Hellfest 2010 – Pure Fucking Metal

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Nouvelle escapade au cœur de l'Enfer pour ce Hellfest à l'affiche prometteuse, malgré une polémique politico-religieuse d'un autre âge et un temps désastreux annoncé. Il en faudrait beaucoup plus pour refroidir des organisateurs motivés et un public indestructible !

Ce que vous trouverez ci-dessous n’a pas l’exhaustivité pour vocation. 4 jours de présence sur le site, 116 groupes, des concerts de 10 h 30 du matin à 2 h (du matin aussi), des « nuits » de moins de 5h dans un camping où les agités semblent se relayer pour mettre le feu en continu… Autant dire qu’il y en a, des dilemmes entre Mainstages et Tents, des black-out, des lapsus, des confusions, des « T’es sûr, on les a vus eux ? », « T’es sûr, c’était aujourd’hui ? »…

Vendredi 18 juin

Il est déjà 12 h quand la Dream Team Discordance arrive sur le site où Evilecommence son set. Du bon thrash pour commencer en attendant LES grosses pointures du genre : Slayer et Exodus. Découverte du site, premiers essais caméra et dégustation de mets sur fond de black métal avec les Japonais de Sigh à la Terrorizer Tent. Un subtil mélange de mélodie et de brutalité.

Image de Hellfest 2010 - Mass Hysteria Mais la journée commence enfin vraiment avec nos compatriotes de Mass Hysteria ! Grosse prestation des Frenchies, excellente présence scénique, un son toujours aussi efficace, et on comprend pourquoi ils ont si longtemps tenu le titre de meilleur groupe français en live. Si on ajoute à cela une dédicace bien sentie à Boutin et de Villiers, et le premier braveheart du festival pour nos petits yeux en manque de brutalité, c’en est presque trop. Définitivement : FURIA !

Walls of Jericho souffrant d’un petit retard d’avion, c’est Fintroll qui les remplace au pied levé, risquant de froisser des fans n’ayant pas été mis au courant du changement. Les Finlandais commencent leur set sous un ciel qui redevient menaçant (nos amis catholiques se seraient-ils fait entendre finalement ?). Mais leurs incantations païennes, en finnois dans le texte, s’il vous plaît, nous protègent, on en est sûrs.

Arrivée de KMFDM et de leur indus oldschool. Un groupe précurseur, soit. Toujours est-il que les Allemands peinent à faire bouger le public. Il fait dire que la seule à s’agiter un peu est Lucia. Mais ses cheveux roses et son pantalon limé argenté ne suffisent apparemment pas à dynamiser tout ça. L’heure d’un petit break s’impose : un tour à l’Extrem Market, surface marchande dark encore plus démesurée que l’an dernier. Un véritable village.

Walls of Jericho font finalement leur entrée sur la Mainstage 2. Gros son hardcore et une voix qui détruit tout, une attente récompensée par les fans, qui gratifient le groupe du plus gros circle pit de ce début de festival ! Mais pas le temps de prendre du recul sur le concert, car la programmation du Hellfest ne laisse aucun répit. On enchaîne !


16h45 : Deftones entre sur la mainstage 1 (va-t-on réussir à voir les tentes plus de 5mn ?) devant un public sur-motivé. Une heure et quart d’une setlist parfaite, tout ce qu’on peut demander. (Rocket Skates / Diamond Eyes / Feiticeira / Elite/ Korea / Cmnd-Ctrl / You’ve seen the butcher / Royal / Be quiet and drive / Lotion / My own summer / Birthmark / Engine N°9 / Passenger / Change/ Root…) Aucun album n’est oublié, les oreilles frissonnent aux sons familiers… Et même si certains morceaux sont un peu brouillons, le crescendo est indéniable jusqu’au rappel : 7 words. Chino aura tout donné, sa chemise rose trempée de sueur pour preuve valable.

Loudblast offre après cela un bon échauffement de cervical, avant de rejoindre les copains d’Infectious Grooves qui ont déjà commencé sur la Mainstage 1. Oui, on avait eu Suicidal Tendencies l’an dernier. Mais, non, on ne s’en lasse pas ! Une ambiance funky et survoltée, des solos de basse qui emportent tout sur leur passage, une parenthèse de légèreté et de fraîcheur au milieu du déchainement de fureur, un pur délice !

Image de Hellfest 2010 - Sick of it All 20h, Sick of it All. Les vétérans du hardcore new-yorkais rassemblent tous les âges. Changement radical d’ambiance, un son lourd et des circle pits de plus en plus impressionnants… la montée dans la programmation se ressent sur l’énergie globale des festivaliers. Paroles revendicatives vissées au set, fureur et joie dans les cœurs ! Blague à part, ces hommes sont des monstres. Vous voudriez voir les poings du guitariste de plus près, vous ?

21h15, quoi de plus beau qu’un coucher de soleil au Hellfest avec un drapeau brésilien qui vole au vent sur fond de Refuse/Resist ? Excellent timing pour Sepultura ! Excellent set aussi avec la voix chaude de Derrick Green qui nous gratifie de petits mots en français, la classe ! Pour beaucoup, Sepultura sans Max, c’est plus pareil, mais quand même à voir l’énergie du public, la mayonnaise prend. Et bien.

Toujours pas le temps de souffler avec l’arrivée des Suédois d’Arch Enemy. Des riffs de folie, brutaux et mélodiques. La voix gutturale surréaliste d’Angela. Ya pas à dire, ils envoient du lourd. Pure fucking metal, ils peuvent le dire, oui. Tout ça dans un « petit bout de femme », comme disent les machos qui semblent encore s’étonner de présences féminines crédibles dans ce milieu. Pendant ce temps, sur les petites scènes, jouent deux groupes très attendus par les festivaliers. Godflesh finit pourtant un set qui ne nous donne pas l’impression d’avoir loupé grand-chose, trop de fumée sur scène et un rythme un peu trop primaire… Tandis que débutent les Norvégiens d’Ulver. Avant-gardiste, nous promet la prog… Un peu trop peut-être, enfin triste, surtout…

23h30, et la perspective des deux têtes d’affiche de la soirée se fait alléchante.
Fear Factory, du thrash pur et dur qui sait garder le public sur 220V malgré le froid qui envahit progressivement le site…
Puis Biohazard ! Certes, ce ne sont pas des jeunots, mais quelle patate, rien à voir avec la fin de première soirée de l’an dernier (souvenir douloureux de Mötley Crüe…)

Samedi 19 juin

Image de Hellfest 2010 - Tamtrum Ouverture des festivités avec les Français de Tamtrum (décalé du vendredi au samedi). Un vrai esprit rock’n'roll. Un show énergisant, provocateur (et pas mal dénudé aussi : tout le paradoxe du métal est là : la veille vous avez Arch Enemy avec une frontwoman au chant guttural et le lendemain, on vous agite des seins sous le nez. Soupir.). Malgré tout, merci à leur son, qui a eu l’effet du café qu’on aurait aimé prendre !

Moins électro, mais aussi efficace, Tankard réveille les nouveaux arrivants avec des riffs surpuissants et un rythme que les nuques, encore refroidies de la veille, peinent à suivre. Y &T, tout comme Pretty Maids, ayant du mal à motiver les rédacteurs de Discordance, ces derniers décident de flâner à la rencontre de la faune haute en couleurs aux alentours pour quelques clichés souvenirs.

Pour Born From Pain, malheureusement, la puissance du son et la densité de chevelu au mètre carré rendent difficile l’approche de la fosse, c’est donc l’heure de s’approcher des Mainstages où Anvil (mais si, vous savez, le groupe raté qui a eu son propre film documentaire !) termine son set sous un soleil de plomb (c’est vraiment tout ou rien), avant de s’attaquer à Airbourne !

Airbourne. Quelle claque ! De l’énergie à ne plus savoir qu’en faire. Un show vertigineux, dans tous les sens du terme,avec la folle escalade de Joel O’Keeffe, jusqu’à un solo perché tout en haut de la structure. Mémorable ! Zéro limite et un public déchaîné, comme quoi la brutalité du son ne fait pas tout ! AC/DC peut dormir tranquille, la relève est assurée.

Un peu de retard pour Unearth à la Terrorizer Tent mais ils savent se faire pardonner avec The final Countdown en intro – clin d’œil au passage d’Europe au dernier Hellfest ? – enchainé par un son lourd et redoutablement efficace. Encore un grand nom du hardcore ici, preuve une fois de plus que chacune des musiques extrêmes sont bien représentées.

19h, ce bon vieux Slashpointe le bout de sa guitare. Il est moins frais qu’à la belle époque, ne nous mentons pas. Le public est nombreux, mais, hormis quelques solos bien sentis, l’ambiance ne décolle pas énormément… dommage.

20h, passage à la Terrorizer Tent pour As I lay dying, les fans de brutal se régalent !

Voici venir… Twisted Sister ! Malgré les années qui passent leur ardeur (et leur look) restent les mêmes, et les fans de toutes générations sont comblés. We wanna rock ! Petite larme versée avec Long live Rock’n'Roll jouée en hommage au regretté Dio… Mais, surtout, We want to ROCK !

22h, l’heure du spleen ! D’un côté du ring, Immortal. Maquillage sympa, si vous voulez, mais la voix d’outre-outre-tombe laisse un peu… dubitatif. Dirigeons-nous donc de l’autre côté du ring, où My dying Bride distille… une ambiance sombre et dépressive. Intéressant. Mais un peu suicidaire sur les bords !

On aimerait que ça s’énerve un peu. Heureusement que dans peu de temps, une légende va faire son apparition…

J’ai nommé…. Aliiiiice Coooooopeeeeer ! La mise en scène est superbe : truffée de détails et d’accessoires en tous genres, et un Alice est somme toute très en forme malgré les années qui passent (bravo à tous les groupes « revival » de cette édition, d’ailleurs, ça ne se sent pas du tout que vous avez soixante ans !) Un vrai spectacle, presque une comédie musicale, et le show est à la hauteur du personnage. Décapitation, pendaison, injection létale, Alice ne se refuse aucun sacrifice pour satisfaire le public. Du grand guignol pour certains, mais un pur moment de légende pour ceux qui sont entrés dans le jeu !

1h, et voilà Carcass et son black méchant-méchant ! Mais il y a saturation et besoin d’un duvet. Bonne nuit !

Dimanche 20 juin

Dernier jour et l’impression à la fois de ne pas avoir dormi, et de ne pas en avoir assez profité.

12h30, l’heure de démarrer en « douceur ». Freak Kitchen est Suédois, et propose un rock beaucoup plus léger que la plupart de ses confrères scandinaves présents cette année au Hellfest (Hip Hip Hoorah!). Ce groupe possède la vigueur de tout un sextet, et pourtant ce n’est qu’un trio. La voix est claire, les solos nickels et surtout, le set est détendu ! Eluveitie, c’est quelque chose de très hardcore (sur fond de grosses guitares) et de très poétique (flûte et vielle). Le mélange de folk et de métal est détonnant et plutôt efficace. Peut-être un peu répétitif, mais le public se prend visiblement bien au jeu.

Après Immolation l’an dernier, Decapitated et des promesses de show extrême qui s’envolent… Pas de guillotine sur scène. Restent des morceaux hyper techniques, des grognements sourds sur fond de batterie furieuse. Les Polonais retournent littéralement le cerveau…

Image de Hellfest 2010 - Patrick Roy Patrick Roy avait été annoncé comme spectateur pour le dimanche. Et il est venu. On l’a aperçu dans le carré VIP, mais pas seulement. Il s’est risqué dans le raz de marrée des métalleux où il est accueilli comme un messie. Pour ceux qui auraient loupé l’histoire, petit cours de rattrapage : http://www.youtube.com/watch?v=UENvu1d9q9U
16h, pendant que Behemoth vocifère, les rédacteurs de Discordance, eux, mangent des bonbons. Nostra culpa, il y a toujours un moment au Hellfest où vous avez besoin d’un break dans les groupes pas contents aux maquillages de morts, qu’ils soient polonais ou norvégiens, d’ailleurs. Et quand vous n’avez pas sous la main de set un peu plus funky, vous prenez la douceur où elle se trouve : dans le stand des bonbons maculés de la sainte poussière de Clisson.

Katatonia, en studio, pond des albums à la mélancolie lente et lanscinante, que l’auditeur est libre de faire tourner quand l’humeur est la bonne. Au Hellfest, leur son est tout aussi lent et lancinant, tout à fait digne d’une cathédrale gothique. Mais l’humeur n’y était vraiment pas… On attendait Stone Sour ! 19h, nous y voilà ! Et Stone Sour, ça n’est pas seulement le groupe parallèle d’un type-de-Slipknot-que-l’on-a-découvert-sans-son-masque-avec-de-jolis-cheveux-longs-et-blonds. Ça n’est pas que le clip assez mièvre de Through glass. Ils sortent un nouvel album prochainement (Corey nous l’a assez répété), et au vu des morceaux joués, on peut être confiant. Pas d’hommage à Paul Gray, bassiste de Slipknot retrouvé mort dans sa chambre d’hôtel le mois d’avant. Corey Taylor, très communicatif, aura préféré tenter la démocratie participative en nous apprenant une magnifique chorégraphie ridicule – un grand moment !

Image de Hellfest 2010 - Stone Sour

Sous la Terrorizer Tent, la température prend plusieurs degrés dans la vue quand arrivent Brant Bjork et ses Bros. Le stoner y est effectivement chaud, chaud, chaud… Les quarantenaires présents se balancent sur leurs genoux, la transe n’est pas loin et on se croirait back to the 70s. Malheureusement, obligations Discordanciennes obligent, on ne fera qu’entendre le set de Lemmy & Co depuis l’espace VIP, ce carré d’herbe fraîche où pâturent des dizaines de personnages oisifs pour la plupart : hamacs, fauteuils, poufs… sans parler des amateurs de foot qui ne profitaient des concerts qu’entre deux matchs, on se passera de commentaire. On y note cependant la présence redoublée d’œuvres d’art en tout genre : sculptures sur bois, statues de métal, mobilier…

The Dillinger Escape Plan semble agir comme une double dose d’excitant sur les spectateurs : alors que certain(e)s grimpent sur les barrières pour essayer d’apercevoir quelque chose sous la Tent bondée, d’autres les secouent (les barrières) à un rythme effréné. Dur de rester en place et de savourer avec quiétude les mélopées hardcore du groupe…

Slayer aura eu la malchance de jouer juste avant Kiss, sur la scène mitoyenne. Du coup, nombreux auront été les gens à les regarder de loin, sur l’écran, en attendant les rockers peinturlurés. Malgré tout, le set est impressionnant de maîtrise et de technique, et on reconnaît Raining blood, Disciple, Angel of Death, South of Heaven
Et voilà, dernier concert du festival… On se doute que Kiss est attendu par fans et curieux. On redoutait du navrant, voire du pathétique – les échos du Rock Am Ring n’ayant pas été glorieux… Et en fait, ce fut tout le contraire. Avec leurs effets pyrotechniques kitschounnets, les flammes, les pétards, les plateformes qui s’envolent, leurs petits moments de mise en scène, Kiss assurent un show de stars de la pop. Certains connaissent les paroles par cœur, d’autres ne reconnaissent que les deux plus gros tubes. Et pourtant, tout le monde semble apprécier. Et on se surprend à sourire tout au long du set, non par moquerie, mais par réelle sympathie pour les bonshommes. Tout le monde s’amuse, il ne s’agit que de ça, de fun, de rock’n'roll !

Et quand le feu d’artifice traditionnel du Hellfest est lancé, quand la Mainstage 1 se vide, quand la foule se disperse et ne laisse que les débris qui jonchent le sol, on reste là, un peu hébété, avec un sourire ridicule comme peint sur les lèvres.

À l’an prochain, pour sûr. Qu’il vente, pleuve ou neige, que les foudres de l’Enfer s’abattent sur nous ou pas !

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Crédits photos : Andreas Morneau et Melchior Tersen

Merci à eux de n’avoir cessé d’arpenter les différents scènes.

Instantanés : VIOLHAINE

Joel O’Keeffe en haut de la structure : PaD

Un grand merci à Roger, Jeff et toute l’équipe du Hellfest.

Merci à Tamtrum. Merci à Martin & Pierre de N-Syndicate.

Merci aux gentils festivaliers qui ont accepté de se faire prendre en photo et de répondre à nos questions en face de la caméra.

A suivre sur Discordance : Interview de TAMTRUM, et reportage vidéo sur les 3 jours de festival !

A propos de l'auteur

Image de : Miss Cinéma de Discordance et chroniqueuse hétéroclite since 2005. [Blog] [Twitter]

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