Grizzly Bear – Viens mon beau grizzly…

par Caroline S.|
Viens mon beau grizzly, sur mon cœur amoureux. Retiens les griffes de ta patte et laisse-moi plonger dans Shields, album extraordinaire.

En 2009, Grizzly Bear défrayait la chronique musicale en sortant Veckatimest, petit bijou « art rock » puissant et délicat. N’en déplaise aux esprits chagrins qui se gargarisent du mythe du « l’album maudit » succédant à l’album génial de la révélation, Shields, leur quatrième album sorti le 18 septembre dernier, ne déçoit pas.

Ambitieux, sophistiqué, maîtrisé, Shields résulte d’une méthode de travail différente de celle employée pour les précédents opus. Si Horn of Plenty (2004) est un projet essentiellement solo d’Ed Droste, The Yellow House (2006) puis Veckatimest portent les contributions des différents membres du groupe. En matière de collaboration, Shields représente justement un aboutissement pour Grizzly Bear dont la musique s’exprime désormais en tant que véritable système. Chacun ayant évolué individuellement sur des projets parallèles pendant trois ans, les retrouvailles ont apparemment été l’occasion de réinventer la part de collectif dans le processus créatif puisque chaque morceau de l’album a été écrit, travaillé, brainstormé, de manière absolument collaborative. Et le moins que l’on puisse dire, à l’écoute, est que le tout est franchement plus grand que la somme des parties…

10 chansons, pour une durée de 47 minutes. Shields fait l’effet d’un album plus serré, plus compact, plus intense que les précédents, sans doute plus aériens et propices à la rêverie. L’attaque par Sleeping Ute est d’ailleurs un peu déconcertante, les premières mesures, musclées, évoquant carrément les Black Keys. Cette vigueur qui affleure tout au long de l’album (Speak in Rounds, A Simple Answer…) apporte un l’équilibre idéal aux envolées lyriques et introspectives qui restent l’essence de la musique de Grizzly Bear.
D’une durée moyenne de cinq minutes, les différents morceaux ont le temps de prendre de l’amplitude, de se déployer, et de nous soulever hors du sol. Avec Half Gate (ces cordes !) et Sun in Your Eyes (cette batterie !) qui ponctuent un LP de toute beauté, la synthèse du Grizzly Bear 4.0 est achevée : voix de tête et chœurs éthérés, mélodie instrumentale et rythmes viscéraux s’intriquent les uns aux autres et donnent cet effet bizarre et plaisant, reconnaissable entre tous, de polyphonie « texturée ».

Certains regretteront sans doute l’accessibilité presque « grand public » de Shields. Einstein disait que si l’on ne peut expliquer un concept à un enfant de six ans, c’est qu’on ne le comprend pas complètement. Qu’il en aille de même avec la musique et qu’avec ce dernier album à la portée d’un plus grand nombre, Grizzly Bear tutoie désormais l’universalisme.

Bigger than life.

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