High Tone – Out Back

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Cela devient une habitude : Kaly Live Dub et High Tone, les deux groupes les plus influents de la scène dub française, ont décidé de sortir leurs nouvelles galettes à quelques semaines d’intervalle. Alors que Lightin The Shadows déboule dans les bacs le 27 septembre prochain, High Tone et son Out Back nous régalent depuis sa sortie le 17 Mai dernier. L’occasion de voir si les lyonnais ont su répondre aux nombreuses attentes depuis leur fameux Underground Wobble.

On s’en souvient comme si c’était hier, et pourtant voilà déjà 3 ans qu’High Tone nous proposait le Underground Wobble Tour. Un disque qui avait été considéré comme l’album consécration du groupe, tant la puissance dégagée nous avait littéralement sonnés. Trois longues années passées sur les routes, mais aussi focalisées sur l’après Underground Wobble. Un tournant délicat à prendre pour une formation en pleine ascension, arrivant à maturité.

Out Back déboule ainsi au beau milieu du printemps dernier, composé d’un double album. La première partie est intitulée Dub Axiom, la seconde No Border. Une scission logique dans sa création musicale…

Dub Axiom est en réalité une continuité des horizons abordés dans Underground Wobble. Un dub résolument orienté vers le drum’n’bass et l’électronique, donnant un côté assez digital à ses compositions. De ce fait, c’est Spank qui ouvre la session. Et quelle ouverture ! Les premières sonorités s’apparentent à Underground Wobble, mais High Tone va bien plus loin. L’énorme influence du dubstep londonien se fait clairement ressentir sur un Spank retentissant, violent, qui pousse à la transe.
Dirty Urban Beat porte bien son nom. Un dub qui frôle avec la hard teck, High Tone dévoile un visage détonant par son intensité. Dix premières minutes littéralement ravageuses qui détruisent tout sur leur passage.

Dub What s’enchaîne et ici encore, les sonorités de Underground Wobble semblent s’affirmer avant qu’ High Tone dévie vers le dubstep, en y ajoutant même du breakbeat. Le dub des Lyonnais est ainsi inlassablement retravaillé, offrant une vision saturée, mais à la fois urbaine d’un certain Do Not Panic (2007). Comme si High Tone voulait réinventer le dub à sa manière… Un dub moderne en constante évolution.

Mais cet étonnement ne va pas s’arrêter là : Liqor, en featuring avec Oddateee, laisse bouche bée. High Tone vient de subitement endosser un costume hip-hop accompagné des flows dévastateurs jetés par le MC Oddateee. Cette orientation hip-hop ne peut que surprendre, mais s’avère être un véritable succès. Un renouvellement du genre ingénieux qui donne un second souffle au groupe. Un petit interlude, Liquordub, propose ainsi la version « dubby » de ce précédent opus.

Le meilleur reste pourtant à venir puisqu’un nouveau brûlot pointe son nez, et c’est avec cette fois-ci Pupa Jim au chant que la composition prend toute sa dimension. Rub-A-Dub Anthem s’effectue sur un méchant riddim ragga et surtout avec un véritable stepper à la baguette ! Les fans qui regrettaient le côté « roots » bien absent d’Underground Wobble ne pourront que se retrouver sur ce morceau…

Plus traditionnel, Fly To The Moon annonce déjà la fin de la première séquence. Une fois encore High Tone fait un récital : à l’ancienne, mais aussi avec un excellent dub dirty, Fly To The Moon qui en fera planer plus d’un ! Boogie Dub Production parachève ce Dub Axiom sur des tonalités old school et laisse présager le meilleur pour la deuxième séquence d’Out Back, No Border.

Image de High Tone - Out Back La scission de Dub Axiom et de No Border est nette : High Tone a proposé en première partie des sonorités qu’il avait travaillées tout en les prolongeant et en les innovant. La deuxième partie offre au contraire de nouvelles perspectives. Le monde de la fusion est un univers large et complexe pour High Tone qui n’hésite pas de surcout à explorer d’autres variantes musicales. Space Rodeo lance No Border avec un rock noisy/dub accompagné de Ben Sharpa au chant. Même sous un fond hip-hop, High Tone prend ses aises et part dans plusieurs directions… Sur Bastard, il garde au chaud ses guitares affûtées et mélange ainsi rock, jungle, électro, dub… High Tone prend du plaisir, mais n’oublie pas ses racines non plus. Sa facette ethno-dub assez imposante dans ses albums ressort sur le très réussi Home Way. De nouveaux instruments tels que le violon et la contrebasse font leur apparition sur plusieurs morceaux.

La violence de Dub Axiom a quelque peu quitté ce No BorderPropal est à dominance marquée par le violon, de légers carillons, un morceau qu’Ez3kiel ne renierait pas.

Après avoir fait considérablement baisser le rythme et l’intensité au fil des morceaux, High Tone décide de partir à nouveau à l’attaque. Beaucoup parleront d’Uncontrolable Flesh comme la compo phare de No Border. C’est à vrai dire la plus violente… Un dub sale à coup de beats et de déflagrations électroniques qui laisse entrevoir une puissance inouïe en live. Plus de 6 minutes d’assaut qui précèdent un Ollie Bible très expérimental. Haché, saccadé, ou l’art de mixer une électro urbaine qui aurait pendant un instant abandonné le dub.

Enfin pour terminer High Tone décide une dernière fois de s’essayer aux guitares électriques, et pourrait même encore concurrencer leurs potes d’Ez3kiel ! 7th Assault peut revendiquer une place parmi les riches créations présentes sur l’album Battlefield !

16 pistes au total, pour une durée d’1 h 25. High Tone n’a pas fait dans la demi-mesure pour son retour en 2010. Underground Wobble paraît en tout cas très loin, lui qui avait surpris à l’époque par son originalité. Comme si son rôle était d’effectuer une transition dans la création sonore des Lyonnais. Ils nous proposent par la même occasion leur visage le plus violent, mais également le plus calme… Les morceaux n’ont pas de réelle continuité et sont ainsi très diversifiés. C’est d’ailleurs un constat implacable : un disque très soigné qui se caractérise par des compos qui montent souvent crescendo en matière de rythme, comme pour mieux exploser à mesure que les minutes s’écoulent…

High Tone s’est nettement fait plaisir sur ce Out Back. C’est probablement l’album le plus abouti, mais aussi le moins accessible par sa complexité. Celui auquel les fans de la première heure pourraient bien ne pas adhérer… Toutefois il est impossible de nier l’immense travail accompli par le groupe qui ne cesse de renouveler le genre en essayant de le prolonger et d’y apporter de multiples variantes.

Pari osé pour High Tone… mais qui produit à merveille un successeur digne de Underground Wobble.

Crédits photo : JiF

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High Tone, Out Back, 2 cd’s, 1h25, 16 titres… dans les bacs depuis le 17 Mai 2010

Site Officiel : http://www.hightone.org/
Myspace : http://www.myspace.com/hightoneofficialsite

A propos de l'auteur

Image de : Etre thésard et mélomane, c'est possible. Enfin du moins pour l'instant ! Véritable électron libre dans le Sud de la France navigant entre Montpellier, Nîmes, Avignon et Marseille, je conserve cette passion à partager mes coups de cœur, mes trouvailles... et aussi mes coups de gueule. Pour ceux qui auraient envie d'en savoir un peu plus, vous pouvez toujours jeter un œil à mon site perso, Le Musicodrome (www.lemusicodrome.com).

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