela n’avait pas pu se faire à cause de nos plannings assez chargés. On n’avait pas en plus forcément le morceau adéquat à lui proposer…

Dans ce morceau, on retrouve un peu le côté paradoxal et schizophrène de l’artiste, non ?

C’est vrai que l’on est toujours un peu le cul entre deux chaises. D’un côté tu es exposé médiatiquement et de l’autre côté t’es un mec qui va faire ses courses normalement. On est des gens assez simples, on a un rapport avec le public assez simple également. On est souvent présent à la fin des concerts pour discuter avec les gens. Je n’ai pas envie d’avoir un décalage, j’aime bien délirer avec les gens. Même au-delà de ça, dans la génération dans laquelle on est, nous sommes aussi entre deux âges. C’est un peu comme Féfé avec son titre Jeune à la retraite. Par le biais de notre métier qui est super ludique, on n’a pas forcément la sensation de devenir adulte, on est tout le temps en train de s’amuser finalement, et se sentir adulte n’est pas toujours évident. On a l’âge, mais on n’a pas forcément la mentalité

Vous faites un autre featuring avec Oxmo Puccino, autre ovni de la face hip-hop française autant par son approche musicale, qu’instrumentale et poétique, son approche est-elle similaire à la vôtre ?

Je pense que l’écriture d’Oxmo est très différente de la mienne. Moi je suis très concret, je fonctionne avec des images, des scénarios presque. Oxmo part dans des trucs assez abstraits parfois, mais il a des phrases qui claquent. Son texte équilibre le morceau. Je ne pourrais pas tout expliquer précisément, mais il a des formules très efficaces, très percutantes. Dans ce titre, j’ai voulu me prêter à ce genre d’exercice, d’aller dans l’image efficace et d’aller dans le côté plus poétique et parfois plus abstrait du texte. C’est un morceau qui reste quand même brut et c’est en peu dans ça que j’ai voulu l’emmener. Ça aurait été facile de l’emmener dans un morceau plutôt jazz, slam.

Hocus Pocus est composé de DJs, de musiciens, de MCs… Comment composez-vous vos morceaux ?

Pour la création de cet album, ça s’est composé en deux temps. Un premier où pendant 2 mois, chacun a développé de son coté ce qu’il avait comme idées. Après j’ai récupéré tout ça et je suis allé piocher un petit peu ce qui m’inspirait pour l’écriture. J’ai parfois écrit 4 textes sur la même instrumentation.

Sur 100 grammes de peur, vous peignez un tableau assez angoissant et apeuré de la société dans laquelle nous vivons avec une peur sans cesse relayée à gros coup de matraquage médiatique. Quel est votre rapport au média et à ce climat dans lequel on baigne tous les jours ?

Image de 20Syl C’est quelque chose d’assez inquiétant de savoir que ce sont les médias qui se servent de nos émotions, de nos sentiments les plus profonds et de nos faiblesses, pour en faire quelque chose de mercantile et pour finalement nous vendre des produits de consommation. Ce sentiment de peur permanente est assez dangereux parce que ça sert également au niveau politique, pour détourner l’attention. On parlait d’Hocus Pocus tout à l’heure comme d’une formule pour détourner l’attention, et on retrouve cela assez souvent en politique… Plus que de me faire peur, cette sensation m’interroge vraiment sur la société, et sur la façon dont nous évoluons.

L’un de vos nouveaux titres s’appelle Le majeur qui me démange, il vous démange à ce point-là ?

Alors ce morceau c’est parti du délire de se dire : HP j’en ai marre de m’entendre dire que c’est un groupe sage, de rap gentil. Je sens que je prends toujours des biais détournés pour parler de thèmes mêmes graves. Et au final, ça a été un morceau révélateur qui me dit que c’est la vérité. À la base je me suis dit : je vais écrire un truc cash, je vais aller droit au but. Et au final, ce ne sont que des détournements.

T’es revendicatif dans certains de tes lyrics et poétique sur d’autres, pourquoi choisir cette ironie et ce détachement plutôt que cette agressivité ambiante caractéristique de pas mal de groupes de hip-hop ?

Tout simplement parce que je ne sais pas faire autre chose, et que c’est moi. Ce ne serait pas moi que de faire des textes bruts, cash, vulgaires parfois… Je n’arriverais pas à les assumer. J’aime bien mettre un soupçon de provoc’ ne serait ce qu’un mot, et que le reste soit assez diffus. Réussir à amener les choses de manière détournée, surprendre un petit peu. Réussir à amener une idée de manière décalée et humoristique… Je ne saurais pas faire autre chose.

Ça fait 15 ans qu’HocusPocus est né, les tonalités musicales sont de plus en plus jazzy et soul, les textes marqués et incisifs. Est-ce qu’on peut dire que cet album et celui d’une certaine maturité artistique ?

J’espère qu’on a trouvé notre identité, que les gens peuvent écouter un morceau d’HP sans le savoir et reconnaître la patte directement. Moi j’ai l’impression d’être arrivé à ce stade-là. Maintenant peut-être que dans 10 ans lorsque l’on réécoutera l’album on se dira que c’était jeune. C’est un album dont je suis ultra fier, car on y a passé du temps, on l’a peaufiné dans les moindres détails et on l’assume entièrement.

Crédits photo : Portraits & Live Report à la Cigale by Nicolas Aubry

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A propos de l'auteur

Image de : Nicolas Aubry, photographe autodidacte de 26 ans, ancien élève aux Beaux arts de Paris, c'est après avoir exploré pas mal de médiums différent (peinture, dessin, vidéo, sculpture, vidéos...) et grâce à une fin de cursus impromptue que je me suis adonné à une pratique exclusive de la photographie. C'est en pratiquant la jonglerie enflammée que je me suis intéressé à la photo et c'est instinctivement que je suis passé de l'autre coté de l'objectif, non sans quelques poils cramés... Cette évolution a également amené une volonté de diversification dans mon travail : mise en scène, studio, portrait, paysage, évènementiel, corporate, et une grosse dose de live. Shooter les artistes avec le son que l'on aime dans les oreilles, c'est avant tout le moyen de mêler deux passions, mais surtout un P.....de kiff !!! Mon site : http://www.nicolasaubry.com

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