Hancock

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Hancock était l'un des films les plus attendus de l'été. Avec un casting plus qu'alléchant (Will Smith, le super-héros d'Hollywood, Charlize Theron et Jason Bateman), on pouvait s'attendre à être surpris. Malheureusement cette surprise ne fut pas au rendez-vous.

hancock1Je commencerai cet article en soulignant le clin d’oeil fait à un célèbre jazzman via l’affiche du film. En effet on peut y voir le visage en gros plan de Will Smith portant bonnet et grosses lunettes noires. Cette affiche n’est pas sans rappeler la pochette de l’album live Future 2 Future de l’artiste Herbie . Hancock .

Cette anecdote soulignée, venons en à ce qui nous intéresse : le film. Assurément ce n’est pas une superproduction du type de celles que l’on a pu voir et que l’on verra encore cet été : Iron Man ( Robert Downey Jr ), L’Incroyable Hulk ( Edward Norton ), Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal ( Harrison Ford ) etc… Il y en a tellement que le L.A. Times a surnommé l’été 2008 « l’été des super-héros ». Et force est de reconnaître que le célèbre quotidien n’a pas totalement tort.

Il est communément admis que la popularité des super-héros parmi le public va de paire avec les crises que connaît son pays. Ainsi Superman est rapidement devenu une véritable icône lors de la Seconde Guerre Mondiale. Les Américains seraient-ils en quête d’un sauveur ? Il est vrai qu’après l’enlisement des troupes en Irak, l’affaire Guantanamo et les dérapages à répétition des Clinton, un nouveau Superman ne serait pas de trop.

C’est peut-être ce que s’est dit Will Smith en décidant de porter à l’écran un super-héros inédit: John Hancock . Inédit non seulement car il n’est pas issu d’un comics Marvel, au contraire d’ Iron Man, Spiderman et bien d’autres, mais aussi parce qu’il est noir. Ainsi Hancock est souvent annoncé comme étant le premier super-héros noir aux États-Unis. Ce n’est pas tout à fait vrai : il y en a eu d’autres. Et pour en voir, pas besoin de chercher bien loin : pour ne donner qu’un exemple, dans le numéro 14 du magazine bimestriel Titans en date du 10 mai 1978, comics présenté par Marvel, on peut constater qu’un géant noir aide les Champions dans leur lutte contre le crime. Il se présente à la page 4 comme étant « Bill Foster, alias le Goliath Noir ! Dernier super-héros en date de Los Angeles ». Un peu passé inaperçu le Goliath Noir, me direz-vous. Soit. Alors que dire de la Panthère Noire, beaucoup plus connu et crée par Marvel en personne en 1966 ?

On pourrait se demander pourquoi les prédécesseurs noirs de Hancock sont ainsi passés sous silence par certains journalistes. Les mauvaises langues y voient une intention politique pour tenter d’établir un parallèle bien commode : premier super-héros noir = possibilité d’un premier Président noir. Le soutien qu’apporte Will Smith au candidat démocrate Barack Obama n’est en effet un secret pour personne. Doit-on alors voir en son dernier film un message à l’intention du peuple Américain ? Possible. Mais à l’inverse de certains journalistes politiques qui pensent que les citoyens des États-Unis sont lobotomisés au point de se laisser influencer de la sorte par Hollywood, je ne pense pas qu’il s’agisse du but premier du film.

Alors qu’en est-il du film lui-même ? La première scène nous plonge immédiatement dans l’ambiance et donne le ton global du film : tandis qu’une fusillade éclate sur une autoroute entre trois malfrats et les autorités de Los Angeles, Hancock cuve son whisky sur un banc de la ville. John Hancock n’est pas un super-héros comme les autres : sauver la veuve et l’orphelin n’est pas son passe-temps préféré. Et lorsqu’il décide de porter secours aux autorités, c’est assez spectaculaire. Chacun de ses « actes héroïques » coûte des millions de dollars de réparation à la mairie de Los Angeles. Heureusement, notre super-poivrot va rencontrer Peter Berg ( Jason Bateman ), un représentant publicitaire qui n’a qu’une idée en tête : changer le monde. À travers Hancock il verra le moyen d’enfin y parvenir et mettra tout en oeuvre pour racheter une conduite au super-héros à la dérive.

Will Smith est comme à son habitude excellent dans son rôle de super-héros politiquement très incorrect. Charlize Theron est bien sûr un autre atout du film. La belle blonde, dont on a pu admirer la plastique (et accessoirement les talents de comédienne) dans Braquage à l’italienne, Dans la vallée d’Elah ou encore Bataille à Seattle, va laisser apparaître peu à peu une relation pour le moins ambiguë avec Hancock . Pour ne rien dévoiler du scénario, il suffira de reprocher au film un manque assez dommageable de profondeur dans la relation SmithTheron . Une vingtaine de minutes supplémentaire n’auraient pas été de trop, loin de là, et les quelque 87 minutes durant lesquelles le spectateur suit l’évolution de l’homme à travers le super-héros ne sont pas suffisantes pour en faire un must de l’été. Ce manque de profondeur est certes regrettable, mais toujours moins que le manque d’originalité de la seconde moitié du film. Le sentimentalisme dégoulinant d’Hollywood ne tarde pas à refaire surface, mais parvient tout de même à engluer les spectateurs amorphes dans leurs fauteuils jusqu’au dénouement final. Hancock ne sera finalement pas la surprise tellement attendue. Tant pis.

Cependant Hancock n’est pas un mauvais film, loin de là ; seulement il ne constitue qu’un bon divertissement estival. À conseiller tout de même aux fans de Will Smith ainsi qu’à tous ceux souhaitant passer un bon moment dans une salle climatisée. Quant aux fans de super-héros, je leur conseillerais plutôt de regarder Iron Man .

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Sortie nationale : 9 juillet 2008

Site officiel : www.sonypictures.com/movies/hancock

A propos de l'auteur

Image de : Né en Allemagne à la fin des années 80, alors que l'ordre mondial était en plein bouleversement (et sa naissance n'y est sans doute pas pour rien), Loïc a eu très tôt le goût de faire tomber les murs. Aujourd’hui, c’est au sein de Discordance qu’il poursuit sa mission. Trop souvent adepte du « c’était mieux avant », passionné de cinéma, de littérature et de musique (tout un programme), c’est tout naturellement qu’il a choisi de prendre la tête de la rubrique Société : quelle meilleure tribune pour faire trembler les murs ? Vous pouvez à présent suivre ses élucubrations à la fois sur Twitter (http://twitter.com/JLMaverick) et sur son blog : http://johnleemaverick.wordpress.com.

4 commentaires

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  1. 1
    le Mercredi 16 juillet 2008
    Dahlia a écrit :

    Sur la question du super-héros noir, je te conseille (si ce n’est déjà fait) de mater les films de Kevin Smith: Méprise Multiple et Jay et Silent contre-attaquent ont un running-gag sur la question du super-héros noir toujours spolié par les blancs :D

  2. 2
    le Jeudi 21 août 2008
    Ren a écrit :

    Je n’ai pas vu Charlize Theron comme un atout dans Hancock. Dans la première partie, sa contribution est frustrante; dans la seconde elle devient carrément irritante. Il n’y a jamais de juste milieu pour elle, et l’antithèse physique ne fonctionne pas ou ne mène à rien. C’est un rôle assez ingrat pour elle, de voir le film gagner en fadeur quand elle gagne en importance..

  3. 3
    le Samedi 23 août 2008
    Loïc a écrit :

    Charlize Theron est un atout dans le sens où elle remplit son rôle : elle joue bien. Et dans un tel film, où le scénario ne permet pas totalement au spectateur de prendre un réel « plaisir », voir des acteurs qui connaissent leur job c’est déjà réconfortant. Ainsi, à la médiocrité de la seconde partie du film j’oppose les talents de comédienne de Charlize Theron. Imagine ce que ça donnerait si l’actrice était mauvaise, en plus… C’est un avis tout personnel, même s’il est exact que ce rôle est loin de la mettre en valeur.

  4. 4
    le Samedi 23 août 2008
    Ren a écrit :

    Ouais, c’est un peu le dilemme d’ailleurs.. Theron est une actrice de caractère comparée à une Liv Tyler, du coup dans un film de ce style elle peut aussi créer un déséquilibre.

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