High Tone au Cabaret Aléatoire de Marseille

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Sans surprise, le passage d’High Tone au Cabaret Aléatoire a mobilisé les marseillais. Même un peu trop… La déferlante d’Out Back était attendue au tournant, deux ans et demi après leur dernier passage dans la cité phocéenne.

C’est à se demander si le Cabaret Aléatoire pensait avoir autant de monde : l’organisation passable des caisses et des files d’attente ayant fait rater Jacin en première partie pour quasiment tout le monde, c’est peu dire. Près de 900 personnes se sont ainsi littéralement amassées dans une salle pleine à craquer.

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Le cadre est idéal : anciennes friches de la SNCF, le Cabaret Aléatoire endosse l’habit du vieil entrepôt désaffecté. Ambiance. La salle reste spacieuse avec surtout une scène très proche du public. High Tone n’aura pas de mal à ne former plus qu’un avec ses fans.

Pourtant c’est avec une certaine curiosité que le show est attendu. High Tone a grandi, mûri aussi. L’étiquette très généraliste « d’ethno-dub » a quelque peu disparu au fil des albums, où Out Back est l’incarnation par excellence du chemin parcouru. L’évolution musicale progressive vers le dubstep a atténué le côté « dub festif » du groupe pour explorer d’autres variantes, sans toutefois entraver à son attrait.

Une disposition en tout cas traditionnelle pour les High Tone : on retrouve la batterie au centre avec les quatre autres membres autour. Les Lyonnais ont également fait suivre leurs célèbres écrans (au nombre de cinq) afin de faire le show auditif et visuel.

Assez déblatéré, dans une chaleur étouffante, le set est lancé : ceux qui étaient venus pour voir les précédents opus ont sûrement été déçus, mais que voulez-vous, High Tone est là pour présenter la tournée de son dernier joyau Out Back, et ils n’hésitent pas à mettre les petits plats dans les grands.

Avec une l’ouverture en douceur, High Tone tient à nous faire part d’entrée de ses nouveaux morceaux mais nous la joue à l’ancienne : alors que tous ont souligné l’état d’esprit moins « roots » d’Out Back, les lyonnais débutent par un Boogie Dub Production « old school », très boostant et surtout très jumpant. Moins un à tous ceux qui pensaient qu’High Tone avait renié ses origines, rien de tel pour souder un public déjà lancé.

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Mais les choses sérieuses ne tardent pas à arriver : High Tone ne plaisante plus et envoie une de ses compos les plus violentes, Dirty Urban Beat. Les basses à fond frôlent avec une hard teck décoiffant avant de tomber dans un rythme beaucoup plus calme et surtout plus dubby. High Tone vient de nous prouver en l’espace de 10 minutes qu’il maîtrisait entièrement son sujet. Quelque soit les variantes, High Tone joue les apprentis sorciers avec un dub qu’il manipule et retravaille en permanence : plus expérimental, Dub What rappelle un peu les sonorités perçues sur Underground Wobble en plus saccadées, High Tone n’hésite pas à digitaliser ses créations. Plus incisive mais pourtant plus posée, Dub What renoue avec le dub électronique extrêmement bien exploité par le groupe, avec la célèbre sirène orientale, véritable marque de fabrique des High Tone.

Un début de show très Out Back, mais le meilleur ne va pas tarder à arriver : un des morceaux qui aura sûrement le plus marqué le public de cette soirée, le fameux Rub A Dub Anthem, à la base en featuring avec Pupa Jim. Un brûlot par excellence, une violente envie de danser sur un tel riddim. Même sans Pupa Jim, le chant est retranscrit à merveille : encore plus ragga et stepper, une déferlante reggae/électronique s’empare du Cabaret Aléatoire qui n’en finit plus de bouger !

Pas le temps de se remettre de cette claque monumentale que les High Tone profitent de cette faille pour balancer un vieux morceau, 112 Dub, lui aussi très apprécié par le public. 112 Dub s’inscrit dans la période ethno-dub travaillée au début des années 2000 par le groupe, cependant un peu plus orienté vers l’électronique pour ne pas trop s’éloigner de la setlist choisie.

Cette phase roots a enchanté le Cabaret Aléatoire et il faut reconnaître qu’après les tous premiers opus joués par High Tone, on ne s’attendait pas vraiment à la voir arriver. Et pourtant les surprises vont continuer à tomber : en hommage au célèbre jeu vidéo Space Rider, les Lyonnais proposent une version remixée du générique en dub/dub électronique.

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High Tone repart à l’assaut du Cabaret et décide de le faire tout bonnement exploser : après le côté «dub roots », la place grandissante de l’électronique dans leurs tracks va ainsi s’affirmer progressivement. Uncontrolable Flesh ouvre le bal, et quelle déflagration sonore ! Comme si le groupe s’était brutalement métamorphosé en bourreau, c’est à coup de beats que le public est martelé. L’assaut effectué par High Tone a laissé sans voix un public qui ne s’attendait pas à un tel changement de registre, mais qui l’a toutefois comblé. Et quand Hangar 94/05 déboule, un des hits de Wave Digger en 2005, la transe peut redémarrer ! Hangar 94/05 résume en 6 minutes toute la discographie du groupe : un soupçon de jungle au milieu d’un dub maîtrisé, des passages électroniques qui s’affirment, des influences reggae puis plus rarement de rock, pour finalement aboutir à un mélange des styles décapant qui vous mène tout droit en soins intensifs… Un pur plaisir de réentendre de tels opus !

L’heure de concert est dépassée et c’est aussi le temps de se rendre compte qu’aucun morceau de Underground Wobble (2007 et avant dernier album) n’a été joué. L’étonnement va laisser sa place l’auto-satisfaction puisque High Tone décide enfin de sortir Freakency de ses tiroirs pour commencer, mais surtout Ask The Dust. En version longue de 10 minutes s’il vous plait ! Début posé, influences tziganes, percussions en douceurs, puis l’inébranlable se produit : le néant, le chaos. Une intensité incomparable, un gouffre qui nous plonge en plein cauchemar, matraquait à coups de beats industriels entrecoupés de cris de femmes… Les murs s’en rappellent encore.
C’est ainsi que sur la tournée d’Out Back, le morceau joué en version longue n’est plus Enter The Dragon, mais Ask The Dust. Une information qui décevra les fans de la première heure, mais qui vaut sincèrement son pesant d‘or.

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L’heure du rappel a sonné après 1h30 de concert, et les Lyonnais ne tarderont pas à revenir rapidement sur scène. Mais bien sûr, comment avoir pu l’oublier ? Spank, premier single d’Out Back, pointe le bout de son nez. Encore une bonne dose de dubstep et la salle peut repartir. Malheureusement le groupe va proposer la version clip de l’opus et non la version cd. Petite déception car le morceau perd en intensité et tarde vraiment à se lancer. Les coups de buttoirs sont beaucoup plus atténués, le rythme accéléré, ce qui enlève tout l’aspect de « lourdeur » au morceau. Spank perd une grande partie de sa cohérence dans cette version, et c’est bien dommage.

Cette légère mésaventure vite oubliée, High Tone enchaîne avec Glowing Fire, troisième et dernière compo jouée de Underground Wobble. High Tone a choisi un final planant à la sauce anglaise, ce qu’il sait faire le mieux en quelque sorte. Après 1h45 de concert, il termine de façon surprenante sa setlist avec Bastards et ses connotations de « musiques électroniques orientales » comme pour ne pas oublier ses racines. Si le morceau en lui-même intègre une guitare électrique et tangue vers le rock, la compo s’achève lentement en douceur, un peu à l’opposé de la soirée. Les derniers riffs tombent, personne ne pense que les énervés d’High Tone partiront sur ce Bastards si étrange, et pourtant…

Alors que le Cabaret suggérait une fin en apothéose, High Tone a terminé son show dans le calme et a ainsi pris tout le monde à contre-pied. Personne ne pourra cependant critiquer l’intensité de leur concert : ils ont su alterner avec malice leurs différentes périodes, en commençant par des compositions nouvelles mais très old school, pour terminer sur des nouveautés/anciennetés d’une rare violence. Au final une bonne partie de Out Back a été jouée, les versions ne changent pas réellement de la galette, mais impossible de nier que la setlist s’est globalement orientée vers les morceaux où l’électronique occupe une grande place. La critique d’Out Back soulignait que cette galette était sûrement la moins accessible par sa complexité, mais la setlist est avec le recul osée. Beaucoup plus électronique, un peu moins dubby, les fans de la première heure auraient pu ne pas accrocher. Pourtant dans l’ensemble, tout le monde gardera un énorme souvenir de cette soirée. High Tone, maître incontesté du dub, l’est tout autant lorsqu’il décide de proposer un show de musiques électroniques. Car au final, c’est un peu ça…

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La performance visuelle réalisée sur les écrans a elle aussi fait son effet : tout d’abord que ce soit au niveau des créations et du renouvellement, puisqu’autant les nouveaux que les anciens morceaux ont vu leurs fonds visuels entièrement repris à zéro. Puis enfin la diversité relevée est à souligner : si Underground Wobble proposait des ambiances rougeâtre et jaunâtre par la présence de sols de Mars ou de terres arides, Out Back a révolutionné l’atmosphère ressenti. Pas de réelles couleurs choisies, bien au contraire, mais un vaste panel de contrastes a coloré la soirée. Se sont ainsi succédés des passages de paysages désertiques, mais aussi des comic’s cartoon assez tripants, des délires pseudo-sécuritaires/autoritaires, des extraits de clips, ainsi que de nombreux effets visuels saccadés et torturés.

High Tone présente son dub électronique à chaque concert et démontre surtout qu’il le renouvelle sans cesse. Véritable monstre national dans son genre, en studio comme en live, tout est dit.

Set List : Bougie Dub Production, Dirty Urban Beat, Dub What, Rub A Dub Anthem, 112 Dub, Headline, Space Rider, Uncontrolable Flesh, Hangar 94/05, Freakency, Ask The Dust, (rappel), Spank, Glowing Fire, Bastards.

Crédits photo : C.Oberlin

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Site Officiel d’High Tone : http://www.hightone.org
Site du Cabaret Aléatoire :
http://www.cabaret-aleatoire.com

A propos de l'auteur

Image de : Etre thésard et mélomane, c'est possible. Enfin du moins pour l'instant ! Véritable électron libre dans le Sud de la France navigant entre Montpellier, Nîmes, Avignon et Marseille, je conserve cette passion à partager mes coups de cœur, mes trouvailles... et aussi mes coups de gueule. Pour ceux qui auraient envie d'en savoir un peu plus, vous pouvez toujours jeter un œil à mon site perso, Le Musicodrome (www.lemusicodrome.com).

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