Guerilla Poubelle

par |
Guerilla Poubelle, groupe de punk français, joue ce soir à La Poudrière de Belfort. Quelques heures avant nous retrouvons Till (guitare, chant) et Alex (batterie) pour une interview.

Vous faites beaucoup de concerts, est-ce que pour vous la performance live est ce qu’il y’a de plus important dans un groupe ?

Alex : Non.

86885sn153444 Till : Si. Non. Je ne sais pas. Ce serait comme quand tu sors avec une fille et que tu couches avec elle. C’est le plus important ? Non, mais c’est important aussi.

Alex : Bien sûr c’est super important ! Disons que c’est ce qui nous prend le plus de temps, on ne fait quasiment que ça, on se voit très peu pour répéter, car on habite tous dans des villes différentes, donc effectivement ce qu’on fait à 90% c’est des concerts.

Till : C’est là où on rigole le plus, pas forcément quand on joue, mais avant, après.

Votre meilleure expérience sur scène ?

Till : J’ai trop de souvenirs pour répondre à cette question.

Alex :  Les meilleures expériences c’est les tournées qu’on fait avec les groupes de potes, par exemple en Angleterre avec Sonic Boom Six, ça reste un de mes meilleurs souvenirs, en France avec Dolores et Justine c’était super aussi. Partir un peu en caravane 10 jours avec des potes, c’est hyper cool.

Till : En Angleterre c’était assez cool parce que t’es à l’étranger, pas chez toi. Au Québec et au Japon, c’était aussi de bonnes expériences.

En général vous êtes plutôt bien accueillis par le public étranger ?

Till : Ouais, c’est très cool, en Angleterre quand on a débarqué on était complètement inconnu là-bas, on faisait la première partie d’un groupe anglais, on chantait en français, on parlait en français, personne ne nous connaissait et pourtant ça s’est très très bien passé tous les soirs, c’est vachement encourageant.

Alex : Il n’y a pas eu de dates à l’étranger où les gens nous ont jeté des tomates.

Till : Non, cela, ça n’arrive qu’en France.

Vos textes sont souvent assez engagés. Le contexte actuel, avec la crise, etc., c’est une source d’inspiration ?

Till : Depuis que je suis né ça a toujours été la crise, on me dit « c’est la crise, c’est la crise,. » cette connerie c’est juste une excuse qu’ils ont trouvée pour refuser les augmentations aux gens qui bossent. Dans la dernière chanson que j’ai écrite, les paroles disent « alors il parait que c’est la crise, c’est leur nouvel alibi ». Après je ne sais pas si j’écris vraiment des chansons engagées. Je suis engagé et j’écris des chansons sur moi donc c’est un petit peu engagé. Mais tu vois ce n’est pas les Beruriers Noirs, ce n’est pas des slogans mis bout à bout pour dire « Oui la société elle à mauvaise haleine » .

On dit souvent que le secteur de l’industrie musicale va mal, les maisons de disques se plaignent de ne plus vendre, pourtant vous qui êtes autoproduits (le groupe à créé son propre label indé Guerilla Asso) vous survivez non ?

gp Till : Oui parce que nous n’avons pas à vendre beaucoup de disques, on n’en a rien à foutre. Ce n’est pas notre métier déjà, donc si on ne vend que cinq disques ce n’est pas grave ! Bon après ça marche bien, on a l’occasion d’en refaire, tant mieux ! La crise du disque si ça peut tuer les majors, si ça peut tuer les Fnac tant mieux, on se débrouillera très bien sans eux.

Pensez-vous qu’un groupe de punk peut rester crédible en signant chez une major ?

Till : Les premiers trucs de punks c’était sur des majors. Les Sex Pistols ça a été monté pas les majors. Il y a des groupes de punks complètement indépendants qui ne sont pas du tout crédibles. Il n’y a pas besoin d’être signé sur une major pour ne pas être crédible. Il y a des groupes comme Against me ou Anti-flag qui sont chez des majors et qui, je pense, auraient évolué pareil s’ils n’y étaient pas. Après ça leur permet de toucher plus de gens avec ce qu’ils ont à dire.

Et le téléchargement vous en pensez quoi ?

Alex : Nous on a décidé que ce ne sera pas notre métier, donc si tu veux c’est facile de te dire «ouais le téléchargement on est pour. On s’en fout de vendre des disques » mais ça nous affecte moins. Récemment j’ai entendu Thomas Dutronc qui soutenait le projet UMP contre le téléchargement et son argument c’était que ça tuait les petits artistes dans leur démarche de création, alors qu’en fait c’est une espèce de chasse gardée de l’industrie musicale. Les petits artistes, les gens qui se démerdent eux-mêmes, ils ont compris le nouveau business depuis longtemps et ils se démerdent seuls quoi !

Till : Ils existent avant de sortir des disques. Les vrais groupes émergeants sont ceux qui font des concerts, des tournées et donc le téléchargement je pense que ça ne casse rien dans le « processus de création des jeunes artistes de mon cul »

Que répondriez-vous à certains puristes qui vous reprochent d’être commerciaux ?

gxpquebec2009 Till : La semaine dernière, on s’est fait jeter des canettes par des mecs qui avaient des t-shirts Exploited . Exploited ils ont eu un MTV music award je crois. Il y a des gens qui trouvent qu’on est dix mille fois trop intégristes, d’autres qu’on est dix mille fois trop commerciaux, nous on est au milieu de tout ça et on s’en bat un peu les couilles.

Alex : Quand on joue au Québec par exemple c’est les punkachiens notre public. Les gens les plus extrêmes au Québec ils écoutent Guerilla Poubelle .

Till : Et ils crachent sur les Vulgaires Machins par exemple, alors qu’en France ce serait l’inverse. Dès qu’un groupe devient connu, les mecs un peu radicaux (enfin qui se croient radicaux) n’aiment plus parce que ça leur échappe, c’est plus leur petit truc à eux. Pour beaucoup de gens pour qu’un groupe soit authentique il faut qu’il ne soit pas connu, il faut qu’ils ne soient que dix à l’écouter. T’as des mecs qui considèrent le punk ou n’importe quel autre type de musique comme une chapelle à défendre. C’est bon, ce n’est pas des religions tout ça, c’est de la zic.

Till, j’ai lu que tu refusais de signer des autographes, pourquoi ?

Till : En fait, ça me gonfle, je trouve juste ça con. On n’est pas des stars, ce n’est pas notre métier, ma signature elle vaut que dalle. à part sur un chèque. Je préfère refuser et discuter cinq minutes et expliquer que ça ne rime à rien de demander un autographe. On est accessible toute la soirée, des fois je passe tout le concert dans le public à boire des coups. Si j’étais un auteur de BD je comprendrais, mais là non : les gens viennent au concert et un concert c’est dix mille fois mieux qu’un autographe. Les gens nous disent que c’est pour le souvenir, mais les souvenirs t’en as pleins dans un concert, t’as un cerveau pour te les rappeler. Je trouve qu’on arrive à avoir un contact groupe/public qui est plutôt cool, il y a un échange, ce n’est pas comme si on venait et qu’on jouait notre truc en regardant nos pieds et qu’on repartait sniffer de la coke dans les loges entre nous.

Vous avez des projets ? Un nouvel album pour bientôt ?

Till : On va sans doute refaire un album. On va surement faire des petits trucs avant, des maxis ou des splits, ce n’est pas encore très fixé. il y a un split avec Uncommonmenfrommars qui est prévu depuis une éternité qui devrait finir par voir le jour s’ils arrivent à enregistrer leurs morceaux qui vont dessus. Et là on a enregistré deux titres nous-mêmes chez Alex, on en a mis un sur internet. On va repartir en tournée au Québec où on va aussi enregistrer des titres dans un studio là-bas avec un copain à nous. Voilà on va enregistrer des titres petit à petit, écrire, composer. On va faire moins de concerts pour le reste de l’année.

Alex : Dans Guerilla Poubelle il y a un nouveau bassiste, il y a notre tourneur-manager Damien qui est vraiment un membre à part entière du groupe, qui a arrêté de venir sur les dates et qui va habiter au Québec pendant un an, donc on a besoin de s’arrêter un petit peu tous les trois pour répéter et faire de nouveaux trucs.

Till : Comme on habite dans des villes différentes, on ne peut pas répéter le soir après le boulot, on est obligé de faire ça à la place des concerts. Comme on veut faire de nouvelles chansons, on va un peu arrêter les concerts. On refait une tournée avec Charlie Fiasco et un troisième groupe qui n’est pas encore défini fin octobre et puis je pense qu’on va faire un album après.

Que conseilleriez-vous à un groupe qui débute ?

Alex : De ne pas chanter en anglais !

Till : De s’amuser, de faire de la zic avec leurs tripes et pas avec des marques de fringues ou de guitares. Et de faire des reprises de Guerilla Poubelle !

Bonus Track : Guerilla Poubelle @ Belfort – 13 Mars 2009

356124sn15342920h30 devant La Poudrière, petite salle de concert juste au pied du château de Belfort, une foule, en grande partie adolescente, dont dépassent quelques crêtes iroquoises attend impatiemment l’ouverture des portes. Ce soir c’est concert de punk ! Quatre groupes survoltés se succéderont sur la scène et chacun sera meilleur que le précédant, le public ressortira à presque 2h du matin, lessivé, mais prêt à y retourner dans la seconde.
Le concert commence avec un peu de retard.

C’est Nedgeva, groupe punk tendance hardcore originaire de Colmar, qui est chargé de chauffer la salle et qui le fait à merveille. Les chansons s’enchainent à un rythme effréné et les premiers pogos se déclenchent. Mais bientôt il devient possible de reprendre son souffle, les premiers rangs peuvent cesser de se cramponner aux amplis sur le devant de la scène. Cette dernière est libérée pour un autre groupe de rock légèrement plus calme et mélodique. Il s’agit de The Irradiates, quatre musiciens aux influences scientifiques qui débarquent dans leurs costumes d’aluminium et balancent leur musique atomique. Des guitares dopées à l’uranium ? Original et pas désagréable à écouter !

Une petite pause et une petite bière plus tard et c’est au tour des Flying Donuts (mention spéciale rien que pour le nom du groupe), excellent trio pop-punk nancéien acclamé par le public et complimenté une heure plus tard par Guerilla Poubelle, le groupe pour qui tout le monde est venu ce soir et qui ne décevra pas ! Till, Alex et le nouveau bassiste Ken assurent terriblement et fournissent dix fois la dose d’énergie qu’on est en droit d’attendre d’un groupe de punk.

Les pogos rendent la prise de photos assez périlleuse et ça sent plus la sueur qu’à un championnat du monde de sauna. Le public surexcité reprend les refrains les plus connus ( Être une femme, Culture Poubelle ) et accepte de se faire un peu vanner par Till entre chaque chanson. Nous avons droit à un long rappel, qui se termine par la chanson la plus célèbre, la plus attendue, peut-être aussi la meilleure du groupe : Demain il pleut et par un échange d’instrument entre le guitariste et le batteur. Un dernier petit mot un merci, un au revoir et c’est fini, les crêtes iroquoises n’ont plus très fière allure, mais les petits punks sont ravis.

Partager !

En savoir +

Site officiel : http://www.guerilla-poubelle.com/
Myspace : http://www.myspace.com/guerillaasso

A lire sur Discordance : [Interview->462] (2008)

A propos de l'auteur

Image de : 18 ans, étudiante en prépa science-po à Paris, d'où principale activité dans la vie : réviser. Passionnée de rock, collectionne les t-shirts avec des noms de groupes dessus et essaye tant bien que mal de jouer de la basse. Aime aussi l'art, les bouquins, le cinéma... Espère avoir plus de temps pour aller à des concerts et écrire (live report, chroniques, interviews, chansons qui restent au fond d'un tiroir, etc.).

Aucun commentaire

Abonnez vous au Flus RSS des commentaires

Réagissez à cet article