Histoires d’os et autres illustres…

par |
Voici un livre qui devrait plaire à ceux plus intéressés par la petite histoire que par l’Histoire, à ceux qui trouvent plus croustillant de savoir que Louis XIV avait été opéré d’une fistule anale plutôt que de connaître les dates des guerres prussiennes de Napoléon.

histoireJe ne dis pas qu’il s’adresse à des incultes, ni à des idiots, mais avouez que les meilleurs guides ont toujours été ceux qui nous racontaient que les anciens occupants avaient installé une salle de « réception » un peu coquine, ou que l’emplacement de la chapelle était celui des anciennes latrines. C’est humain. Comme des enfants nous sommes attirés par le morbide et le scatologique.

Cet ouvrage, extrêmement bien documenté, propose de passer en revue les restes de nos illustres défunts, les reliques, sacrées ou profanes, des grands morts de France. Avec un humour irrévérencieux à souhait, on imagine aisément l’auteur, assise dans un salon élisabéthain un thé à la main, nous racontant comme s’il s’agissait du dernier potin, les tribulations de la jambe de Catherine de Médicis ou de la tête du cardinal de Richelieu . Elle nous dresse un ossuaire morbido-comique, genre d’inventaire à la Prévert, dans un style très fluide et agréable, de ce qu’il est advenu des dépouilles des grands hommes (et femmes) qui ont fait l’Histoire de France. Vous y retrouverez pelle mêle, le crâne de Descartes, la tête d’ Henri IV, le coeur de Louis XVII, le cerveau de Voltaire, les dents (gâtées) de Louis XIV et j’en passe…

Par cette petite histoire et par leur intimité, on y apprend énormément sur ces fameux illustres, comme les breuvages infâmes qu’on leur faisait ingurgiter sur leur lit de mort pour les « soigner ». On pourrait croire que le monde des morts n’est que poussière et odeur de renfermé. Ce livre est la preuve qu’il n’en est rien, et que les cercueils prennent parfois plus souvent l’air que leurs occupants n’auraient pu le souhaiter, au hasard des changements de régime politiques ou de leur popularité post-mortem.

Cette enquête découpée en trois parties, comme un animal de boucherie, en « Pièces nobles », « Second choix » et « Bas morceaux », pourrait paraître choquante et sans égard, mais elle est traitée avec une tendresse pleine de respect. Elle nous fait découvrir des moeurs d’un autre temps, où il était de bon ton de s’offrir entre amis une bague en os humain, et où les reliques se transmettaient de père en fils, un cerveau dans un bocal étant tout aussi décoratif que n’importe quel autre objet !

Avec ses Histoires d’os Clémentine Portier-Kaltenbach ouvre des portes et ne les referme pas toutes. Elle expose des théories sur quelques énigmes devenues légendaires, et que la science pourrait bientôt résoudre à condition cependant d’accepter de rouvrir certains tombeaux et de chercher des réponses. Car enfin, qu’est-ce qui rend la mort si troublante si ce n’est pas justement le mystère qui l’entoure ?

Partager !

A propos de l'auteur

Image de : Normande bientôt trentenaire, intervieweuse en pointillé, en particulier dans le domaine musical ou littéraire. Sais coudre et tricoter, jouer de la batterie et organiser des tournées. Bah oui, on peut avoir l'air cool ET broder, surtout si on en fait son gagne pain : http://www.broderieduphare.kingeshop.com

2 commentaires

Abonnez vous au Flus RSS des commentaires
  1. 1
    le Vendredi 28 septembre 2007
    clementine a écrit :

    Bonjour Emma,

    Lattes vient de m’adresser votre chronique dont je tenais à vous remercier sur le champ.
    On sent que vous avez vraiment lu le livre et que vous avez parfaitement compris l’esprit dans lequel je l’ai écrit….il m’est arrivé d’avoir des fous rires et de ressentir une joie intense lorque je découvrais un nouveau « breuvage avant décés ».
    Mon royaume est celui de l’insignifiance, du détail réjouissant aussi trivial soit-il ;cela fait ouvrir les yeux comme des soucoupes aux universitaires, mais vous avez bien raison, c’est bien souvent par la petite histoire que l’on prend gôut à la « grande ».
    je suis très touchée que vous ayez senti à quel point je respectais mes « objets d’étude »…il n’y a aucun cynisme derrière ma démarche….tous ces ossements me touchent profondément, parce que je vois derrière eux l’individu auquel ils ont appartenu.
    Un très grand merci en tous cas, je vais conserver reliqieusement votre critique dans l’un de mes « reliquaires informatiques ».
    Enfin, sachez qu’à la faveur de ce livre, on m’a proposé de devenir chroniqueuse régulière sur la nouvelle émision de Stephane Bern « Secrets d’Histoires » dont la diffusion commence ce dimanche avec au programme « Napoléon a -t-il été assassiné?  »
    Merci encore d’avoir pris le temps de chroniquer mes petites histoires d’os!
    Bien amicalement
    Clémentine PK

  2. 2
    Stephane
    le Vendredi 28 septembre 2007
    emma a écrit :

    je vais conserver reliqieusement votre critique
    Voilà une coquille-lapsus amusante !

    Merci d’avoir pris le temps de répondre à cette chronique, j’en suis très touchée, et le plaisir que j’ai eu à lire votre commentaire est au moins doublement proportionnel à celui que j’ai eu avec ma lecture du livre. J’ai effectivement pris goût à la grande histoire en passant par la petite, et je vous dit bravo pour vos recherches et votre façon de traiter vos découvertes, qui font certainement plus pour les universitaires que ce qu’ils pourraient croire.

    Bonne chance pour vos émissions, et au plaisir de découvrir d’autres de vos ouvrages !

Réagissez à cet article