Handsome Furs

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Dan et Alexei, le couple le plus sexy du moment, vivent à Montréal et ont leur mot à dire sur l’état du monde : rencontre avec eux lors de leur dernier passage à Paris en pleine promo de leur nouvel album.

handsome2Délaissant Wolf Parade le temps d’une escapade en Europe, Dan Boeckner sort un premier album avec sa fiancée Alexei Perry en 2007, sous le nom d’ Handsome Furs . Inspiré par les grands espaces scandinaves, Plague Park attend un successeur pour le 9 mars prochain. Sur ce second album, Face Control, le rythme se fait plus pressant et le son est plus électronique, tout en gardant une énergie et un goût de la provocation qui font la marque de fabrique du groupe.

Une attitude qui leur a valu de nombreuses comparaisons avec un autre couple électrique, The Kills . Côté paroles, la pochette du CD annonce la couleur : doberman sur fond rouge au recto et Vladimir Poutine au verso, il sera donc question de la Russie, le pays où entrer dans un club relève du défi, et des désordres de nos sociétés modernes. Ceux qui attendaient de jolies ballades romantiques risquent d’être déçus.

Avec Dan à la guitare et Alexei aux machines, le groupe entame ce mois-ci une tournée européenne qui passait par Paris le 11 février dernier. À cette occasion les Handsome Furs ont joué le jeu des questions/réponses avec le sourire.

Comment sont venues les premières chansons pour ce projet en 2006 ?

Dan : Le projet a commencé quand Alexei et moi avons emménagé ensemble à Vancouver. Notre appartement faisait la taille de cette pièce, il était très petit. Je travaillais sur ma musique, Alexei écrivait. Nous voulions faire quelque chose, et c’est arrivé très naturellement.

Alexei : Il n’y avait pas assez de place, donc nous devions chacun travailler sur les trucs de l’autre ! (rires)

Dan : Nous ne pouvions pas travailler à l’écart, donc c’est devenu un groupe. On s’est dit, « allons-y », et nous voici ! Nous n’avions pas de plan, mais c’était si drôle et si gratifiant que nous avons continué.

Alexei, tu écris des nouvelles et de la poésie, à quel point est-ce différent d’écrire des paroles de chansons ?

Alexei : Extrêmement ! (rires)
Oui, c’est très différent pour moi. Je me sens une drôle de personne, car avant, je passais des heures et des heures seule, juste dans ma tête, essayant de travailler des idées. Et maintenant, je suis sur scène, je dois collaborer à des choses…. C’est un super challenge, mais ça a été difficile.

Votre musique est associée à certains lieux, principalement la Scandinavie sur Plague Park. Où cet album a-t-il été composé ?

Alexei : Nous avons écrit beaucoup de Face Control durant notre tournée dans les pays baltes, la Russie, principalement l’Europe de l’Est. Nous tournions dans d’autres pays également, mais beaucoup d’idées sont venues de ces lieux. C’était comme si nous utilisions la toile de fond de l’Europe de l’Est pour parler des idéaux américains.

Qu’est-ce qui vous a le plus frappé dans ces pays ?

Dan : Je sais que c’est différent en Europe, parce que vous avez une vue plus large du monde dans la presse, mais au Canada, surtout ces huit dernières années sous l’administration Bush, beaucoup de nouvelles que nous recevions des États-Unis étaient très étroites d’esprit. Si vous demandez à la personne moyenne, même quelqu’un qui s’intéresse à la politique, elle ne sait pas du tout ce qui se passe en Serbie, ou pourquoi la Roumanie peut être importante dans la politique européenne.

Ça m’a vraiment frappé de me rendre là-bas et d’être le témoin de l’adoption par ces pays du capitalisme, d’une façon totalement folle et sans limites. Surtout en Russie. En Amérique du Nord, nous avons cette idée qu’en 1991 c’était bon, la démocratie l’emportait, le communisme était défait. La vérité est que le capitalisme qui y existe n’a rien à voir avec la démocratie, il y a toujours un système aristocratique de contrôle. Seulement maintenant, les Russes peuvent acheter tout ce qu’ils veulent, s’ils ont l’argent. C’est la forme la plus pure de capitalisme que j’ai vu, au mauvais sens du terme. Je ne critique pas la culture des gens qui vivent là, c’était juste intéressant de voir ça.

Alexei : C’était une chose importante à laquelle assister. Le rêve américain n’est pas si brillant.

Dan : Et d’un sens, c’est devenu un miroir de ce qui se passait aux États-Unis à ce moment-là. Ils ont cette énorme division entre riches et pauvres et pourtant ils continuent de faire croire qu’on peut y devenir ce que l’on veut, même le président, ce sont des conneries ! C’est ce qui a contribué à ce désastre financier. En Russie, tu peux devenir ce que tu veux. si tu as l’argent ! Ça m’a semblé plus extrême, mais aussi plus honnête.

Pouvez-vous expliquer l’histoire autour du titre Face Control ?

Alexei : « Face control » est une politique russe : tous les gens qui vont dans les clubs y sont soumis. Que tu entres ou non dépend de si tu présentes bien ou si tu portes les bons vêtements. Les gens peuvent dépenser jusqu’à 15 000 dollars pour entrer dans ces clubs chics. C’est très, très sévère. En Europe ou en Amérique, tout le monde appelle cela le « dress code », et c’est exactement le même chose, mais en pire. Nous n’avons même pas pu entrer dans le club auquel on jouait Moscou, nous sommes sortis déjeuner et nous avons eu à subir le « face control ». Nous sommes entrés grâce à une fille Russe qui a dû dire « les gens en Amérique s’habillent mal, comme ça, mais ce sont des rock stars très célèbres !».

Le passage à un son plus électronique et plus rapide est-elle liée à l’évolution dans les thèmes des chansons ?

handsome1 Dan : Je pense, oui. Nous voulions que la musique colle aux paroles. Avec le premier album, nous avons beaucoup joué live et plus on faisait de concerts, plus on réalisait de quelle façon nous voulions présenter notre musique. Nous sonnions de plus en plus fort. Je voulais également des chansons au tempo plus rapide, en réaction à ce qui se passe en Irak et en Amérique du Nord en ce moment. Je ne voulais pas de chansons précieuses, intellectuelles, de grandes métaphores sur les rois, les reines et les licornes. Ce sont juste des gars qui parlent de leurs copines, avec cinquante métaphores par-dessus !

Ce genre de musique m’a frustré après avoir voyagé entre l’Europe de l’Est, l’Europe d l’Ouest et l’Amérique du Nord, tout en politique me paraissait foutu et au bord de ce qui deviendrait la crise financière. Pendant ce temps, le groupe indie rock qui a le plus marché en 2008 était Fleet Foxes, qui a vendu autant que les Eagles ! Les gens qui achètent cette musique sont surtout des gamins blancs des classes moyennes ou aisées, qui vont à Columbia, expérimenteront le sexe, la drogue et auront un super job. Je pense que cela résume bien cette attitude « je m’en foutiste » qui m’a vraiment dérangée.

Alexei : Aucun intérêt pour le reste du monde.

Dan : Je voulais faire quelque chose de laid, de désordonné. C’était le genre de musique que j’aimais quand j’étais gamin, qui me parlait.

La New Wave est vraiment à la mode en ce moment : deux films sur Joy Division sont sortis récemment, un best of du groupe.que pensez-vous de ce revival ?

Dan : Les gens qui découvrent un groupe comme Joy Division dans le format documentaire voient les gens jouer de la musique ou dans un film comme Control, ont une version fictionnelle des concerts, et je pense que c’est mieux que d’écouter sur internet 20 secondes de chaque morceau. C’est une expérience plus significative. Si ça amène quelques gamins à écouter de la bonne musique, c’est une bonne chose.

Dan, il y a beaucoup de side-projects qui gravitent autour de Wolf parade, comment les membres du groupe partagent-ils leur temps, et comment vos expériences en solo sont enrichissantes pour le son du groupe ?

Dan : Nous travaillons ensemble de façon très proche, Alexei et moi avons un studio avec le reste des gens de Wolf Parade . Mais quand il s’agit de travailler sur la musique et de jouer avec le groupe, les projets sont complètement séparés. Nous pouvons nous fixer un programme : ce mois sera pour Handsome Furs, celui-là pour Wolf Parade . L’écriture n’est jamais mêlée parce que ce sont des projets très différents. Que nous soyons amis aide à se réserver cet espace.

Alexei : Il n’y a jamais eu de conflit. les artistes en général ont plein de choses différentes à dire, de différentes façons, et c’est drôle qu’en musique ça doive être un « side project » par exemple. Si un artiste fait de la peinture et de la sculpture, il est simplement artiste et aucun n’a de poids plus important. C’est drôle qu’en musique ce soit comme ça, parce que le succès vient d’un groupe « en premier ». C’est une drôle de façon de penser.

Dan : Je pense que c’est une nouvelle façon d’avoir une carrière en musique également. Les majors mettaient beaucoup d’argent dans un artiste, dans la tournée, la promo, la presse. Aujourd’hui ils n’ont pas autant d’argent, on peut sortir son CD seul, l’enregistrer à la maison et le distribuer en ligne. Si tu veux rester vivant, gagner ta croûte, ne pas devoir faire un job pourri la journée, avoir deux groupes représente la liberté artistique, mais aussi un moyen de survie.

Alexei : Et plus de potentiel de tournées ! ( rires )

Vous êtes signés sur Subpop, avez vous des connexions particulières avec d’autres groupes du label ?

handsome Alexei : J’en aime certains !

Dan : J’aime No Age, Kelley Stoltz, Comets On Fire, qui malheureusement ne font plus d’albums, CSS .

On vous a proposé de signer sur le label ?

Dan : Non, je les ai appelés et je leur ai dit, « J’ai cet autre groupe, on va peut être sortir un disque chez Jagjaguwar ..

Alexei : Et ils ont dit « On veut voir ça en premier ! »

Dan : Exactement, donc ils ont écouté en premier et on aimé et on a sorti l’album. C’était facile pour moi, je travaille avec les mêmes gens pour les deux groupes [ndlr : Wolf Parade est également signé chez Subpop ]

Alexei : Ce sont des gens supers, et de bons amis.

Vous allez beaucoup tourner en Europe cette année, êtes-vous excités ?

Alexei : Oui. j’adore être en tournée.

Dan : Nous adorons découvrir de nouveaux endroits. Nous allons jouer à Dijon dans quelques jours, je n’y suis jamais allé. Je me sens chanceux parce que j’ai été dans des villes où je ne pensais jamais aller, comme Los Angeles ou New York.

Alexei : Chaque soir me surprend, même les lieux ennuyeux..

Dan : On joue bientôt à Saint-Malo aussi. J’ai lu l’histoire de la ville sur internet, c’est de là que vient Jacques Cartier . Il a découvert Montréal. Je sais que ça fait très nerd, mais je trouve qu’il y a une connexion historique cool entre Saint-Malo et la ville où on vit actuellement. J’aime vraiment aller n’importe où, sauf quelques villes aux États-Unis.

Alexei : Moi je suis quand même excitée de jouer dans le Middlewest. même si c’est excitant seulement parce qu’on est malades ! ( rires )

Crédits Photos: Mathias Lamamy

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A propos de l'auteur

Image de : Depuis 2004, Julia parcourt les festivals et les salles de concerts en quête de sensations musicales fortes et affiche un net penchant pour la scène indépendante montréalaise, le folk, l'électro et le rock. Malgré une enfance biberonnée à la culture populaire des années 90, sa bibliothèque ITunes n'affiche presque rien entre 1985 et 2000. Repêchée trois fois par le vote du public, Julia anime désormais la rubrique Musique avec Pascal et Laura. "Discordance m'a sauvée". Mon blog / Twitter

2 commentaires

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  1. 1
    le Lundi 23 février 2009
    Clara a écrit :

    Je viens d’écouter, j’accroche bien! Merci pour cette intvw découverte :D

  2. 2
    le Jeudi 9 juillet 2009
    Julie a écrit :

    ca sonne bien.. plein d’émotion collées à des beats mordants.
    vraiment Bien.

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