HK et les Saltimbanks en route sur les chemins de la Liberté

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Citoyens du Monde est le premier album d'HK et les Saltimbanks. Le groupe roubaisien entame sa tournée dans l'Hexagone où tout va bien, à la recherche d'un public en quête d'espoir. Bien plus que des paroliers des temps modernes, ils veulent s'imaginer un monde sans discrimination. Un monde où les libertés de chacun sont respectées. Un monde meilleur où on ne lâche rien pour aller au bout de ses rêves.

Qui est HK et qui sont les Saltimbanks ?

HK : HK c’est moi-même (NDLR : Kaddour Hadadi). On me connait notamment pour avoir officié au sein du MAP -Ministère des Affaires Populaires-. Je suis entouré par une bande de saltimbanques. On retrouve Jeoffrey qui était déjà à l’accordéon avec le MAP et qu’on retrouve à l’accordéon et au clavier, il y a Meddhy à la mandole, Saïd qui est comédien, Éric à la basse, Seb à la batterie et Manu à la guitare. Voilà une belle brochette de Saltimbanques sur scène !

Un premier double album qui contient 20 titres. Pourquoi autant de chansons, c’était trop difficile de choisir, alors vous les avez toutes mises dans ce premier opus ?
On avait vraiment une volonté de raconter toutes ces histoires et donc de chanter toutes ces chansons. On les as toutes enregistrées et au final on n’a pas réussi à choisir. On a pensé qu’elles avaient chacune un sens et on s’est battus pour les avoir toutes sur ce premier album.

Image de Photo HK - Crédit VINCENT BOUVIER Avaient-elles déjà vécu sur scène ?
Oui, quasiment toutes. L’album pour nous c’est comme une récompense parce qu’on avait déjà tourné pendant deux ans avant d’enregistrer le disque. Il y avait quelques nouveautés notamment pour les gens qui nous ont suivis jusqu’à présent et qui connaissaient déjà une bonne partie de notre répertoire. C’est une sorte de petit cadeau. Et puis quand on a commencé l’enregistrement, il y a eu des nouvelles idées et des nouvelles envies. On a vraiment voulu aller au bout de notre démarche, que ce soit sur le temps qu’on y a mis et comment on a fignolé l’album dans les moindres détails.

« Salam Alaykoum », bienvenue à tous. Et si nous allions explorer l’album Citoyen du Monde de plus près ? Voici quelques extraits de chansons qui vont nous aider à mieux connaître HK et ses Saltimbanks.

« Saltimbank de fortune, compagnons d’infortune. »

Pourquoi ce nom ? L’argent et la richesse sont des thèmes récurrents dans l’album.
Il y a plein de petits jeux de mots autour de cette idée de saltimbanque et on s’y est donné à coeur joie. Il y a l’idée de faire un remake de la cigale et de la fourmi, mais avec le tsigane et la fourmi. On le dit dans une chanson « Moi tsigane qui chante l’été quand les fourmis se tuent à la tâche ». Notre société actuelle est en déshumanisation totale. Les gens vivent repliés sur eux-mêmes pas juste en fermant les frontières, mais aussi leur porte et leurs fenêtres. Et nous on veut défendre la position du tsigane et les notions d’ouverture sur le monde, de partage et d’humanité qu’on a perdues.

« Mon père était marchand de fruits et légumes forain, mais pour moi c’était le meilleur des comédiens. »
Les textes sont-ils autobiographiques ?
J’aime bien cette idée de partir de petits événements ancrés dans ma réalité pour pouvoir ensuite partir en vrille et raconter des histoires. Pour le coup, mon paternel était marchand de fruits et de légumes et je l’accompagnais sur les marchés comme chacun de mes frères et sœurs. J’étais assez impressionné, déjà parce ce qu’il était vraiment passionné par ce qu’il faisait Je ne le voyais pas comme un commerçant, mais plus comme un saltimbanque. Il aimait le contact humain avec les gens qu’il ne considérait pas comme des clients, mais comme son public. Je me plais à faire le parallèle avec ce que j’ai retrouvé beaucoup plus tard sur scène.

« On venait manger le pain des Français. »
Les enfants d’émigrés sont-ils toujours considérés comme des étrangers. Les mentalités ont-elles changé en 2010 ?
Là je faisais référence à Fernand Raynaud quand il dit « J’aime pas les étrangers. Les étrangers ne sont pas des français ». Non, ça n’a pas beaucoup changé. Si on observe l’actualité directe de l’été dernier avec les Roms, on voit que les schémas racistes et xénophobes se reproduisent. Nous, enfants d’immigration maghrébine, on a grandi dans une époque où la question se posait et elle se pose encore ! Mais c’est vrai aussi que dans les décennies d’avant c’était les italiens que l’on appelait les arabes de l’Europe. La peur de l’étranger est une attitude qui perdure, et nous on se bat contre ça. C’est un combat sempiternel où rien n’est jamais acquis.

« Tant qu’il y a de la lutte, il y a de l’espoir. »
HK et les Saltimbanks sont-ils militants ?
C’est toujours la même histoire. On parle de Libertés avec un L majuscule et un S à la fin. On parle de justice et d’équité. On parle finalement toujours de l’esprit des droits de l’homme qui semblait être acquis, mais qui ne l’est pas en fin de compte. À travers nos chansons, on essaie de dire qu’il y a toujours une domination et derrière ce sont nos libertés qui sont attaquées.
Si on prend le cas des OGM, le fait de savoir ce que tu manges et comment c’est arrivé dans ton assiette, c’est quelque chose qui me paraît fondamental.
La liberté d’avoir un toit.
Le droit d’asile c’est quelque chose qui a un sens. Quand des gens viennent de pays en guerre où ils sont en danger et qu’ils sont renvoyés de force dans un charter.
L’équilibre Nord/Sud. Ces pays qu’on a pillés sous la colonisation et qu’on continue de piller différemment aujourd’hui.
Voilà, nous on se bat contre tout ça. On se bat pour un idéal qui est le nôtre. Un idéal de liberté pour tous. Ce qu’on veut pour soi-même il faut le vouloir pour les autres. On ne peut pas dire «je suis pour la démocratie et puis quand le peuple se soulève contre des dictateurs au Maghreb avoir peur que cela crée une instabilité. Non, si on est démocrate, on l’est pour nous-mêmes et pour les autres.

Et la religion dans tout ça ? Vous n’en parlez que très peu.
Hahhh, la religion, c’est encore une autre histoire. On a une chanson sur le thème de la religion mais qu’on chante uniquement en live. Elle parle du 11 septembre. Moi j’aime bien intégrer la religion au même niveau que l’argent, que le pouvoir, en disant que l’être humain trouvera toujours une raison pour reproduire les schémas de domination dont on parlait tout à l’heure. Dans certains pays ou à certaines époques, ça s’est fait par le biais de la religion. Dans d’autres fois, ça se fait par le biais de la quête de l’argent ou encore par la soif d’émancipation en élargissant les frontières de son pays, ou alors par le culte de la nation. Moi je préfère parler des religions avec un grand R mais qui ne se rapportent pas forcément à un Dieu.

Revenons sur le groupe, ses influences et la grande tournée qui accompagne ce premier album.

Les influences du groupe sont multiples. On y retrouve des sonorités du rap, du reggae, latino, de la chanson française.
C’est compliqué parce qu’on aime plusieurs styles musicaux. Moi j’aime le reggae, la chanson, le chaâbi, les musiques populaires d’Amérique du Sud. En fait, ce qui me parle, ce sont toutes ces musiques de révolte et d’espoir. On a des chansons comme Ma Parole ou Tout va bien qui s’inspirent de musique de chansonniers. On m’a dit il n’y a pas longtemps que ça ressemble presque à du Renaud. On m’a aussi dit que le titre On lâche rien fait penser à du Zebda. Les influences qu’on a retenues c’est vraiment le fond de ces musiques et on a avant tout voulu faire un album qui reflète nos goûts multiples et qu’on aime.

Avec l’album, la tournée. Elle a commencé ce week-end à chez vous à Roubaix. C’est comment de jouer devant un public composé en majorité d’amis et de proches ?
Il y avait vraiment beaucoup de monde, on a explosé la jauge de La Condition Publique. C’est toujours particulier et même parfois compliqué parce que c’est un public assez exigent qui connait notre musique presque par cœur et qui va trouver des petits trucs à dire. Donc il faut vraiment être bon quand tu joues à la maison. C’est de la qu’a commencé notre aventure, première date de la tournée, et maintenant on prend la route jusqu’à fin décembre. On va revenir à la maison de temps à autre, mais voilà, on l’attend avec impatience cette tournée.


Image de Photo HK 4 - Crédit VINCENT BOUVIER Un message pour les lecteurs de discordance pour leur donner envie de venir vous voir en live ?

Les malades, les dépressifs, les unijambistes : ils viennent nous voir sur scène et ils ressortent guéris, c’est miraculeux ! (rires). On est des gens du spectacle vivant et c’est sur scène qu’on s’éclate vraiment. Il y a de quoi sortir rincé physiquement et rechargé moralement de notre concert. Si on arrive à faire ça, c’est qu’on sert à quelque chose.

Pour finir, penses-tu que le destin est bien fait ou qu’il faut parfois le forcer pour obtenir ce que l’on veut ?
Je suis rempli de paradoxes. Je crois au destin et en même temps que je pense que rien n’est écrit d’avance. Je ne vais pas tenter l’essai philosophique pour t’expliquer ce paradoxe (rires). Mais je pense que c’est à nous d’écrire notre histoire chaque jour. Comme on le dit dans une de nos chansons, c’est à nous « d’écrire à l’encre de nos rêves ». C’est à nous de savoir le chemin qu’on a envie de prendre et de tout faire pour le prendre. Tout peut se faire et se défaire. C’est ce qui fait le charme de la vie. On a toujours la possibilité de construire sa propre destinée même si cela paraît totalement improbable.

Crédit photo : Vincent BOUVIER

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A propos de l'auteur

Image de : Après une courte et intense carrière dans le monde du marketing, Anne-Laure s'est lancé dans la grande aventure! En 2009, elle intègre l'Institut des Métiers de la Communication Audiovisuelle en Avignon, et sait à présent manier avec dextérité caméras, appareils photos, microphones et bancs de montage en tous genres. Elle apporte son soutien journalistique à la rédaction de radio Raje en Avignon en réalisant interviews et chroniques. Discordance, elle l'a vu naître et grandir, faire ses premiers pas sur la toile, et participe de manière épisodique à son contenu rédactionnel. Bref, vous l'aurez compris, Anne-Laure touche à tout, l'image, le son, l'écriture, mais elle aime aussi les éclairs au café, qu'on lui raconte des histoires d'amour, le Japon, l'accordéon, les abricots, les sorties en raquettes, les jeux de société, les voyages (pas organisés), les apéros entre amis, le clafoutis aux cerises et le bon vin.

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